À l’Espiguette, la Capelude entame sa reconquête écologique
À l’extrémité est de l’Espiguette, le domaine de la Capelude fait l’objet d’une importante opération de restauration écologique.
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Au Grau-du-Roi, un vaste projet de renaturation doit permettre aux milieux naturels de retrouver leur place sur ce secteur fragilisé du littoral camarguais.
À l’extrémité est de l’Espiguette, le domaine de la Capelude fait l’objet d’une importante opération de restauration écologique. Retenu dans le cadre du programme national Mission Nature, le projet vise à effacer progressivement les traces de l’artificialisation et à reconnecter les habitats naturels. Une démarche qui s’inscrit dans une stratégie plus large d’adaptation du littoral face à l’érosion et aux effets du changement climatique.
Redonner au littoral son fonctionnement naturel
Au Grau-du-Roi, le domaine de la Capelude constitue l’un des secteurs naturels remarquables de l’Espiguette. Ce site littoral, situé à proximité de la mer Méditerranée et de la lagune du Rhône Saint-Roman, abrite une mosaïque de milieux dunaires et humides présentant de forts enjeux pour la biodiversité.
Mais cet équilibre a été fragilisé au fil du temps par plusieurs aménagements. Le secteur est notamment marqué par la présence de bâtiments en ruine, d’une ancienne piscine de quelque 1 000 m² et d’un réseau de pistes, autant d'éléments qui ont contribué à artificialiser et à fragmenter les habitats naturels.
Le projet de restauration prévoit donc de dépolluer, déconstruire et remodeler les espaces artificialisés, afin de recréer des continuités entre les différents milieux naturels. L’ancienne piscine doit notamment être transformée en mare dunaire, avec l’objectif de retrouver des conditions favorables à plusieurs espèces liées à ces habitats particuliers.
Un projet soutenu par Mission Nature
La reconquête de la Capelude a été retenue dans le cadre de la troisième édition de Mission Nature, un programme consacré au financement de projets de restauration de la biodiversité. Le projet porté par la commune du Grau-du-Roi représente, selon l’Office français de la biodiversité, un montant de 230 000 euros, avec une subvention prévisionnelle de 184 000 euros.
Le périmètre concerné par l’opération représente environ 10 hectares. L’objectif est de restaurer un ensemble littoral fonctionnel, en reconnectant les habitats et en améliorant les conditions nécessaires au développement de la faune et de la flore caractéristiques du secteur.
Le domaine appartient au Conservatoire du littoral et s’intègre dans un ensemble naturel plus vaste. Depuis 2007, plusieurs opérations ont déjà été menées sur le secteur de l’Espiguette afin de restaurer les milieux dunaires et de renforcer leur fonctionnement écologique. Plus de cinq opérations ont notamment permis de travailler à la reconstitution du cordon dunaire et à la réhabilitation de milieux dégradés.
Des habitats essentiels pour la biodiversité
La Capelude n’est pas seulement un espace paysager. Ses dunes, zones humides et lagunes temporaires constituent des habitats pour de nombreuses espèces adaptées aux conditions particulières du littoral méditerranéen.
Parmi les espèces identifiées comme présentant des enjeux de conservation figurent notamment le Pélobate cultripède, un amphibien associé aux mares temporaires, ainsi que le Leste à grands stigmas, une libellule. La restauration du site doit également favoriser des espèces végétales caractéristiques des milieux littoraux et améliorer les conditions d’accueil de la faune présente sur les berges de la lagune.
Le projet prévoit ainsi de restaurer les fonctionnalités hydromorphologiques du site et les continuités hydrauliques, indispensables au fonctionnement des zones humides temporaires. Le Gravelot à collier interrompu, notamment, fait partie des espèces dont l’habitat doit bénéficier de cette restauration.
Une réponse aux enjeux du littoral camarguais
Cette opération intervient dans un contexte où les territoires littoraux doivent composer avec l’érosion et l’évolution du trait de côte. À l’Espiguette, la restauration des milieux naturels constitue ainsi également une réponse fondée sur la nature aux évolutions auxquelles est confronté le littoral.
Les travaux engagés à la Capelude s’inscrivent dans cette logique : plutôt que de maintenir durablement des aménagements devenus incompatibles avec le fonctionnement naturel du site, il s’agit de supprimer certains marqueurs de l’artificialisation et de permettre aux écosystèmes de retrouver davantage de continuité et de résilience.
Le calendrier opérationnel présenté par le Pôle-relais lagunes prévoit des travaux débutés en janvier 2026 et une fin de chantier courant mars 2026. Un suivi scientifique doit accompagner l’opération afin de comparer l’état du site avant et après les travaux, à travers notamment des suivis de la flore, des habitats et de la faune.
La Capelude illustre ainsi une évolution importante dans la gestion des espaces littoraux : protéger ne signifie pas seulement conserver l’existant, mais peut aussi consister à restaurer activement les milieux lorsque ceux-ci ont été durablement transformés. À l’Espiguette, la nature retrouve progressivement de l’espace, avec l’ambition de préserver à la fois la biodiversité et les équilibres fragiles du littoral camarguais.
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