Pays-Bas : trente hommes armés, un raid meurtrier et cinq Marseillais parmi les suspects

Trente hommes armés, un mort et cinq suspects marseillais : Radio Camargue raconte le raid d’Overasselt et ses ramifications dans le Sud-Est.

Modifié : 10h26

Pays-Bas : trente hommes armés, un raid meurtrier et cinq Marseillais parmi les suspects
Crédit : Berthold Bronisz de Pixabay

Raid aux Pays-Bas : cinq Marseillais parmi les suspects

 

Une caméra filme une trentaine d’hommes armés avançant vers une propriété. Quelques minutes plus tard, un agent de sécurité est mortellement touché et deux policiers sont blessés. L’attaque d’Overasselt, aux Pays-Bas, entraîne une enquête jusque dans le Sud-Est français. Cocaïne prétendument volée, recrutements présumés, dizaines de milliers d’euros promis : ce récit possède tous les ressorts d’un polar. Pourtant, les faits sont réels.

La caméra les voit arriver.

Une silhouette entre dans le champ. Puis une autre. Bientôt, une trentaine d’hommes avancent dans une rue d’Overasselt, un village de la province néerlandaise de Gueldre. Beaucoup ont le visage dissimulé. Plusieurs portent des armes. Le groupe se dirige vers une propriété.

Nous sommes dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2026. Ces images de surveillance, diffusées ensuite par la presse néerlandaise, vont devenir des pièces d’une enquête criminelle. Elles montrent l’ampleur d’une opération dont les ramifications conduiront jusqu’à Marseille et dans le Gard. 

Selon les informations de presse recueillies sur l’affaire, des véhicules, notamment des camions, ont acheminé les assaillants dans le secteur. Leur destination se trouve sur l’Ewijkseweg : une propriété présentée par les médias néerlandais comme liée à un homme évoluant dans le trafic de stupéfiants.

Le groupe approche. Des coups de feu éclatent. Les hommes se replient.

Mais cette nuit meurtrière ne s’arrête pas au passage du commando.

Quatre heures du matin : les policiers pris pour cible

Vers quatre heures, la police reçoit un signalement concernant une situation suspecte devant l’habitation. La première patrouille arrive. Elle essuie immédiatement des tirs.

Deux policiers sont blessés. Leurs collègues leur portent secours et les mettent à l’abri, au péril de leur propre vie, selon le récit des autorités. Tous deux seront hospitalisés, hors de danger.

Sur place, un homme de 51 ans, originaire de Wijchen, est retrouvé grièvement blessé. Il assurait la sécurité des lieux. Les secours ne peuvent pas le sauver. 

À partir de cet instant, les forces de l’ordre doivent retrouver les suspects dispersés après l’attaque. La recherche s’étend aux alentours, puis au-delà du village.

Des arrestations ont lieu dans un champ de maïs, sur des autoroutes, près de la gare de Nimègue. Des unités spécialisées interviennent. Des armes, des véhicules et des supports numériques sont saisis. Autant de pièces à examiner pour reconstituer les déplacements et les responsabilités. 

Car derrière les premières interpellations demeure une question : pourquoi réunir autant d’hommes armés devant cette propriété ?

Une vidéo, une cargaison et douze heures pour la rendre

Après la fusillade, une autre séquence apparaît sur les réseaux sociaux.

Quatre hommes cagoulés font face à la caméra. Trois portent des armes automatiques. L’un lit un message adressé à un certain Jan G. Jr., présenté comme un résident de la propriété attaquée.

L’accusation est précise : le vol de 1 283 kilos de cocaïne et de deux camions. Le message lui donne douze heures pour restituer la marchandise. Il menace ensuite de mort ses proches et les personnes qui l’auraient aidé.

Une quantité de drogue considérable, un ultimatum, des menaces contre tout un entourage : la séquence suggère un conflit autour d’une cargaison. Mais elle doit être authentifiée. Lorsqu’elle rapporte son existence, la presse néerlandaise précise que la police l’examine. Les propos des hommes filmés ne prouvent donc ni le vol annoncé ni leur participation à l’assaut.  

Pour comprendre l’affaire, il faut distinguer ce que les images montrent, ce que les autorités établissent et ce que les protagonistes prétendent. L’attaque et son bilan sont confirmés. Le mobile exact reste à démontrer.

Les enquêteurs disposent néanmoins d’un autre élément : la propriété avait déjà été visée par des tirs l’année précédente. Ce précédent rejoint le dossier.

L’assaut pourrait donc s’inscrire dans un conflit plus ancien. Mais quel était son objectif : récupérer une marchandise, contraindre un homme, exercer des représailles ? Les investigations doivent encore le déterminer.

La piste française ramène jusqu’à Marseille

Au fil des identifications, la carte de l’affaire s’élargit.

