Intempéries en Camargue : après le drame humain, quel bilan pour les animaux et la nature ?

Un homme a perdu la vie à Saint-Mitre-les-Remparts. Des familles ont vu leur maison inondée, des entreprises et des commerces ont été contraints de suspendre leur activité, tandis que de nombreuses routes sont devenues impraticables.

Modifié : 10h25

Intempéries en Camargue : après le drame humain, quel bilan pour les animaux et la nature ?

D’abord, un drame humain et un territoire profondément meurtri

Les intempéries des 19 et 20 octobre 2026 resteront comme un épisode particulièrement éprouvant pour les habitants de notre région.

À Saint-Mitre-les-Remparts, un homme a perdu la vie. Son corps a été retrouvé après une importante opération de recherche menée par les secours. Les circonstances exactes de son décès restaient à préciser dans les premières communications des sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône.

Derrière ce drame, il y a une famille endeuillée. Et, dans de nombreuses communes, d’autres familles confrontées à des dégâts parfois considérables.

À Martigues, Saint-Mitre-les-Remparts, Port-de-Bouc, Istres, Fos-sur-Mer, Arles et dans plusieurs secteurs de Camargue, les précipitations ont provoqué des inondations, des évacuations et d’importantes perturbations.

Des habitations ont été envahies par l’eau, des véhicules immobilisés ou endommagés, des équipements publics touchés.

Les conséquences économiques sont également importantes. Des commerces n’ont pas pu accueillir leurs clients, des entreprises ont dû interrompre ou réorganiser leur activité et des salariés ont rencontré des difficultés pour rejoindre leur lieu de travail.

La Chambre de commerce et d’industrie (CCI) du Pays d’Arles a d’ailleurs ouvert une cellule d’appui pour accompagner les professionnels sinistrés.

Sur les routes, les conséquences ont été tout aussi spectaculaires. Plusieurs axes ont été coupés ou rendus dangereux par les eaux. À Saint-Mitre-les-Remparts, la municipalité a notamment signalé l’inondation du vallon de Massane et l’impossibilité de circuler sur certains axes. Dans le Gard, de nombreuses routes et plusieurs ponts ont également été fermés.

Mais lorsque les eaux se retirent, les dégâts ne concernent pas seulement les maisons, les commerces ou les routes. Ils touchent aussi les écosystèmes qui font la richesse de notre territoire.

Des moutons et des agneaux noyés : les élevages paient eux aussi un lourd tribut

C’est l’une des conséquences les plus douloureuses et parfois les moins visibles de ces inondations.

Dans le Pays d’Arles, plusieurs élevages ovins ont été touchés par la montée brutale des eaux.

À Moulès, près d’Arles, un élevage du Mas Compagnon aurait perdu plus d’une centaine de bêtes, principalement des agneaux, selon les informations recueillies localement par Objectif Gard. L’Agence France-Presse confirme de son côté la mort de plusieurs dizaines d’agneaux dans ce secteur.

Ces chiffres illustrent l’ampleur du drame, même si un bilan consolidé de l’ensemble des pertes animales n’est pas encore disponible.

Les témoignages faisant état de pertes encore plus importantes devront être confirmés avant de pouvoir établir un total définitif.

Pour les éleveurs, les conséquences sont considérables. Les animaux peuvent être piégés dans des bâtiments ou des pâturages submergés. Les plus jeunes sont particulièrement vulnérables face à une montée rapide des eaux.

Et les difficultés ne s’arrêtent pas avec la décrue : fourrages détériorés, pâturages impraticables, bâtiments endommagés et surveillance sanitaire des animaux survivants peuvent peser durablement sur les exploitations.

Dans un territoire où l’élevage de chevaux, de taureaux et de moutons participe à l’identité locale, cette dimension agricole mérite une attention particulière.

Les animaux sauvages : tous ne disposent pas des mêmes moyens pour échapper aux inondations

Dans les espaces naturels, les réactions varient considérablement selon les espèces.

Les grands mammifères, comme les sangliers ou les renards, disposent généralement de capacités de déplacement leur permettant de rechercher des zones plus élevées.

Mais les petits mammifères sont souvent beaucoup plus exposés.

Les terriers peuvent être rapidement submergés. Les rongeurs, les hérissons ou certains animaux vivant dans des cavités peuvent être contraints de fuir, voire périr lorsque la montée des eaux est trop rapide.

