Deux bises, trois bises, poignée de main : pourquoi nos façons de dire bonjour en disent long sur nous
Devant une église, à l’occasion d’un mariage, la scène paraît anodine : des invités se retrouvent, se reconnaissent, se sourient et se saluent.
/t:r(unknown)/fit-in/1100x2000/filters:format(webp)/medias/Bw0nAKiNK0/image/english_greetings_5eda896eaf1789374360320.webp)
De la simple poignée de main à la bise sonore, les salutations sont loin d’être de simples automatismes.
Devant une église, à l’occasion d’un mariage, la scène paraît anodine : des invités se retrouvent, se reconnaissent, se sourient et se saluent. Pourtant, entre poignée de main, bise, accolade ou simple signe de tête, chacun applique presque instinctivement des codes sociaux précis. Dans le Sud, ces habitudes s’inscrivent aussi dans une culture où les rassemblements, les traditions et les signes d’appartenance occupent une place importante.
Une poignée de main, deux bises… ou davantage
Il suffit parfois de quelques secondes pour observer toute une petite chorégraphie. Une personne arrive, tend la main. Une autre ouvre les bras. Certains se contentent d’un mouvement de tête. D’autres enchaînent les bises avec une précision presque mécanique.
La poignée de main reste probablement l’un des gestes les plus universels dans les relations sociales et professionnelles. Le contact est bref, la distance relativement maîtrisée et le geste fortement codifié. La bise, elle, suppose généralement une proximité plus importante.
Et là commencent les fameuses interrogations : combien de bises ? De quel côté commencer ? Faut-il réellement toucher la joue ou simplement l’effleurer ?
Deux bises sont devenues une habitude très répandue en France, mais les pratiques varient selon les personnes et les territoires. Trois ou quatre bises peuvent également se rencontrer. La situation, l’âge, le degré de familiarité et les habitudes du groupe jouent souvent autant que la région.
Ce qui semble être un geste anodin constitue donc déjà une véritable convention sociale.
Quand la bise devient un signe de proximité
La question est encore plus intéressante lorsqu’elle concerne les hommes. Dans certains groupes, la poignée de main peut rapidement laisser place à une bise, une accolade ou une tape dans le dos.
Il n’y a là rien de contradictoire avec une image traditionnelle de la virilité. La proximité physique peut au contraire devenir un marqueur de confiance et de camaraderie. Le geste ne sert alors plus seulement à saluer : il confirme une relation.
Cette logique se retrouve dans de nombreux groupes sociaux. Les salutations permettent de distinguer la relation professionnelle de la relation amicale, l'inconnu du proche, ou encore la personne extérieure au groupe de celle qui en fait partie.
Le geste peut ainsi transmettre un message silencieux : « nous nous connaissons », « nous sommes proches », voire « tu es des nôtres ».
En Provence et en Camargue, le contexte compte autant que le geste
Il serait toutefois abusif de parler d’une « bise camarguaise » ou d’une façon officiellement provençale de se saluer. Aucun geste unique ne permet d’identifier avec certitude une personne originaire de Camargue.
En revanche, le territoire possède une culture particulièrement riche en signes d’appartenance. Les costumes, les fêtes et les cérémonies traditionnelles participent encore aujourd’hui à cette identité collective.
À Arles et dans le Pays d’Arles, les gardians et les Arlésiennes occupent notamment une place importante dans les fêtes traditionnelles. Le costume du gardian est codifié, avec notamment le pantalon en « peau de taupe », la chemise colorée, la veste noire portée lors des cérémonies et le chapeau de feutre à larges bords. Le costume d’Arlésienne répond lui aussi à des règles précises et accompagne les cérémonies et grandes occasions.
Les fêtes traditionnelles jouent, elles aussi, un rôle social important. Fête des Gardians, Fête du Costume, Course de Satin ou encore autres rassemblements du Pays d’Arles sont autant de moments où l’on se retrouve autour d’une histoire et de références communes. L’Office de Tourisme d’Arles souligne d’ailleurs que ces rendez-vous réunissent les habitants autour de leur histoire commune et de la culture provençale.
