PACA : les antibiotiques davantage consommés, une nouvelle étude interroge le rôle du paracétamol et de l’ibuprofène

Dans une région où la consommation d’antibiotiques figure parmi les plus élevées de France, des chercheurs ont observé en laboratoire que certains médicaments courants pouvaient favoriser l’apparition de mutations bactériennes en présence d’un antibiotique.

Modifié : 9 septembre 2026 à 10h23

PACA : les antibiotiques davantage consommés, une nouvelle étude

Des résultats qui ouvrent une piste de recherche, mais qui ne justifient pas de modifier ses traitements.

 

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, la consommation d’antibiotiques reste particulièrement élevée. En 2024, la région figurait, avec la Corse, parmi les territoires métropolitains où le recours à ces médicaments était le plus important. Dans le même temps, une étude publiée dans npj Antimicrobials and Resistance s’intéresse à un phénomène encore peu documenté : l’influence possible de médicaments non antibiotiques, notamment le paracétamol et l’ibuprofène, sur l’apparition de résistances bactériennes.

Une consommation d’antibiotiques en hausse en France

Les derniers chiffres disponibles dressent un constat préoccupant. En 2024, la consommation d’antibiotiques en ville a progressé de 5,4 % par rapport à 2023, pour atteindre 22,1 doses définies journalières pour 1 000 habitants et par jour. Le nombre de prescriptions a également augmenté de 4,8 %, avec 860,4 prescriptions pour 1 000 habitants sur l'année.

Cette hausse n’est pas uniforme selon les territoires. La Corse et la Provence-Alpes-Côte d’Azur font partie des régions où la consommation est la plus élevée, tandis que la Bretagne, l’Auvergne-Rhône-Alpes et les Pays de la Loire se situent parmi les régions les moins consommatrices. Santé publique France relève également une progression de la consommation en PACA en 2024.

Une situation qui donne une résonance particulière aux recherches consacrées à l’antibiorésistance, alors que l'utilisation excessive ou inadaptée des antibiotiques constitue déjà un facteur majeur de sélection de bactéries résistantes.

Le paracétamol et l’ibuprofène dans le viseur des chercheurs

L’étude publiée dans npj Antimicrobials and Resistance ne porte pas directement sur des patients, mais sur des bactéries cultivées en laboratoire.

Les chercheurs ont étudié neuf médicaments couramment utilisés, dont l’acétaminophène — le principe actif du paracétamol — et l’ibuprofène, en association avec la ciprofloxacine, un antibiotique de la famille des fluoroquinolones. Deux souches d’Escherichia coli ont notamment été utilisées pour les expérimentations.

Les résultats montrent que, dans les conditions expérimentales étudiées, le paracétamol et l’ibuprofène ont augmenté la fréquence de certaines mutations chez E. coli. Les chercheurs ont ensuite observé, chez certaines bactéries mutées, une augmentation de la résistance à la ciprofloxacine ainsi qu'une sensibilité diminuée à plusieurs autres antibiotiques.

L'analyse génétique a notamment mis en évidence des mutations touchant GyrA, MarR et AcrR, ainsi que des mécanismes associés à la pompe d’efflux AcrAB-TolC, un système permettant aux bactéries d'expulser différentes substances hors de leurs cellules.

Attention à ne pas tirer de conclusion trop rapide

C'est probablement le point le plus important de cette étude.

Les chercheurs n'ont pas démontré que prendre du paracétamol ou de l’ibuprofène rend une personne résistante aux antibiotiques. L'expérience a été menée sur des bactéries en laboratoire, dans des conditions expérimentales précises.

La résistance concerne d'ailleurs les bactéries et non l'organisme humain. Une personne ne devient pas elle-même « résistante » à un antibiotique : certaines bactéries présentes dans son organisme peuvent acquérir des caractéristiques leur permettant de survivre à son action.

Les auteurs présentent donc leurs travaux comme un élément permettant de mieux comprendre les mécanismes potentiels de développement de l'antibiorésistance et soulignent la nécessité de poursuivre les recherches, notamment sur les associations médicamenteuses et la polymédication.

D'autant que les résultats scientifiques ne vont pas tous dans le même sens. Une autre étude publiée dans la même revue avait notamment observé qu'une exposition prolongée à certaines concentrations environnementales d'ibuprofène ou de paracétamol n'avait pas entraîné de résistance croisée significative aux antibiotiques dans les conditions expérimentales étudiées.

Cela montre pourquoi il serait prématuré de transformer cette nouvelle découverte en conseil médical ou en mise en garde générale contre ces médicaments.

En PACA, l'antibiorésistance reste encore mal connue

Le sujet est d'autant plus sensible que la connaissance de l'antibiorésistance demeure insuffisante dans la région.

Selon le Baromètre de Santé publique France 2024 consacré à la Provence-Alpes-Côte d’Azur, plus de quatre adultes sur dix déclarent ne jamais avoir entendu parler de l'antibiorésistance. Près de six sur dix ne connaissent pas correctement son mécanisme d'apparition et plus de quatre personnes sur dix ignorent encore que les antibiotiques sont inefficaces contre une infection virale comme la grippe.

Ces données soulignent un enjeu essentiel : mieux comprendre ce que sont les antibiotiques, quand ils sont utiles et pourquoi leur utilisation doit être adaptée à l'infection traitée.

Le paracétamol reste l'un des médicaments les plus utilisés

L'ampleur de l'utilisation du paracétamol permet également de mesurer l'intérêt de ces recherches.

Selon l'Assurance Maladie, plus de 430 millions de boîtes de paracétamol ont été remboursées en France en 2024, concernant 42,5 millions d'assurés. La molécule reste ainsi, et de très loin, celle qui est la plus remboursée en volume dans le pays.

Ce chiffre ne signifie évidemment pas que le paracétamol serait dangereux ou qu'il faudrait cesser de l'utiliser. Il illustre simplement l'importance de comprendre les éventuelles interactions entre les médicaments largement consommés et les phénomènes de résistance bactérienne.

Pas question de modifier son traitement sur la base de cette seule étude

À ce stade, rien dans cette étude ne justifie d'arrêter un traitement antibiotique prescrit, de renoncer au paracétamol ou à l'ibuprofène lorsqu'ils sont indiqués, ou de modifier seul un traitement médical.

Le principal enseignement est ailleurs : l'antibiorésistance est un phénomène complexe, dont les mécanismes continuent d'être étudiés.

La priorité reste le bon usage des antibiotiques : ils ne doivent pas être utilisés contre les infections virales, et un traitement prescrit doit être suivi conformément aux recommandations du professionnel de santé. Santé publique France insiste d'ailleurs sur la nécessité de renforcer les actions de sensibilisation auprès de la population et des professionnels.

En PACA, où la consommation d'antibiotiques demeure parmi les plus élevées de France, cette vigilance prend une dimension particulière. La nouvelle étude ne bouleverse pas les recommandations médicales actuelles, mais elle apporte une nouvelle pièce à un puzzle scientifique encore loin d'être entièrement résolu.