Pétrole : la France importe-t-elle ce qu’elle pourrait produire elle-même ?

La France a fait un choix clair : réduire progressivement sa dépendance aux hydrocarbures et mettre fin à leur recherche et à leur exploitation sur son territoire.

Modifié : 9h31

Pétrole : la France importe-t-elle ce qu’elle pourrait produire elle-même ?

Alors que la France dépend à près de 99 % des importations pour son approvisionnement pétrolier, le pays continue de produire une petite quantité de pétrole et dispose d’un vaste espace maritime dont le sous-sol reste, par endroits, imparfaitement connu.

 

La France a fait un choix clair : réduire progressivement sa dépendance aux hydrocarbures et mettre fin à leur recherche et à leur exploitation sur son territoire. Pourtant, le pétrole reste omniprésent dans l’économie française, notamment dans les transports. En 2024, les produits pétroliers raffinés représentaient encore 60,9 millions de tonnes équivalent pétrole de consommation. Dans le même temps, la production française de pétrole reste marginale face aux volumes importés. Alors, la France possède-t-elle réellement des ressources qu’elle pourrait exploiter davantage ? Et surtout, produire du pétrole sur son territoire changerait-il réellement la donne ?

Une France toujours très dépendante du pétrole importé

Contrairement à une idée largement répandue, la France ne produit pas totalement zéro pétrole. Quelques gisements sont toujours exploités, notamment dans le Bassin parisien et dans le bassin aquitain. Mais à l’échelle des besoins nationaux, cette production reste extrêmement limitée.

En 2023, la France a produit environ 0,8 million de tonnes de pétrole, contre 46,5 millions de tonnes de pétrole brut importées. Les États-Unis étaient alors devenus le premier fournisseur, devant notamment le Nigeria, le Kazakhstan et l’Algérie. Le ministère de la Transition écologique estime aujourd’hui que l’approvisionnement français dépend à 99 % des importations pour sa consommation de pétrole.

La dépendance ne s'arrête d'ailleurs pas au pétrole brut. La France importe également des produits pétroliers déjà raffinés, en particulier du gazole et du fioul domestique. En 2024, la consommation de produits pétroliers raffinés s'est établie à 60,9 millions de tonnes équivalent pétrole. Les transports représentent à eux seuls près des deux tiers de cette consommation.

La tendance de fond est toutefois à la baisse : depuis le milieu des années 2000, la consommation française de produits pétroliers diminue en moyenne. Elle reste néanmoins suffisamment importante pour maintenir une très forte dépendance aux marchés internationaux.

L'immense espace maritime français alimente les interrogations

La France dispose d'un atout géographique particulier : grâce à ses territoires ultramarins, elle possède le deuxième espace maritime mondial, avec plus de dix millions de kilomètres carrés d'espaces maritimes. Près de 96 % de ces espaces se situent outre-mer.

Cette situation nourrit régulièrement les interrogations sur les ressources potentielles présentes dans les sous-sols marins français. Mais il faut distinguer trois réalités : la présence d'indices d'hydrocarbures, l'existence d'une ressource estimée et la découverte d'un gisement présentant des conditions techniques et économiques permettant une exploitation commerciale.

À Saint-Pierre-et-Miquelon, par exemple, les autorités françaises identifient le bassin sous-laurentien comme une zone présentant un intérêt potentiel pour les hydrocarbures. L'archipel se situe à proximité des grands bassins pétroliers de l'est du Canada. Pour autant, l'existence d'un potentiel géologique ne signifie pas qu'un gisement exploitable ait été démontré dans les eaux françaises.

La Guyane française constitue un autre exemple révélateur. En 2011, le forage d'exploration Zaedyus avait effectivement mis en évidence la présence de pétrole au large des côtes guyanaises. Le puits, situé à environ 150 kilomètres des côtes et foré à grande profondeur, avait alors suscité d'importants espoirs. Les opérations d'exploration ultérieures n'ont toutefois pas conduit à l'émergence d'une exploitation pétrolière commerciale majeure.

Ces exemples illustrent une réalité souvent oubliée dans le débat public : découvrir des hydrocarbures ne signifie pas automatiquement disposer d'une nouvelle manne pétrolière exploitable.

Depuis 2017, la France a choisi de ne plus ouvrir de nouvelles recherches

Le tournant majeur intervient avec la loi du 30 décembre 2017 mettant fin progressivement à la recherche et à l'exploitation des hydrocarbures.

Le texte prévoit notamment qu'il ne soit plus accordé de nouveau permis exclusif de recherches ni de nouvelle concession d'exploitation, sous les conditions prévues par la loi. Les titres miniers délivrés avant son entrée en vigueur peuvent en revanche continuer jusqu'à leur échéance. La législation encadre également les prolongations de concessions afin qu'elles ne dépassent en principe pas le 1er janvier 2040, avec certaines exceptions prévues par le texte.

Le choix français est donc assumé : plutôt que de chercher de nouveaux gisements, l'objectif est d'organiser progressivement la sortie des hydrocarbures et de réduire la place des énergies fossiles dans le modèle énergétique national.

Une politique qui crée cependant une situation particulière : la France limite la production d'hydrocarbures sur son propre territoire alors que les ménages, les entreprises et les transports continuent d'en consommer massivement.

Produire davantage en France ferait-il baisser le prix à la pompe ?

C'est probablement l'un des points les plus importants du débat.

Une éventuelle hausse de la production française ne signifierait pas automatiquement une baisse du prix de l'essence ou du gazole. Le pétrole est une matière première échangée sur un marché international et les prix dépendent notamment des cours mondiaux.

