Sécheresse : quelles aides pour les agriculteurs de Camargue ?

Après un été marqué par des épisodes de sécheresse et de fortes chaleurs, le Gouvernement a annoncé un plan exceptionnel de plus d’un milliard d’euros destiné à soutenir les agriculteurs français.

Modifié : 9h52

Sécheresse : quelles aides pour les agriculteurs de Camargue ?

Un plan national de plus d’un milliard d’euros pour soutenir les exploitations frappées par la sécheresse et la canicule, avec des dispositifs dont la déclinaison locale reste encore à préciser.

 

Après un été marqué par des épisodes de sécheresse et de fortes chaleurs, le Gouvernement a annoncé un plan exceptionnel de plus d’un milliard d’euros destiné à soutenir les agriculteurs français. Indemnisation des pertes, soutien à l’achat de fourrages et de semences, dégrèvements fiscaux ou encore aide au carburant : plusieurs mesures pourraient concerner les exploitations de Camargue. Mais leur application concrète dans les Bouches-du-Rhône et le Gard dépendra des procédures et décisions départementales à venir.

Un plan d’urgence face aux conséquences de l’été 2026

Le 4 septembre, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a annoncé un plan exceptionnel de plus d’un milliard d’euros pour répondre aux conséquences des épisodes de sécheresse, de canicule et des incendies survenus au cours de l’été 2026. L'objectif affiché est double : indemniser rapidement les pertes subies par les exploitations et permettre aux agriculteurs de relancer leur activité dans les meilleures conditions possibles.

Le Gouvernement estime que la situation est particulièrement préoccupante à l'échelle nationale. Selon le ministère de l'Agriculture, 65 % du territoire français a été confronté à une sécheresse inédite et 95 départements ont connu des restrictions d'eau au cours de l'été, dont 79 placés au niveau « crise » au plus fort de l'épisode. Dans de nombreux territoires, les pertes de rendement atteindraient en moyenne 50 %.

520 millions d’euros pour indemniser les pertes

Parmi les principales mesures annoncées figure la mobilisation de l’Indemnisation de solidarité nationale (ISN). Le dispositif devrait représenter environ 520 millions d’euros, avec une volonté affichée d'accélérer les versements afin de soulager les trésoreries des exploitations les plus touchées. Pour les agriculteurs assurés, le plafond des acomptes a notamment été relevé de 70 à 80 % du montant prévisionnel de l'indemnisation.

Le dispositif commence déjà à être concrètement déployé. Le 7 septembre, le ministère a annoncé les premières reconnaissances par l’État de pertes de récolte ouvrant la voie au versement de l’ISN pour les exploitants non assurés. Une nouvelle réunion doit notamment examiner, à partir du 1er octobre, d'autres demandes de reconnaissance liées aux canicules et à la sécheresse de 2026.

Le plan prévoit également 30 millions d’euros au titre des calamités agricoles pour certaines pertes non assurables concernant notamment les productions végétales et les animaux.

Un fonds de 235 millions d’euros pour relancer les exploitations

L’autre volet important du plan concerne la reprise de la production. Un fonds de réarmement agricole de 235 millions d’euros doit être piloté à l’échelle des régions et des départements.

Ce fonds doit permettre d'aider les exploitations confrontées aux difficultés les plus importantes à financer notamment des fourrages, aliments pour animaux, semences, plants et autres intrants. Sa dimension territorialisée doit permettre d'adapter les aides aux spécificités des filières et aux difficultés constatées localement.

C’est précisément sur ce point que les agriculteurs camarguais devront encore patienter : le montant qui pourrait être effectivement mobilisé pour le territoire et les critères précis d’attribution ne sont pas encore connus.

Une question particulièrement sensible en Camargue

En Camargue, l’enjeu de l’eau est intimement lié à l’activité agricole. Le territoire accueille notamment une importante production rizicole, mais aussi des cultures céréalières, du fourrage, de la viticulture et de l’élevage.

Le Parc naturel régional de Camargue rappelle que l’eau constitue un élément central du fonctionnement du delta et qu’elle concerne directement l’agriculture, et notamment la riziculture. Le riz occupe une place majeure dans le système agricole camarguais et nécessite une irrigation par submersion.

Cette particularité explique pourquoi les modalités locales du plan seront particulièrement suivies. Une partie des aides annoncées au niveau national devra en effet être adaptée aux réalités des territoires et aux filières concernées.

La situation concerne également l’élevage. Les exploitations camarguaises associent notamment élevages extensifs et espaces de pâturage, tandis que les systèmes agricoles peuvent intégrer des cultures de fourrage dans leurs rotations. Le Parc naturel régional souligne par ailleurs le rôle économique, environnemental et culturel de l’élevage extensif des taureaux et des chevaux dans le delta.

Taxe foncière et carburant : d’autres mesures annoncées

Le Gouvernement prévoit par ailleurs des dégrèvements locaux de taxe foncière sur les propriétés non bâties, pour un montant annoncé de plus de 300 millions d’euros à l’échelle nationale. Le dispositif doit concerner les exploitations les plus durement touchées.

Autre mesure importante pour les exploitants : le soutien exceptionnel au gazole non routier agricole (GNR), fixé à 15 centimes par litre, est prolongé jusqu’en octobre 2026. Le ministère chiffre cette mesure à 106 millions d’euros.

Cette aide intervient dans un contexte où les coûts liés au carburant et aux intrants pèsent déjà sur les trésoreries agricoles. Le Gouvernement avait d'ailleurs annoncé dès le printemps plusieurs mesures destinées à amortir la hausse des coûts du GNR et des engrais.

Quelles aides pour les agriculteurs de Camargue ?

À ce stade, il convient donc de distinguer les mesures nationales annoncées de leur déclinaison effective en Camargue.

Les exploitations situées dans les Bouches-du-Rhône et le Gard pourront potentiellement être concernées par plusieurs dispositifs, mais les conditions d'éligibilité, les montants individuels et les démarches à effectuer dépendront notamment des procédures mises en place localement et de la reconnaissance des dommages.

Le ministère indique que chaque département dispose depuis juillet d’une cellule sécheresse réunissant notamment les services de l’État, les chambres d’agriculture, les organisations professionnelles, la MSA et d’autres acteurs concernés. Ces structures doivent participer au déploiement et au suivi des mesures.

Pour les agriculteurs camarguais, la prochaine étape sera donc de connaître précisément quelles pertes pourront être indemnisées, quelles exploitations pourront bénéficier du fonds territorialisé et selon quelles modalités les aides seront attribuées.

Le plan national apporte une première réponse financière à une crise qui touche une grande partie du monde agricole. Mais pour la Camargue, territoire où la gestion de l’eau conditionne directement une partie de la production agricole, c’est surtout sa traduction concrète sur le terrain qui sera désormais scrutée.