Ligne THT Fos–Jonquières : le dossier arrive à l’Élysée, mais le projet est encore loin d’être définitivement acté

Le projet de ligne à très haute tension entre Fos-sur-Mer et Jonquières-Saint-Vincent franchit une nouvelle étape politique

Modifié : 9h44

Ligne THT Fos–Jonquières : le dossier arrive à l’Élysée

La maire de Saint-Martin-de-Crau a été reçue au cabinet du président de la République pour défendre une alternative à la ligne aérienne de 400 000 volts.

 

Le projet de ligne à très haute tension entre Fos-sur-Mer et Jonquières-Saint-Vincent franchit une nouvelle étape politique. Séverine Dellanegra, maire de Saint-Martin-de-Crau et opposante au tracé aérien, a été reçue au cabinet du président de la République et y a présenté une solution alternative. Sur le terrain, la procédure administrative engagée par l’État se poursuit. Le projet de 65 kilomètres, qui doit traverser la Crau, la Camargue et rejoindre le Gard, reste donc au cœur d’un bras de fer entre impératifs industriels, besoins électriques et préservation des territoires.

Le dossier Fos–Jonquières arrive au sommet de l’État

Le dossier de la future ligne THT entre Fos-sur-Mer et Jonquières-Saint-Vincent vient de prendre une dimension politique supplémentaire.

Selon Objectif Sud, Séverine Dellanegra, maire de Saint-Martin-de-Crau et l’une des principales voix opposées au projet aérien, a été reçue pendant près d’une heure par des représentants du cabinet du président de la République. Elle y aurait notamment présenté une solution alternative à celle portée par RTE.

Cette rencontre ne constitue pas, à elle seule, un arbitrage de l’Élysée. Elle témoigne néanmoins du niveau atteint par le dossier, après plusieurs années de concertation et de débat autour de l’avenir énergétique du territoire.

La contestation s’est notamment exprimée lors du débat public organisé en 2025 sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP). Une réunion consacrée spécifiquement aux alternatives au projet aérien avait notamment été organisée à Arles en juin 2025.

65 kilomètres de ligne et 145 pylônes prévus

Le projet actuellement étudié par RTE prévoit une liaison électrique aérienne de 400 000 volts sur environ 65 kilomètres, entre le poste électrique de Feuillane, à Fos-sur-Mer, et celui de Jonquières, dans le Gard.

Le dossier présenté par RTE fait état de 145 pylônes, avec un espacement généralement compris entre 300 et 500 mètres. Leur hauteur doit le plus souvent se situer entre 40 et 60 mètres, avec des ouvrages susceptibles d’être plus importants pour certaines traversées spécifiques. La ligne doit accueillir deux circuits sur une même file de pylônes.

Ces chiffres restent toutefois prévisionnels. Le tracé s'inscrit dans un fuseau d’environ 100 mètres de largeur, à l’intérieur duquel l’emplacement précis des pylônes doit encore être déterminé lors de la conception détaillée du projet.

RTE souligne également plusieurs choix de tracé destinés à limiter certains impacts. La ligne doit notamment rester à l’écart de la ville d’Arles et de l’abbaye de Montmajour, contourner Arles par l’ouest et utiliser notamment le terre-plein central de la RN568 sur une partie de son parcours. Environ 25 kilomètres doivent traverser la partie nord agricole du parc de Camargue, en dehors de la zone centrale de la réserve de biosphère.

Le maître d’ouvrage prévoit par ailleurs une mesure de compensation consistant, d’ici 2035, à supprimer trois pylônes de tension inférieure pour chaque nouveau pylône THT construit dans les Bouches-du-Rhône et le Gard.

L’instruction de la DUP est engagée, mais la décision n’est pas encore prise

Un point mérite d’être clairement distingué : le lancement de l’instruction de la déclaration d’utilité publique (DUP) ne signifie pas que la ligne est définitivement autorisée.

Le 13 mai 2026, l’État a officiellement engagé l’instruction du dossier de DUP déposé par RTE. Le gouvernement présente cette infrastructure comme stratégique pour sécuriser l’alimentation électrique de la zone industrialo-portuaire de Fos–Étang de Berre et accompagner sa transition industrielle.

Cette procédure doit notamment permettre d’examiner le projet au regard des différents enjeux environnementaux, agricoles et territoriaux. Elle doit être suivie d’une enquête publique préalable à une éventuelle déclaration d’utilité publique.

L’État avait annoncé une enquête publique envisagée au troisième trimestre 2026 et la nomination de deux tiers-facilitateurs, Catherine Garreta et Thierry Coquil, pour accompagner le dialogue entre le maître d’ouvrage, les élus et les acteurs locaux.

À ce stade, l’engagement de l’instruction ne vaut donc pas décision finale.

