Obésité : un nouveau médicament expérimental, le rétatrutide, entraîne une perte de poids moyenne de 25 % dans un essai clinique

Le rétatrutide, médicament expérimental contre l’obésité, atteint 25 % de perte de poids moyenne. Résultats, effets indésirables et limites.

Modifié : 10h20

Obésité : un nouveau médicament expérimental, le rétatrutide, entraîne une perte de poids
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Obésité : un nouveau médicament atteint 25 % de perte de poids

 

Une injection par semaine et une perte moyenne d’un quart du poids initial après 80 semaines : le rétatrutide affiche des résultats importants dans un essai contre l’obésité. Mais ce médicament reste expérimental. Ses effets indésirables, les limites des études et l’absence d’autorisation de commercialisation imposent de distinguer les espoirs de la recherche des possibilités de traitement actuelles.

C’est une avancée scientifique qui mérite l’attention, à condition de bien comprendre ce qui a été mesuré. Le rétatrutide, une molécule développée par le laboratoire américain Eli Lilly, a fait l’objet d’un essai de phase 3 appelé TRIUMPH-1, dont les résultats ont été publiés le 29 septembre 2026 dans le New England Journal of Medicine.

L’étude a réparti 2 339 adultes entre trois doses du médicament et un placebo. Après 80 semaines, la perte moyenne de poids atteignait 25 % à la dose la plus élevée, contre 3,9 % sous placebo. Il s’agit d’une moyenne dans une population étudiée, et non d’un résultat garanti pour chaque patient.

Une perte de poids importante, à replacer dans son contexte

TRIUMPH-1 concernait des adultes sans diabète, vivant avec une obésité ou un surpoids accompagné d’au moins une complication liée au poids.

Les résultats augmentaient avec la dose : la perte moyenne était de 17,6 % avec 4 mg, de 23,7 % avec 9 mg et de 25 % avec 12 mg, contre 3,9 % avec le placebo. Ces chiffres correspondent à une analyse tenant compte des interruptions du traitement.

Ils ne permettent pas de prévoir ce que perdrait une personne donnée. La réponse au médicament et sa tolérance peuvent varier, tandis qu’un essai clinique repose sur des critères de sélection et un suivi encadré.

Pourquoi certains articles annoncent-ils 28 % ou même 30 % ?

Les chiffres de 25 % et de 28,3 % ne correspondent pas à deux découvertes contradictoires. Ils proviennent de méthodes d’analyse différentes.

L’estimation à 25 % évalue l’effet du traitement indépendamment de son maintien par les participants. Celle à 28,3 % estime le résultat si tous étaient restés sous le traitement étudié, sans commencer d’autre traitement amaigrissant interdit par le protocole. Ce n’est donc pas simplement la moyenne des seuls patients ayant terminé l’étude.

Une extension a également rapporté une perte moyenne proche de 30 % après 104 semaines. Mais elle concernait 532 participants sélectionnés, ayant notamment terminé la première période en tolérant leur traitement. Ce résultat ne doit pas être présenté comme celui de l’ensemble des personnes incluses au départ.

Comment agit ce nouveau médicament ?

Le rétatrutide est un « triple agoniste » : une seule molécule active les récepteurs de trois hormones, le GLP-1, le GIP et le glucagon. Ces voies participent à la régulation de l’appétit, de la glycémie et du métabolisme.

Cette combinaison constitue une piste de recherche prometteuse. Elle ne suffit toutefois pas à démontrer que le rétatrutide serait le traitement le plus adapté à toutes les personnes vivant avec une obésité. Son efficacité et sa sécurité continuent d’être évaluées.

Des résultats également étudiés sur le sommeil et les douleurs du genou

L’essai comprenait deux sous-études : l’une chez des participants souffrant d’arthrose du genou, l’autre chez des personnes atteintes d’apnée obstructive du sommeil. Des améliorations de la douleur et de l’indice mesurant les événements respiratoires nocturnes ont été rapportées.

Ces résultats concernent des groupes précis. Ils ne signifient ni que le médicament répare le cartilage, ni qu’il fait systématiquement disparaître l’apnée du sommeil.

Des améliorations de certains facteurs de risque cardiovasculaire ont aussi été observées. Une baisse de la tension ou une amélioration des lipides sanguins ne démontrent cependant pas, à elles seules, une réduction des infarctus ou des accidents vasculaires cérébraux.

Des effets indésirables qui comptent dans l’évaluation

La perte de poids doit être examinée avec la tolérance du traitement. Les effets indésirables les plus fréquents dans TRIUMPH-1 étaient digestifs : nausées, diarrhées, constipation et vomissements.

À la dose de 12 mg, des nausées ont été rapportées chez 42,4 % des participants, contre 14,8 % sous placebo. Les arrêts du traitement pour effets indésirables concernaient 11,3 % des participants à cette dose, contre 4,9 % dans le groupe placebo.

Des sensations cutanées anormales, appelées dysesthésies, ont également été observées. Les données communiquées par Lilly les décrivent généralement comme légères à modérées. Une efficacité importante ne dispense donc pas d’évaluer les risques et les conséquences du traitement sur la durée.

Peut-on déjà le déclarer supérieur aux autres médicaments ?

TRIUMPH-1 comparait le rétatrutide à un placebo. Cette étude ne permet donc pas de conclure directement à sa supériorité sur les traitements existants.

Comparer les pourcentages de perte de poids de plusieurs essais peut donner des indications, mais les participants, les durées et les méthodes d’analyse diffèrent. Une étude distincte, TRIUMPH-5, compare précisément le rétatrutide au tirzépatide afin de mieux établir leurs différences d’efficacité et de sécurité.

La comparaison avec la chirurgie bariatrique exige la même réserve. Une perte de poids d’un ordre de grandeur comparable ne prouve pas une équivalence des bénéfices, des risques ou du maintien des résultats dans le temps.

Quand pourrait-il être disponible en France ?

Lilly prévoit de déposer une demande d’autorisation auprès de l’agence américaine du médicament au premier trimestre 2027. Cette démarche ne garantit ni une autorisation ni une date de commercialisation. Elle ne permet pas davantage de fixer une disponibilité, un prix ou des conditions de remboursement en France.

Au 1er octobre 2026, le rétatrutide reste expérimental et n’est autorisé par aucune agence réglementaire, selon les informations du laboratoire.

Il faut également distinguer la recherche médicale des produits proposés sur Internet sous ce nom. La FDA, l’agence américaine du médicament, alerte sur des ventes de rétatrutide non autorisé, parfois présenté comme destiné à la recherche, dont la qualité est inconnue et qui peut être dangereux.