Les reptiles peuvent également être fragilisés, notamment lorsque leurs refuges sont noyés.

Quant aux amphibiens, la situation est plus contrastée : grenouilles, crapauds et autres espèces liées aux milieux aquatiques peuvent profiter de nouvelles mares temporaires, mais des courants violents ou une pollution des eaux peuvent aussi leur être préjudiciables.

Une chose est essentielle : la capacité à vivre dans un milieu humide ne signifie pas que l’on puisse résister à une inondation brutale.

Flamants roses, hérons, canards : comment les oiseaux réagissent-ils ?

La Camargue constitue l’un des territoires ornithologiques majeurs d’Europe.

Flamants roses, hérons, aigrettes, canards, limicoles et de nombreuses espèces migratrices fréquentent ses marais, ses lagunes et ses étangs.

Les oiseaux adultes disposent d’un avantage évident : ils peuvent s’envoler pour rejoindre des secteurs moins exposés.

Mais cette mobilité ne les protège pas de toutes les conséquences des intempéries.

Des pluies violentes accompagnées de vents forts peuvent perturber leurs déplacements, les fatiguer et compliquer leur recherche de nourriture.

Certains oiseaux se nourrissant dans des eaux peu profondes peuvent également voir leurs zones habituelles d’alimentation temporairement modifiées par la montée des niveaux d’eau.

La période de l’année joue toutefois un rôle important.

En octobre, la reproduction est terminée pour la majorité des espèces présentes en Camargue. Le risque de destruction des œufs et des nichées est donc généralement moins élevé qu’au printemps.

En revanche, la région accueille de nombreux oiseaux migrateurs ou hivernants, dont les déplacements et l’alimentation peuvent être perturbés.

À ce stade, aucun bilan local vérifié ne permet d’affirmer que les intempéries des 19 et 20 octobre ont provoqué une mortalité importante parmi les oiseaux sauvages.

Les moustiques : une prolifération déjà constatée avant ces nouvelles pluies

C’est une conséquence particulièrement concrète pour les habitants du Gard, de la Camargue et des Bouches-du-Rhône.

Les moustiques sont déjà beaucoup plus présents dans plusieurs secteurs du littoral méditerranéen.

Et cette fois, il ne s’agit pas d’une simple impression.

Dans un communiqué publié le 16 octobre 2026, l’Entente interdépartementale pour la démoustication (EID Méditerranée) confirmait d’importantes éclosions de moustiques à la suite des pluies et des vents marins enregistrés depuis le 30 septembre.

Plus de 6 800 hectares

de zones présentant des larves de moustiques, recensés entre fin septembre et le 9 octobre sur les territoires suivis par l’EID Méditerranée.

Le Gard, l’est de l’Hérault et les Bouches-du-Rhône figurent parmi les secteurs particulièrement concernés.

Les espèces Aedes caspius et Aedes detritus, caractéristiques des zones humides littorales, profitent notamment de la remise en eau de terrains temporairement asséchés.

Malgré les interventions de démoustication, l’EID confirmait la présence de moustiques adultes provoquant d’importantes nuisances.

Les nouvelles inondations pourraient favoriser d’autres éclosions dans les prochains jours, si les températures et les conditions de développement restent favorables.

Il convient néanmoins de distinguer les moustiques des marais, principalement responsables de nuisances, du moustique-tigre, dont les lieux de reproduction et les enjeux sanitaires sont différents.

Paradoxalement, les moustiques constituent aussi une ressource alimentaire pour d’autres animaux, notamment certains poissons, oiseaux et insectes prédateurs.

Leur prolifération illustre ainsi toute la complexité des équilibres naturels.

Les poissons : des eaux plus abondantes, mais pas nécessairement plus favorables

Pour les poissons, l’arrivée massive d’eau douce peut produire des effets contradictoires.

Dans certains marais et étangs, la montée des eaux peut reconnecter temporairement des milieux aquatiques et permettre aux poissons de rejoindre de nouvelles zones d’alimentation.

Mais les inondations entraînent aussi des risques importants.

Les eaux de ruissellement peuvent transporter des hydrocarbures, des produits phytosanitaires, des déchets et des matières organiques provenant des routes, des zones urbaines ou des terres agricoles.

Ces apports peuvent dégrader la qualité des eaux et, dans certaines conditions, réduire leur teneur en oxygène.