Pourquoi RTE défend-il cette nouvelle infrastructure ?

Derrière le projet de ligne se trouve une question centrale : celle des besoins futurs en électricité du bassin industriel de Fos.

Le débat public consacré à l’avenir industriel de Fos-Berre a mis en évidence une forte progression attendue de la consommation électrique. Selon les éléments présentés dans le cadre du débat, la consommation de la zone pourrait être multipliée par deux à quatre d’ici 2030 et jusqu’à cinq à l’horizon 2050.

La ligne Jonquières–Fos doit contribuer à renforcer le réseau et à accompagner notamment les projets industriels liés à la décarbonation.

Lors du débat public, la question n’a d’ailleurs pas été limitée à la seule construction de la ligne. Les participants ont également discuté de la production d’électricité, des besoins réels, de la robustesse du réseau et des différentes solutions permettant d’alimenter le bassin industriel. La CNDP a demandé que plusieurs de ces éléments soient approfondis.

Le désaccord porte surtout sur la solution

C’est l’un des points essentiels du débat : l’opposition au projet ne signifie pas nécessairement un rejet des besoins électriques du territoire.

Les critiques portent principalement sur le choix d’une infrastructure aérienne traversant des espaces agricoles, naturels et paysagers sensibles.

Le débat public de 2025 a ainsi fait apparaître une contestation importante du projet tel qu’il était présenté par RTE. La CNDP a notamment consacré une réunion entière, à Arles, à l’examen des solutions alternatives.

Une expertise indépendante sur les différentes solutions de renforcement de l’alimentation électrique de la zone de Fos a également été intégrée au débat. Les alternatives ont été comparées notamment au regard de leur faisabilité technique, de leur coût, de leur calendrier et de leurs impacts.

L’enfouissement reste au cœur de la controverse

Parmi les principales alternatives défendues par les opposants figure l’enfouissement, total ou partiel, de la liaison.

RTE estime que la solution entièrement souterraine présenterait un coût et des contraintes techniques nettement supérieurs à ceux de la ligne aérienne. Dans ses documents, le gestionnaire du réseau compare notamment les investissements nécessaires, les délais de réalisation, les surfaces mobilisées et les conséquences d’une éventuelle panne.

Ces éléments constituent toutefois le point de vue du maître d’ouvrage et font l’objet de contestations de la part des collectifs opposés au projet.

La question a précisément fait partie des sujets examinés pendant le débat public, avec l’objectif de comparer les différentes solutions plutôt que de limiter la discussion à une opposition entre partisans et adversaires de la ligne.

Une infrastructure qui traverse plusieurs territoires

Au-delà de Fos-sur-Mer et de Jonquières-Saint-Vincent, le projet concerne une large partie du territoire.

Le tracé envisagé traverse ou longe notamment des secteurs de la Crau, de la Camargue et du pays d’Arles, avant de rejoindre le Gard. La CNDP avait d’ailleurs organisé à Beaucaire une réunion spécifiquement consacrée aux enjeux du projet pour le Gard et le pays d’Arles. Quelque 400 personnes y avaient participé.

Une visite de terrain organisée en juin 2025 avait également permis d’examiner les enjeux techniques, économiques, agricoles et environnementaux des différentes solutions, avec plusieurs étapes entre Jonquières, la Crau et la Camargue.

La question dépasse donc largement celle de l’implantation de quelques pylônes. Elle touche à l’aménagement du territoire, à l’agriculture, aux paysages, à la biodiversité, mais aussi à la stratégie industrielle de la région.

Et maintenant ?

Trois questions restent particulièrement ouvertes.

La première concerne l’enquête publique, dont le calendrier annoncé par l’État doit permettre au public de se prononcer dans le cadre de la procédure de DUP.

La deuxième porte sur les solutions alternatives, alors que plusieurs acteurs locaux demandent qu’elles soient examinées plus largement. La CNDP a justement souligné l’importance de poursuivre les études et de comparer les différentes options.

La troisième est politique. La rencontre entre Séverine Dellanegra et le cabinet présidentiel montre que le dossier ne se limite plus à une confrontation technique entre un maître d’ouvrage et des opposants locaux. Il est désormais directement porté au plus haut niveau de l’État.

Pour RTE et les pouvoirs publics, l’enjeu est de sécuriser l’alimentation électrique nécessaire à la transformation industrielle du bassin de Fos. Pour les opposants et une partie des acteurs locaux, il s’agit de trouver une solution permettant de répondre à ces besoins sans imposer une nouvelle infrastructure aérienne à un territoire déjà fortement sollicité.

La ligne Fos–Jonquières n’est donc pas encore une réalité définitive. La procédure avance, les besoins énergétiques sont réels, mais le choix de la solution reste au cœur du débat. Dans les prochains mois, l’enquête publique et les arbitrages de l’État seront déterminants.