Gilets jaunes : le 17 octobre se profile, la Camargue se souvient des ronds-points de 2018

Huit ans après le début du mouvement des Gilets jaunes, une nouvelle date s’impose progressivement sur les réseaux sociaux

Modifié : 10h38

Gilets jaunes : le 17 octobre se profile, la Camargue se souvient des ronds-points de 2018
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Des appels à une nouvelle mobilisation circulent sur les réseaux sociaux pour le samedi 17 octobre 2026.

 

Huit ans après le début du mouvement des Gilets jaunes, une nouvelle date s’impose progressivement sur les réseaux sociaux : le samedi 17 octobre 2026. Des vidéos et affiches appellent à ressortir les gilets jaunes face à la hausse des prix du carburant et aux difficultés liées au pouvoir d’achat. Pour l’heure, aucune organisation nationale clairement identifiée ne semble être à l’origine de cette mobilisation et son ampleur reste impossible à mesurer. Dans le Pays d’Arles, cette perspective résonne toutefois avec une histoire récente : en 2018, le rond-point du Vittier était devenu l’un des points de fixation importants de la contestation.

Le 17 octobre, une date qui circule largement sur les réseaux sociaux

Depuis plusieurs jours, des appels à la mobilisation se multiplient sur TikTok, Facebook et Instagram. Des vidéos et affiches invitent les Français à ressortir leur gilet jaune le samedi 17 octobre 2026. Certaines publications sont relayées par d’anciens participants au mouvement de 2018, tandis que d’autres émanent de comptes qui appellent plus largement à une mobilisation autour du coût de la vie et des prix des carburants.

Cette agitation numérique doit toutefois être interprétée avec prudence. À ce stade, il ne s’agit pas d’une mobilisation nationale comparable à celle de novembre 2018 déjà établie sur le terrain. Aucun dispositif national clairement structuré ne permet encore de connaître le nombre de participants potentiels, ni même la réalité des rassemblements qui pourraient avoir lieu le 17 octobre. Les autorités n’avaient, au 11 septembre, recensé aucune manifestation autorisée à cette date selon TF1 Info.

Le phénomène n’est néanmoins pas totalement anecdotique. La date du 17 octobre est désormais reprise par plusieurs médias nationaux et les appels s’appuient sur un contexte économique qui rappelle, sur certains aspects, celui de 2018.

Le carburant au cœur d’une nouvelle colère

Le principal point commun avec le mouvement lancé à l’automne 2018 se trouve dans la question du prix à la pompe. Le mouvement des Gilets jaunes était né notamment de la contestation de la hausse de la fiscalité sur les carburants avant de s’élargir rapidement à des revendications liées au pouvoir d’achat, à la fiscalité, aux services publics et au sentiment de déclassement d’une partie de la population.

Huit ans plus tard, le contexte économique n’est toutefois pas identique. La flambée actuelle des carburants est notamment liée aux tensions géopolitiques et aux perturbations du marché pétrolier et du raffinage. Début septembre, le prix du SP95-E10 avait franchi les 2,10 euros le litre en moyenne, tandis que le gazole dépassait lui aussi les 2,20 euros. Le gouvernement a d’ailleurs prolongé certaines aides destinées aux secteurs les plus exposés à la hausse des carburants pour les mois de septembre et octobre.

La situation est donc différente de celle de 2018 : à l’époque, la hausse contestée était directement associée à une décision fiscale du gouvernement. Aujourd’hui, les prix sont davantage soumis aux cours internationaux du pétrole, aux tensions géopolitiques et aux conditions du marché énergétique. Pour les automobilistes, une réalité demeure cependant très concrète : lorsque le prix du litre augmente, le coût du plein augmente lui aussi.

En Pays d’Arles, le souvenir du Vittier reste marqué

C’est précisément sur ce terrain que le parallèle avec 2018 prend une dimension particulière dans le Pays d’Arles.

À l’automne 2018, le rond-point du Vittier, situé à proximité de l’A54 et de la RN113, était devenu un lieu important de rassemblement des Gilets jaunes. Le secteur avait accueilli plusieurs mobilisations et constituait un point stratégique du mouvement dans l’ouest des Bouches-du-Rhône. Des centaines de manifestants y avaient notamment convergé au cours des premières semaines de mobilisation.