La salutation n’est donc pas nécessairement différente. Mais le contexte dans lequel elle intervient peut raconter beaucoup de choses sur celui qui la pratique.
Une question de distance… et de confiance
Pourquoi sommes-nous à l’aise avec certaines personnes à quelques centimètres de notre visage alors que nous reculons instinctivement lorsqu’un inconnu s’approche trop ?
La réponse se trouve notamment dans ce que les sciences sociales étudient sous le nom de proxémie, c’est-à-dire la manière dont les individus utilisent et organisent les distances physiques dans leurs interactions. Les travaux consacrés à la communication non verbale montrent que la distance adoptée varie notamment selon le degré de familiarité, les rapports sociaux et la nature de la relation.
Une poignée de main réduit déjà la distance entre deux personnes. Une bise la réduit davantage. Une accolade fait disparaître, durant quelques secondes, une grande partie de cette frontière personnelle.
Ce rapprochement n’est évidemment pas identique partout dans le monde. Certaines cultures privilégient davantage l’inclinaison du corps, le mouvement de tête ou d’autres formes de salutations sans contact physique rapproché.
Autrement dit, la chaleur d’une relation ne se mesure pas nécessairement au nombre de centimètres qui séparent deux personnes.
Le Covid a bouleversé nos habitudes
La pandémie de Covid-19 a fourni une démonstration particulièrement spectaculaire de l’importance de ces gestes.
Au début de la crise sanitaire, les recommandations officielles invitaient à éviter les poignées de main, les embrassades et les contacts rapprochés. La poignée de main et la bise ont ainsi quasiment disparu du quotidien pendant une période où la distanciation physique était devenue une mesure de prévention majeure.
Une enquête menée pendant le confinement par l’Institut Pasteur a notamment montré que 95 % des participants déclaraient ne plus avoir de contact physique pour saluer un proche ou un collègue.
Le fameux salut du coude est alors apparu, tout comme les signes de la main ou les simples mouvements de tête. Des gestes qui, quelques mois plus tôt, auraient pu sembler étranges sont soudain devenus parfaitement ordinaires.
Puis les habitudes traditionnelles ont progressivement retrouvé leur place.
Cette parenthèse sanitaire a surtout rappelé une chose : nous ne réfléchissons presque jamais à nos salutations jusqu’au jour où elles deviennent impossibles.
Un geste banal qui raconte beaucoup
Chaque jour, des millions de personnes se serrent la main, se font la bise ou s’enlacent sans réellement réfléchir à ce qu’elles accomplissent.
Pourtant, ces quelques secondes concentrent de nombreux codes : le degré de proximité, la confiance, le contexte social, l’âge, les habitudes culturelles et parfois l’appartenance à un groupe.
En Provence et en Camargue, les traditions donnent une dimension supplémentaire à cette question. Les costumes, les fêtes et les rassemblements contribuent à entretenir une culture collective particulièrement visible dans les grandes occasions.
Alors, la prochaine fois que quelqu’un vous fera une bise un peu trop enthousiaste, vous pourrez toujours vous demander ce qu’il cherche à vous dire.
Deux bises, trois bises, quatre… Et si vous perdez le compte, rassurez-vous : le principal est probablement que vous vous soyez reconnus.
/t:r(unknown)/fit-in/300x2000/filters:format(webp)/filters:quality(100)/radios/radiocamargue/images/logo_AXUqhdE2WX.png)
/t:r(unknown)/fit-in/400x400/filters:format(webp)/medias/Bw0nAKiNK0/image/maxnewsspecialtwo5186801789375362417-format1by1.jpg)
/t:r(unknown)/fit-in/400x400/filters:format(webp)/medias/Bw0nAKiNK0/image/initial_mouvement_des_gilets_jaunes_paris1789374920427-format1by1.jpg)
/t:r(unknown)/fit-in/400x400/filters:format(webp)/medias/Bw0nAKiNK0/image/202609120535907_995868121789374080113-format1by1.jpg)