La justice néerlandaise recense seize Français parmi les suspects. Le parquet identifie cinq Marseillais, âgés de 20, 21, 28, 29 et 31 ans. Il mentionne également un Alésien de 22 ans, ainsi que des suspects résidant à Agen, à Massy et au Bouscat.

Deux Français sont mineurs : ils ont 16 et 17 ans. Leur lieu de résidence n’est pas précisé par les autorités. 

Ces identifications donnent une dimension régionale à l’enquête. Elles posent aussi une nouvelle question : comment ces Français se sont-ils retrouvés mêlés à une opération armée aux Pays-Bas ?

Selon les informations de presse disponibles, des intermédiaires français auraient servi de relais avec les organisateurs néerlandais. Des participants auraient effectué le trajet en groupe, en passant par la Belgique afin de recevoir des armes.

La rémunération promise aurait été comprise entre 20 000 et 50 000 euros par participant français. Ces sommes et les modalités du recrutement restent à confirmer judiciairement.

Derrière le groupe filmé dans la rue se dessine ainsi l’hypothèse d’une organisation capable de recruter dans plusieurs pays, de réunir des hommes, de les déplacer et de les armer.

« Ils se disent qu’ils sont tous fous »

Pourquoi chercher des participants jusqu’à Marseille ? Une source interrogée sur cette affaire avance une explication brutale : « Les criminels européens aiment beaucoup les Marseillais, ils se disent qu’ils sont tous fous. »

La phrase traduit la réputation de violence que certains milieux criminels prêtent aux délinquants marseillais. Dans cette interprétation, leur capacité supposée à prendre des risques pourrait constituer un argument de recrutement.

Mais cette réputation ne renseigne pas sur les actes des cinq suspects marseillais. Elle ne permet de savoir ni ce qu’on leur avait annoncé avant le départ, ni ce qu’ils ont accepté, ni ce qu’ils ont effectivement fait sur place.

C’est précisément ce que les enquêteurs doivent établir. Qui connaissait la cible ? Qui avait reçu des instructions ? Qui transportait une arme ? Qui a tiré ? Et qui, en amont, aurait promis l’argent ?

La scène enregistrée par la caméra ne montre que l’aboutissement d’une préparation dont il faut maintenant retrouver les étapes.

Un nom apparaît, le commanditaire reste à identifier

Dans les récits de la presse néerlandaise revient le nom de Jos Leijdekkers, surnommé « Bolle Jos », une figure recherchée du trafic de cocaïne.

Ses avocats ont publiquement démenti toute implication dans les événements d’Overasselt. Sa responsabilité dans l’attaque n’est pas établie. 

L’identité du commanditaire demeure donc une question centrale. Retrouver les personnes présentes dans le secteur constitue une étape ; remonter jusqu’à ceux qui auraient conçu, financé et organisé l’opération en constitue une autre.

La police néerlandaise a d’ailleurs annoncé, dès le début septembre, des perquisitions destinées à recueillir des éléments sur les origines de l’attaque et ses éventuels donneurs d’ordre 

Dans le même temps, la justice doit attribuer les responsabilités individuelles. Dès le 4 septembre, le parquet précise qu’il ne distingue pas encore, dans les accusations initiales, les personnes qui auraient tiré de celles qui auraient participé autrement.

Les soupçons portent notamment sur le meurtre de l’agent de sécurité, les tentatives de meurtre visant les policiers, la préparation de crimes violents et la détention d’armes à feu. Tous les suspects restent présumés innocents. 

Un mois plus tard, de nouvelles arrestations

L’affaire continue de rebondir.

Dans un communiqué publié le 30 septembre, la police annonce que deux hommes d’Amsterdam, âgés de 24 et 25 ans, ont été arrêtés le lundi 28 septembre. Ils sont soupçonnés d’être impliqués dans les événements d’Overasselt.

Des perquisitions menées parallèlement permettent de saisir des supports numériques et deux armes à feu, dont une automatique. Un troisième homme, âgé de 19 ans, est arrêté dans le logement où les armes sont découvertes. Son rôle fait également l’objet d’investigations. 

Près d’un mois après la fusillade, les enquêteurs rassemblent encore les pièces.

La caméra a enregistré les silhouettes, les cagoules et les armes. Elle n’a montré ni les tractations, ni les promesses d’argent, ni les instructions qui ont précédé leur arrivée. C’est cette partie invisible que l’enquête cherche à reconstituer.

Ce récit peut rappeler un polar. Mais l’homme tué avait 51 ans. Deux policiers ont été blessés. Des habitants ont vu leur village devenir une scène de crime. À Overasselt, les conséquences sont réelles. Le dénouement judiciaire, lui, reste à écrire.