Le Vittier n’était pas seulement un rond-point parmi d’autres. Il était devenu un lieu de rencontre, de discussions et de revendications, à l’image de nombreux autres ronds-points occupés partout en France durant cette période.

Le 16 décembre 2018, le site avait également servi de point d’ancrage à une initiative dépassant le cadre strictement local. Une marche en direction de Paris était partie d’Arles pour porter la revendication d’un référendum d’initiative citoyenne. Une cinquantaine de personnes étaient réunies au départ à l’hôtel de ville, avant que les marcheurs ne prennent la direction de Tarascon puis d’autres étapes sur leur route vers la capitale. L’initiative était notamment portée par des participants issus du rond-point du Vittier et de Saint-Martin-de-Crau.

Quelques semaines seulement après le début du mouvement, Arles s’était donc retrouvée associée à une initiative qui entendait donner une dimension nationale à la contestation.

Un territoire particulièrement dépendant de la voiture

La question du carburant possède une résonance particulière dans le territoire camarguais et autour du Pays d’Arles. Les déplacements entre les communes, les zones d’activité et les bassins de vie reposent largement sur le réseau routier.

Pour une partie des habitants, les trajets quotidiens peuvent représenter plusieurs dizaines de kilomètres. Les axes reliant notamment Arles à Saint-Martin-de-Crau, Tarascon ou Port-Saint-Louis-du-Rhône structurent une grande partie des déplacements du territoire.

Cette réalité explique pourquoi une hausse importante du prix du carburant peut rapidement devenir une question de budget quotidien. Le plein d’essence ou de gazole n’est pas une dépense facilement évitable pour les personnes qui utilisent leur véhicule pour travailler, faire leurs courses ou rejoindre les services et équipements situés dans les pôles urbains.

La hausse actuelle intervient d’ailleurs dans un contexte où les prix à la pompe ont retrouvé des niveaux particulièrement élevés. Le SP95-E10 a atteint début septembre un niveau supérieur au précédent record observé en 2022, tandis que le gazole s’en rapprochait également.

Une mobilisation encore très incertaine

Pour autant, rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que le scénario de 2018 va se reproduire.

Le mouvement des Gilets jaunes avait connu une mobilisation exceptionnelle dès le 17 novembre 2018. Selon le ministère de l’Intérieur, 282 000 personnes avaient participé à des actions et rassemblements à travers la France, sur plus de 2 000 points de mobilisation. Le mouvement s’était ensuite installé dans la durée, notamment autour des nombreux ronds-points occupés.

La situation actuelle est encore beaucoup plus diffuse. Les appels du 17 octobre circulent principalement sur les réseaux sociaux et ne reposent pas, à ce stade, sur une organisation nationale comparable à une structure syndicale ou à un mouvement officiellement constitué.

Cette différence est essentielle. Une publication largement partagée peut créer une impression de mobilisation importante sans nécessairement déboucher sur une présence significative sur le terrain. Entre des milliers de vidéos vues sur TikTok et plusieurs milliers de personnes réellement présentes sur les routes, l’écart peut être considérable.

Le 17 octobre, premier véritable test

La journée du samedi 17 octobre permettra donc surtout de mesurer la capacité de ces appels numériques à se transformer en mobilisation concrète.

En Camargue et dans le Pays d’Arles, le souvenir des ronds-points de 2018 donne au sujet une résonance particulière. Le Vittier, la RN113 et les grands axes routiers avaient alors été directement concernés par un mouvement qui avait profondément marqué le territoire.

Reste à savoir si la hausse actuelle des carburants et les inquiétudes liées au pouvoir d’achat suffiront à recréer cette dynamique.

Pour l’heure, il serait prématuré de parler d’un retour des Gilets jaunes. Mais une chose est certaine : huit ans après le début du mouvement, le simple fait qu’une date comme celle du 17 octobre commence à circuler massivement montre que le souvenir de 2018 n’a pas totalement disparu.

Et dans un territoire où les ronds-points avaient été au cœur de la contestation, la question sera désormais de savoir si les appels lancés derrière les écrans réussiront, eux aussi, à trouver un écho sur le terrain.