Netflix investit massivement dans la création française, et Martigues en profite
Netflix change d’échelle dans le financement de la création française. En 2025, la plateforme américaine a consacré 308 millions d’euros à la production audiovisuelle et cinématographique en France : 250 millions d’euros pour l’audiovisuel et 58 millions pour le cinéma.
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Avec 308 millions d’euros investis en 2025 au titre de ses obligations légales, Netflix est devenu le premier financeur privé de la création audiovisuelle et cinématographique française. Dans les Bouches-du-Rhône, Martigues et Provence Studios bénéficient directement de cette dynamique.
Netflix change d’échelle dans le financement de la création française. En 2025, la plateforme américaine a consacré 308 millions d’euros à la production audiovisuelle et cinématographique en France : 250 millions d’euros pour l’audiovisuel et 58 millions pour le cinéma. Un montant qui fait de Netflix le premier financeur privé du secteur selon les données présentées par l’Arcom, même si France Télévisions reste devant avec 476 millions d’euros au total.
Derrière ces chiffres se dessine une transformation profonde du paysage audiovisuel français. Et ses effets ne se limitent pas aux grands centres de production parisiens. Dans les Bouches-du-Rhône, Martigues s’est progressivement imposée comme une terre de tournages, notamment grâce aux infrastructures de Provence Studios et à la diversité des décors proposés par le territoire.
Martigues, un décor qui attire les plateformes
À Martigues, l'activité de Provence Studios illustre concrètement cette évolution. Le site dispose aujourd’hui de plus de 9 500 m² de studios, avec notamment un plateau de 2 400 m², ainsi que des ateliers, des loges et des espaces dédiés à la production. Cette infrastructure permet d’accueillir des projets de cinéma, de télévision et de plateformes de streaming.
Plusieurs productions disponibles sur Netflix ont déjà utilisé les installations martégales. C’est notamment le cas de Caïd, série produite par Frenchkiss Pictures et Netflix, de Les 7 vies de Léa, produite par Empreinte Digitale et Netflix, mais aussi de Bronx, réalisé par Olivier Marchal et produit par Gaumont. Pour Bronx, les décors de Provence Studios figurent officiellement parmi les lieux de tournage recensés par Film France, aux côtés de plusieurs sites des Bouches-du-Rhône.
Plus récemment, la série Les Lionnes, créée et réalisée par Olivier Rosemberg, a également été tournée dans les locaux de Provence Studios. La production, diffusée sur Netflix en 2026, a également utilisé plusieurs décors de la région.
Cette présence répétée des productions participe à faire de Martigues et de l’ouest des Bouches-du-Rhône un territoire identifié par les professionnels de l’image. Les studios ne constituent toutefois qu’une partie de l’écosystème : un tournage mobilise également des techniciens, des prestataires, des artisans, des figurants, des entreprises de transport ou encore des professionnels de la logistique.
Le rôle déterminant du décret SMAD
Cette montée en puissance des plateformes n’est pas seulement liée à leur stratégie commerciale. Elle s’inscrit aussi dans une évolution réglementaire mise en place en France en 2021.
Le décret relatif aux services de médias audiovisuels à la demande, dit décret SMAD, a soumis les grandes plateformes étrangères qui ciblent le public français à des obligations de contribution au financement de la création. Selon les modalités prévues par le dispositif, les services concernés doivent consacrer au moins 20 % de leur chiffre d’affaires réalisé en France au financement d’œuvres européennes ou d’expression originale française, avec un taux pouvant atteindre 25 % dans certaines conditions liées à la diffusion des films.
Le dispositif prévoit également qu’une part importante de ces investissements bénéficie à la production indépendante et comporte des mécanismes destinés à favoriser une certaine diversité des œuvres et des genres. L'objectif affiché par les pouvoirs publics est notamment de maintenir un tissu de production français tout en adaptant le financement de la création à l'arrivée des plateformes mondiales.
Un nouvel équilibre entre plateformes et diffuseurs traditionnels
Les chiffres dévoilés pour 2025 témoignent de l’évolution de cet équilibre. Netflix a investi 308 millions d’euros au titre de ses obligations, tandis que France Télévisions atteint 476 millions d’euros sur les mêmes indicateurs. Canal+ demeure, de son côté, le premier financeur du seul cinéma avec 156 millions d’euros au titre de ses obligations.
Le président de l’Arcom, Martin Ajdari, a estimé que la dynamique actuelle pourrait conduire Netflix à dépasser France Télévisions à l’horizon 2030. Cette perspective reste une projection et dépendra notamment de l’évolution des investissements des différents acteurs au cours des prochaines années.
Cette progression soulève aussi des interrogations sur l'évolution du modèle français. Les investissements des plateformes peuvent apporter de nouvelles sources de financement et permettre à certaines productions françaises de bénéficier d'une diffusion internationale. Dans le même temps, leur montée en puissance modifie les équilibres économiques entre producteurs, chaînes historiques et nouveaux diffuseurs.
Pour les territoires de tournage, l'enjeu est très concret. Plus les productions ont besoin de studios, de décors et de compétences locales, plus elles sont susceptibles de générer de l'activité au-delà du seul secteur audiovisuel. À Martigues, cette dynamique s'appuie déjà sur une infrastructure importante et sur plusieurs années d'expérience dans l'accueil de tournages.
De Netflix aux productions locales, quel avenir pour la région ?
Le développement des plateformes offre donc de nouvelles opportunités au territoire, mais il pose également la question de la pérennité de cette activité. L'objectif n'est pas seulement d'attirer quelques productions ponctuelles : l'enjeu consiste aussi à inscrire durablement les tournages dans l'économie locale et à faire bénéficier le territoire de la présence des studios.
Avec ses paysages, ses infrastructures et son savoir-faire, Martigues dispose déjà de plusieurs atouts pour rester dans le radar des producteurs. Les productions Netflix tournées à Provence Studios en constituent une illustration particulièrement visible.
Alors que Netflix franchit un nouveau cap dans le financement de la création française, une partie de cette nouvelle économie de l'image se joue donc aussi, loin de Paris, sur les rives de l'étang de Berre.
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