En Camargue, la cistude n°14 défie le temps : une tortue sauvage suivie depuis 50 ans

En Camargue, les flamants roses ne sont pas les seuls habitants des marais à raconter l’histoire du territoire

Modifié : 2 septembre 2026 à 9h43

En Camargue, la cistude n°14 défie le temps
Cistude d’Europe — photo d’illustration : ce n’est pas la n° 14.
Crédit : 5snake5 — CC0

Marquée en 1976 à la Tour du Valat, cette femelle cistude d’Europe a été retrouvée vivante lors de récentes campagnes de suivi.

 

En Camargue, les flamants roses ne sont pas les seuls habitants des marais à raconter l’histoire du territoire. Une petite tortue noire tachetée de jaune, identifiée sous le numéro 14, fait aujourd’hui figure de véritable doyenne. Marquée pour la première fois en 1976 sur le domaine de la Tour du Valat, au Sambuc, elle a été retrouvée vivante lors de campagnes récentes. Son année de naissance reste inconnue, mais son histoire scientifique est documentée depuis un demi-siècle.

La cistude n°14 est une femelle. Elle évoluait déjà dans les marais du domaine de la Tour du Valat, au Sambuc, sur la commune d’Arles, lorsqu’elle a été marquée pour la première fois en 1976.

Dans une publication mise en ligne le 2 juillet 2026, la Tour du Valat indique que l’animal a été retrouvé vivant lors de campagnes récentes. Âgée de plus de cinquante ans, cette cistude est, à la connaissance des chercheurs, le plus vieil individu de l’espèce jamais recensé à l’état sauvage.

Son année de naissance exacte demeure inconnue. Mais son identification permet de retracer son parcours sur une période exceptionnelle de cinq décennies.

Pour suivre les cistudes au fil des années, les scientifiques réalisent de petites incisions sur les écailles situées au bord de la carapace. Chaque animal possède ainsi un code qui lui est propre.

Lorsqu’une tortue est de nouveau capturée dans le cadre du suivi, les chercheurs peuvent l’identifier et compléter les données recueillies au fil du temps.

Les premiers marquages réalisés à la Tour du Valat remontent à 1976 et ont été effectués par Alan Johnson. En 1997, un programme de suivi annuel a ensuite été lancé. En 2026, celui-ci entame sa trentième saison.

Depuis le début de ce programme, 1 722 cistudes ont été marquées sur le domaine de la Tour du Valat.

Anthony Olivier, ingénieur d’études et porteur du projet, souligne que ce suivi individuel à long terme est le deuxième plus ancien mené sur le domaine, après celui consacré aux flamants roses. À l’échelle européenne, il constitue le plus ancien programme de capture-marquage-recapture consacré aux cistudes encore en activité.

La continuité du suivi depuis 1997 a permis d'accumuler des données sur plusieurs générations de cistudes et de mieux comprendre leur fonctionnement.

Les observations montrent notamment que les femelles adultes présentent un taux de survie de 97 % d'une année sur l'autre. Les femelles se montrent également très fidèles à leur site de naissance, tandis que certains mâles peuvent parcourir jusqu'à 18 kilomètres.

Les chercheurs ont par ailleurs observé que certaines femelles peuvent pondre trois fois au cours d'une même saison.

La longévité de la cistude et ses déplacements limités en font également une espèce particulièrement intéressante pour observer l'état de son environnement.

La tortue peut en effet accumuler dans son organisme certains éléments présents dans son milieu. Les travaux menés à la Tour du Valat ont ainsi permis de mettre en évidence la présence de métaux lourds, de résidus de pesticides et de polluants organiques dans les populations étudiées.

Des recherches consacrées à la contamination des cistudes ont notamment porté sur leur exposition aux pesticides et aux éléments traces métalliques.

À travers la cistude n°14, c'est donc une histoire scientifique commencée dans les années 1970 qui se poursuit aujourd'hui. Un simple numéro gravé sur une carapace permet de relier les premières observations aux travaux actuels et de suivre, sur plusieurs décennies, une discrète habitante des marais camarguais.