Après le déraillement en Normandie, que sait-on vraiment et quels précédents près de chez nous ?

Le déraillement d’un TER reliant Rouen à Caen, vendredi 11 septembre en Seine-Maritime, a fait 44 blessés, dont une jeune femme de 18 ans évacuée en urgence absolue.

Modifié : 10h22

Après le déraillement en Normandie, que sait-on vraiment et quels précédents près de chez nous ?
Crédit : LUIS BRANCO / AFP

Le déraillement d’un TER entre Rouen et Caen a fait 44 blessés.

 

Le déraillement d’un TER reliant Rouen à Caen, vendredi 11 septembre en Seine-Maritime, a fait 44 blessés, dont une jeune femme de 18 ans évacuée en urgence absolue. Alors que les premiers éléments de l’enquête orientent les investigations vers la présence volontaire ou non d’un morceau de rail sur la voie, la piste d’un acte de malveillance est désormais étudiée. Dans les Bouches-du-Rhône, plusieurs accidents ou incidents ferroviaires ont également concerné ces dernières années les axes reliant Miramas, Arles, Fos et Avignon.

Un TER accidenté avec 186 passagers à bord

L’accident s’est produit vendredi 11 septembre, vers 19 h 45, à hauteur de Cléon, entre Tourville et Elbeuf-Saint-Aubin, en Seine-Maritime. Le TER, qui circulait sur la liaison Rouen-Caen, transportait 186 passagers lorsqu’il a déraillé.

Le bilan établi par les autorités fait état de 44 blessés. Une jeune femme de 18 ans a été évacuée en urgence absolue vers le CHU de Rouen, tandis que les 43 autres personnes blessées ont été prises en charge en urgence relative. D’importants moyens de secours ont été mobilisés sur place.

Les premiers dépistages réalisés sur le conducteur, concernant notamment l’alcool et les stupéfiants, se sont révélés négatifs. Une enquête judiciaire a été ouverte afin de déterminer précisément les circonstances du déraillement.

Un morceau de rail au cœur des investigations

L’enquête a rapidement pris une nouvelle orientation. Selon les premiers éléments communiqués samedi, le train aurait heurté un morceau de rail d’environ cinq mètres de long et pesant près de 300 kilos, retrouvé sur la voie.

Le parquet de Rouen a indiqué que la présence de ce morceau de rail constituait à ce stade l’hypothèse principale étudiée par les enquêteurs. La piste d’un acte volontaire est donc envisagée, mais les circonstances dans lesquelles cet élément s’est retrouvé sur la voie doivent encore être établies.

Cette nuance est importante : à ce stade, l’enquête n’a pas définitivement établi qu’il s’agissait d’un acte de malveillance. Les investigations doivent notamment permettre de déterminer comment le rail a été placé sur la voie et s’il existe une responsabilité pénale.

Un précédent à Miramas en 2024

Si les déraillements de trains de voyageurs faisant de nombreux blessés demeurent rares, le réseau ferroviaire régional a déjà connu plusieurs incidents impliquant des trains de marchandises.

Le 12 novembre 2024, la circulation ferroviaire avait notamment été fortement perturbée entre Marseille, Miramas et Avignon à la suite d’un incident concernant un train de marchandises à Miramas. La circulation avait été interrompue et la reprise, initialement annoncée dans la matinée, avait dû être repoussée au lendemain.

Selon les éléments fournis dans le dossier de sécurité consacré à cet événement, le train de fret quittant le faisceau de Miramas en direction d’Arles avait été impliqué dans un déraillement. Une cale anti-dérive aurait été oubliée sous un wagon plat situé à l’arrière du convoi. Le wagon avait ensuite déraillé au passage d’une aiguille avant de heurter un poteau de caténaire.

La présence de marchandises dangereuses dans le convoi constituait un élément particulièrement sensible. Les wagons concernés n’avaient toutefois pas déraillé.

En 2010, le trafic entre Arles et Marseille avait été fortement perturbé

Un autre épisode remonte à mai 2010. Un train de fret chargé de marchandises provenant de Fos et se dirigeant vers Vintimille avait déraillé entre Vitrolles et Pas-des-Lanciers. Trois wagons étaient sortis des rails, sans faire de victime.

L'accident avait néanmoins provoqué d’importants dégâts sur les voies. La circulation entre Marseille et Miramas avait été interrompue et des cars de substitution avaient été mis en place. Les perturbations avaient également affecté certaines liaisons longue distance.

Cet épisode illustre une particularité du réseau local : un incident concernant un train de fret peut rapidement avoir des conséquences bien au-delà du seul lieu de l’accident, en raison de l’importance de certains axes ferroviaires reliant Marseille, Miramas, Arles et la vallée du Rhône.

Des incidents également surveillés sur l’axe Arles-Avignon

Plus récemment, les autorités ont également enquêté sur des incidents concernant des trains de fret circulant entre Fos, Arles et Avignon.

Le Bureau d’enquêtes sur les accidents de transport terrestre, le BEA-TT, a notamment publié en janvier 2025 son rapport consacré à un incident survenu le 14 juillet 2022. Un train de fret circulant entre Fos-Coussoul et Gevrey-Triage avait été arrêté entre Barbentane et Avignon après le déclenchement d’une alarme liée au système de détection des boîtes chaudes à Graveson.

L’examen du wagon concerné avait montré que celui-ci avait circulé avec les freins serrés. Le conducteur avait alors isolé le frein défectueux. Dans le même temps, un autre train de fret avait signalé plusieurs départs de feu aux abords de la voie entre Arles et Avignon.

Cet événement n’est pas comparable au déraillement du TER normand, mais il rappelle les risques particuliers associés au trafic de marchandises et l’importance des dispositifs permettant de détecter rapidement les anomalies susceptibles d’affecter la sécurité des circulations.

Des accidents impressionnants, mais qui restent exceptionnels

Le déraillement survenu en Normandie ne doit toutefois pas conduire à considérer le réseau ferroviaire français comme régulièrement exposé à ce type d’accident. Les déraillements de trains de voyageurs provoquant un nombre important de blessés restent des événements exceptionnels.

Le cas de Cléon présente par ailleurs une particularité majeure : si les premiers éléments de l’enquête sont confirmés, l’accident pourrait être lié non pas à une défaillance classique du matériel roulant ou de l’infrastructure, mais à la présence d’un obstacle sur la voie.

L’enquête devra donc permettre de distinguer ce qui relève d’un dysfonctionnement accidentel, d’une intervention extérieure ou d’un éventuel acte volontaire. À ce stade, aucune conclusion définitive ne peut être tirée.

Un enjeu particulièrement sensible dans notre région

Autour de la Camargue et de l’ouest des Bouches-du-Rhône, le réseau ferroviaire joue un rôle stratégique. Les lignes reliant Fos-sur-Mer, Miramas, Arles et Avignon accueillent à la fois des trains de voyageurs et un important trafic de marchandises lié notamment aux activités industrielles et portuaires.

Les précédents recensés ces dernières années montrent surtout que les conséquences d’un incident ferroviaire peuvent être importantes : interruption des circulations, dégâts aux infrastructures, déviation des trains ou mise en place de transports de substitution.

Le déraillement du TER en Normandie rappelle ainsi, sans qu’il soit question de comparer directement les différents événements, l’importance de la surveillance et de la sécurisation du réseau. À proximité de la Camargue, où le rail constitue à la fois une infrastructure de transport du quotidien et un maillon essentiel de l’activité économique, la sécurité ferroviaire demeure un enjeu très concret.