Pourquoi s’étirer fait-il autant de bien ? La science derrière ce geste que partagent humains et animaux

Après une nuit de sommeil, une sieste ou plusieurs heures passées dans la même position, difficile de résister à l’envie de s’étirer.

Modifié : 10h06

Pourquoi s’étirer fait-il autant de bien ?

Du réveil au retour au mouvement, l’étirement spontané accompagne les transitions entre repos et activité. Chez l’être humain comme chez de nombreux animaux, ce réflexe porte un nom : la pandiculation.

 

Après une nuit de sommeil, une sieste ou plusieurs heures passées dans la même position, difficile de résister à l’envie de s’étirer. Bras tendus, dos cambré, jambes allongées… ce geste instinctif procure souvent une sensation immédiate de relâchement. Les chiens et les chats adoptent eux aussi ce comportement. Derrière cette habitude familière se cache un mécanisme ancien, largement partagé dans le règne animal, même si la science ne connaît pas encore toutes les raisons précises de son apparition.

Un geste automatique pour remettre le corps en mouvement

Ce grand étirement qui accompagne parfois un bâillement n'est pas tout à fait un simple mouvement destiné à « se dégourdir ». Les chercheurs parlent de pandiculation, un comportement involontaire qui consiste en une succession coordonnée de contractions, d’étirements et de relâchements musculaires.

La pandiculation apparaît notamment lors des transitions entre différentes phases d’activité, en particulier entre le sommeil et l’éveil. Elle participe ainsi à une forme de remise en route progressive du système moteur après une période d’inactivité. Des travaux scientifiques décrivent ce comportement comme un phénomène présent chez de nombreux animaux et comparable, dans sa forme générale, chez l’être humain et les mammifères domestiques.

Après être resté immobile pendant plusieurs heures, le corps doit en effet retrouver progressivement ses repères moteurs. L’étirement sollicite alors les muscles et les articulations et accompagne le retour vers une activité normale.

Pourquoi cette sensation est-elle si agréable ?

C’est ici que les choses deviennent plus complexes. Si chacun peut constater qu’un bon étirement procure souvent une sensation de détente, les mécanismes précis responsables de cette impression de bien-être ne sont pas entièrement établis.

L’étirement met en jeu de nombreux récepteurs sensoriels présents dans les muscles et les tissus. Ces informations sont transmises au système nerveux, qui participe au contrôle du mouvement et à la perception de l’état du corps. Le relâchement qui suit la contraction et l’étirement peut ainsi contribuer à cette impression de détente et de retour à l’équilibre.

La littérature scientifique suggère également que la pandiculation pourrait avoir un rôle dans la régulation du système locomoteur, en participant notamment au maintien des capacités de mouvement après des périodes d’immobilité. Cette interprétation demeure toutefois une hypothèse parmi plusieurs pistes étudiées.

Le bâillement, un compagnon fréquent

L’étirement spontané est régulièrement associé au bâillement. Les deux comportements peuvent se produire simultanément, notamment au moment du réveil. Les recherches sur le bâillement montrent qu’il s’agit lui aussi d’un comportement très ancien sur le plan évolutif, observé chez de nombreux vertébrés.

Pendant un bâillement, plusieurs groupes musculaires sont sollicités, notamment au niveau de la mâchoire, du cou et du système respiratoire. Une étude de synthèse publiée dans Sleep and Breathing souligne cependant qu’il n’existe toujours pas de consensus définitif sur la fonction principale du bâillement. Plusieurs mécanismes physiologiques ont été proposés et continuent d’être étudiés.

Autrement dit, contrairement à une idée parfois avancée, il serait excessif d’affirmer que le bâillement sert simplement à « apporter davantage d’oxygène au cerveau ». La recherche scientifique actuelle ne permet pas de réduire ce comportement à une explication aussi simple.

Et chez le chien ou le chat ?

Il suffit d’observer un chien se réveiller pour reconnaître la scène : les pattes avant s’étendent, le dos s’étire, la tête se relève et le corps semble progressivement passer du repos à l’action. Les chats présentent eux aussi des séquences d’étirement particulièrement reconnaissables.

Des travaux consacrés au comportement animal décrivent la pandiculation comme un phénomène répandu chez les mammifères, avec des formes coordonnées d’étirement observées chez différentes espèces.

Mais une question reste difficile à trancher : un animal ressent-il le même plaisir qu’un être humain lorsqu’il s’étire ?

La science permet d’observer et de mesurer les mouvements, les réactions physiologiques et certains comportements. Elle ne permet pas, en revanche, d’accéder directement à l’expérience subjective d’un chien ou d’un chat. Il est donc possible de constater qu’un animal semble détendu après s’être étiré, sans pouvoir affirmer qu’il éprouve exactement la même sensation de plaisir qu’un humain.

Un petit rituel qui accompagne le retour à la vie active

Au fond, cet étirement que nous faisons presque sans y penser constitue l’un de ces comportements quotidiens dont la simplicité cache une mécanique particulièrement intéressante. Après une période de repos ou d’immobilité, le corps se contracte, s’allonge puis se relâche, tandis que le système nerveux reçoit de nombreuses informations provenant des muscles et des articulations.

La prochaine fois qu’un chien s’étirera devant vous après une sieste, il ne sera donc pas simplement en train de prendre ses aises. Comme nous, il reproduit un comportement ancien qui accompagne naturellement le passage du repos au mouvement.

Et si l’on ne peut pas encore affirmer qu’il ressent exactement le même plaisir que nous, une chose est certaine : chez l’être humain comme chez de nombreux animaux, l’étirement spontané est un comportement profondément ancré dans notre biologie.