Autre particularité de la Camargue : ses étangs et lagunes présentent des salinités variables.

Un apport massif d’eau douce peut modifier rapidement cet équilibre. Certaines espèces s’en accommodent, tandis que d’autres peuvent subir un stress physiologique.

Il faudra donc observer l’évolution de la qualité des eaux dans les étangs et les canaux avant de tirer des conclusions sur les conséquences de cet épisode.

La flore : quand les inondations peuvent aussi être bénéfiques

Contrairement aux habitations ou aux infrastructures humaines, de nombreux milieux naturels de Camargue sont adaptés à des inondations périodiques.

Les roseaux, les joncs et plusieurs plantes caractéristiques des zones humides ont besoin de l’eau pour se développer.

Les précipitations peuvent contribuer à reconstituer les réserves hydriques, alimenter les marais et favoriser certaines espèces végétales.

Mais là encore, tout dépend de l’intensité et de la durée du phénomène.

Une submersion prolongée peut priver d’oxygène les racines des plantes les moins adaptées. Des écoulements violents peuvent arracher la végétation, provoquer une érosion des sols ou déposer des sédiments sur certains habitats.

Les modifications de salinité peuvent également transformer progressivement la composition végétale de certains secteurs.

Une inondation peut donc détruire une partie de la végétation tout en créant les conditions favorables à son renouvellement.

Les zones humides : des espaces naturels qui peuvent aussi protéger les habitants

C’est peut-être l’un des enseignements les plus importants de cet épisode.

Les marais, les prairies inondables et les zones humides ne sont pas seulement des espaces de biodiversité. Ils peuvent également jouer un rôle essentiel dans la régulation des eaux.

Lorsqu’ils sont suffisamment étendus et correctement connectés aux écoulements naturels, ces milieux permettent de stocker temporairement une partie des eaux et de ralentir leur circulation.

Ils contribuent ainsi, dans certaines situations, à atténuer les conséquences des crues.

Mais leur capacité de stockage n’est pas illimitée. Lorsque les sols sont déjà saturés ou que les précipitations sont exceptionnellement intenses, les zones humides ne peuvent pas empêcher toutes les inondations.

En Camargue, la préservation de ces espaces représente donc un double enjeu : protéger la biodiversité et contribuer à une meilleure gestion des risques naturels.

Un bilan écologique qui ne pourra être établi qu’avec du recul

Les conséquences immédiates des intempéries sont parfois spectaculaires : animaux noyés, habitats submergés, sols ravinés, végétation arrachée.

Mais les effets les plus durables peuvent apparaître plusieurs semaines, voire plusieurs mois après les événements.

Il faudra notamment surveiller la qualité des eaux, l’évolution des populations animales, les modifications de salinité et la capacité de certains habitats à se régénérer.

Les observations réalisées par les gestionnaires des espaces naturels, le Parc naturel régional de Camargue et les organismes scientifiques spécialisés, notamment la Tour du Valat, pourront contribuer à mieux comprendre ces phénomènes.

Il serait aujourd’hui prématuré de dresser un bilan définitif de l’impact écologique des inondations des 19 et 20 octobre.

La nature peut se régénérer, mais elle n’est pas invulnérable

Ces intempéries rappellent d’abord la fragilité des vies humaines. À Saint-Mitre-les-Remparts, une famille est endeuillée. Ailleurs, des habitants découvrent les dégâts dans leur maison, des commerçants tentent de reprendre leur activité et des éleveurs doivent faire face à la perte de leurs animaux.

Cette réalité demeure la première des préoccupations.

Mais les événements nous invitent aussi à regarder différemment la nature qui nous entoure.

Dans une région façonnée par l’eau, les inondations participent parfois au renouvellement des milieux naturels. Elles peuvent alimenter les marais, créer de nouveaux habitats et favoriser certaines espèces.

À l’inverse, lorsqu’elles surviennent brutalement, elles peuvent provoquer des destructions et bouleverser des équilibres écologiques fragiles.

La Camargue nous rappelle ainsi une réalité fondamentale : l’eau est indispensable à la vie, mais son excès peut aussi devenir une force destructrice.

Et si les conséquences humaines sont aujourd’hui au cœur de l’actualité, celles sur la faune et la flore mériteront, elles aussi, d’être suivies dans les semaines et les mois à venir.