Le ministère de la Transition écologique rappelle d'ailleurs que le prix du pétrole dépend largement des cotations internationales. En 2024, le Brent s'est établi en moyenne à environ 81 dollars le baril.

Même produit en France, un baril resterait donc soumis à cette logique de marché. Une production nationale pourrait en revanche réduire une partie des volumes importés et modifier la facture commerciale liée aux achats de pétrole à l'étranger.

La question pourrait également se poser en termes industriels et stratégiques : emplois liés à l'extraction, recettes fiscales, activité économique et diversification des sources d'approvisionnement pourraient constituer des effets potentiels. Mais ces bénéfices dépendraient directement du volume réellement découvert, des coûts d'exploitation et de la rentabilité des gisements.

Autrement dit, entre « il existe du pétrole » et « il serait rentable de l'exploiter », plusieurs étapes restent indispensables.

L'offshore français, entre potentiel et contraintes environnementales

L'exploitation en mer pose une autre série de questions.

Les opérations offshore nécessitent des investissements lourds, des infrastructures spécifiques et des campagnes d'exploration longues. Elles présentent également des enjeux environnementaux particuliers dans des espaces marins où se concentrent des activités de pêche, de transport, de tourisme et de protection de la biodiversité.

La France a justement choisi d'intégrer ces considérations dans sa législation sur les hydrocarbures. La loi de 2017 prévoit notamment la prise en compte de la protection de l'environnement, de la sécurité et de la santé publiques dans les conditions encadrant les titres miniers.

La question n'est donc pas uniquement économique. Elle oppose potentiellement deux objectifs : continuer à répondre à une consommation d'hydrocarbures qui demeure élevée et accélérer, dans le même temps, la sortie des énergies fossiles.

Et au large de la Camargue ?

Le sujet est particulièrement intéressant pour le littoral méditerranéen.

Il n'existe pas, à ce jour, de gisement pétrolier commercialement exploité sous la Camargue ou au large de celle-ci. En revanche, le sous-sol marin de la région a bien fait l'objet de recherches.

Au début des années 2000, un permis exclusif de recherches baptisé « Rhône Maritime » a été accordé pour une vaste zone située au large des Bouches-du-Rhône et du Var. L'arrêté ministériel de 2002 précisait que le périmètre représentait environ 25 000 kilomètres carrés.

Le dossier a ensuite donné lieu à une longue bataille administrative et judiciaire impliquant la société Melrose Mediterranean Limited. En février 2026, la cour administrative d'appel de Versailles a de nouveau examiné le dossier. La juridiction rappelle que le permis concernait une partie du sous-sol marin au large des Bouches-du-Rhône et du Var et que l'État avait refusé sa prolongation. La cour a finalement rejeté la demande d'indemnisation liée à la perte du permis, estimant notamment que le gain qu'aurait procuré une éventuelle exploitation demeurait hypothétique et insuffisamment établi.

Ce dossier ne permet donc pas de conclure à l'existence d'un « pétrole de Camargue » prêt à être exploité. Il montre en revanche que le potentiel géologique du secteur marin méditerranéen a bien suscité, par le passé, des opérations de recherche.

Une contradiction qui reste au cœur du débat

Le débat français sur le pétrole repose finalement sur une contradiction apparente.

D'un côté, la France cherche à réduire les émissions liées aux énergies fossiles et a décidé d'arrêter progressivement la recherche et l'exploitation des hydrocarbures. De l'autre, le pétrole reste indispensable à une partie importante de l'économie, en particulier aux transports, et la quasi-totalité des besoins est couverte par des importations.

Refuser de produire davantage de pétrole en France ne signifie donc pas que le pétrole ne sera plus extrait. Tant que la demande française subsiste, une grande partie de cette ressource continuera d'être produite ailleurs, puis transportée et raffinée avant d'être consommée en France.

Mais cela ne signifie pas non plus que produire davantage en France constituerait une solution simple. Les volumes potentiellement disponibles restent à démontrer dans la plupart des zones évoquées, les coûts d'exploration et d'exploitation peuvent être élevés et une production nationale ne ferait pas disparaître l'influence des cours mondiaux.

La question est donc moins simple qu'une opposition entre « produire français » et « importer ». Elle renvoie surtout à un choix de société : faut-il consacrer des moyens à rechercher d'éventuelles ressources pétrolières supplémentaires alors que la politique énergétique française vise parallèlement à réduire la consommation d'hydrocarbures ?

Le véritable enjeu : sortir du pétrole ou simplement déplacer sa production ?

Les chiffres montrent que la consommation française diminue progressivement, mais qu'elle demeure considérable. En 2024, les produits pétroliers représentaient encore une part majeure de la consommation énergétique française, avec une utilisation particulièrement importante dans les transports.

La France ne semble donc pas assise sur un nouvel eldorado pétrolier identifié et immédiatement exploitable. Certaines zones ultramarines ou maritimes présentent un intérêt géologique, mais leur potentiel reste à démontrer et ne peut être assimilé à des réserves certaines.

La question centrale est finalement ailleurs : combien de temps la France continuera-t-elle à consommer autant de pétrole, et à quel rythme pourra-t-elle réduire cette dépendance ?

Car produire davantage sur le territoire pourrait réduire une partie des importations, mais ne changerait pas la nature du problème climatique lié à la consommation d'hydrocarbures. À l'inverse, réduire la production nationale sans réduire suffisamment la demande entretient une dépendance aux marchés et aux producteurs étrangers.

Entre souveraineté énergétique, impératif climatique, coût des importations et réalité des besoins économiques, le débat sur le pétrole français est donc loin d'être clos.