« Super El Niño » : quelles conséquences pourrait-il réellement avoir en Camargue ?
Né à des milliers de kilomètres de nos côtes, dans le Pacifique équatorial, El Niño pourrait atteindre une intensité remarquable au cours de l’automne et de l’hiver 2026-2027.
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Un épisode El Niño parmi les plus puissants jamais envisagés se prépare dans le Pacifique. Mais de là à annoncer un hiver exceptionnel en Camargue, il y a un pas que les scientifiques ne franchissent pas.
Né à des milliers de kilomètres de nos côtes, dans le Pacifique équatorial, El Niño pourrait atteindre une intensité remarquable au cours de l’automne et de l’hiver 2026-2027. Les dernières projections américaines évoquent même un épisode susceptible de rivaliser avec les plus puissants jamais observés. En Camargue, son influence existe, mais elle reste indirecte et difficile à traduire en prévisions météorologiques locales.
Un phénomène climatique qui dépasse largement le Pacifique
El Niño n’a rien d’un toréador. Derrière ce nom espagnol se cache l’une des principales oscillations climatiques naturelles de la planète.
Le phénomène correspond à un réchauffement inhabituel des eaux de surface du Pacifique équatorial, particulièrement dans sa partie centrale et orientale. Cette anomalie océanique modifie les échanges entre l’océan et l’atmosphère, perturbe les vents et peut entraîner des changements dans les régimes de température et de précipitations à plusieurs milliers de kilomètres de son lieu d’origine.
Le phénomène apparaît de façon irrégulière, généralement tous les deux à sept ans. Il s’inscrit dans le cycle ENSO, qui comprend également sa phase opposée, La Niña, associée à un refroidissement anormal des eaux du Pacifique équatorial.
Cette fois, les indicateurs attirent particulièrement l’attention.
Selon le Climate Prediction Center de la NOAA, El Niño s’est renforcé au cours de l’été 2026 et la probabilité d’un épisode très fort au cours de l’automne et de l’hiver dans l’hémisphère Nord dépasse 90 %. Les données publiées par le laboratoire de recherche géophysique de la NOAA le 8 septembre indiquent même que les différents scénarios étudiés envisagent un phénomène susceptible de rivaliser avec les épisodes les plus puissants du passé.
C’est dans ce contexte que l’expression « Super El Niño » circule de plus en plus. Il faut toutefois le préciser : cette appellation n'est pas un terme scientifique officiel. Elle sert essentiellement à qualifier un épisode exceptionnellement intense.
Pourquoi la Camargue est-elle concernée ?
À première vue, le lien peut sembler difficile à établir. Le Pacifique équatorial est à des milliers de kilomètres d’Arles, de Port-Saint-Louis-du-Rhône ou des Saintes-Maries-de-la-Mer.
Pourtant, les grandes anomalies océaniques peuvent modifier les circulations atmosphériques à l’échelle planétaire. En Europe, cet effet est particulièrement susceptible de se manifester pendant l’hiver.
Mais il ne faut pas transformer cette influence statistique en prévision locale.
Météo-France rappelle que les effets d’El Niño sur l’Europe occidentale sont beaucoup plus faibles que ceux observés dans certaines autres régions du monde. Ils dépendent notamment de l’intensité du phénomène et de la configuration générale de l’atmosphère. Les tendances peuvent également être influencées par d’autres phénomènes océaniques et atmosphériques.
Autrement dit, El Niño ne permet pas à lui seul de dire quel temps il fera cet hiver en Camargue.
Impossible donc d’affirmer aujourd’hui qu’il provoquera une succession de périodes chaudes, une sécheresse exceptionnelle ou, à l’inverse, davantage de pluies sur le delta du Rhône.
Le véritable enjeu : les interactions avec la Méditerranée
Pour comprendre les risques qui concernent la Camargue, il faut regarder beaucoup plus près de nous.
Le territoire possède un climat méditerranéen marqué par des précipitations irrégulières et des épisodes parfois très intenses. Météo-France souligne que, dans le Sud-Est, les pluies extrêmes peuvent se produire sur des périodes très courtes, tandis que les périodes sans précipitations ont tendance à s'allonger dans le contexte du changement climatique.
Une Méditerranée particulièrement chaude peut également jouer un rôle dans les épisodes pluvieux lorsque les conditions atmosphériques sont réunies. Mais là encore, il serait trompeur d'établir une relation directe du type : « El Niño = épisode méditerranéen en Camargue ».
La réalité est nettement plus complexe.
La circulation atmosphérique, les températures de la Méditerranée, les dépressions, les flux de sud ou encore la configuration des hautes pressions jouent tous un rôle dans l'évolution du temps sur le pourtour méditerranéen.
Une Camargue déjà particulièrement vulnérable
Si El Niño mérite donc d'être surveillé, c'est surtout parce qu'il vient s'ajouter à un territoire déjà confronté à d'importants enjeux climatiques.
En Camargue, la question de l'eau est centrale. Le Parc naturel régional souligne notamment les enjeux liés à la remontée du biseau salé, à la submersion marine, à l'évolution du trait de côte et à l'adaptation au réchauffement climatique.
La salinisation constitue d'ailleurs aujourd'hui un sujet majeur pour le delta. Le Parc a fait de la lutte contre ce phénomène l'une de ses priorités et dispose depuis 2024 d'un observatoire consacré à l'eau, à la salinité et aux zones humides.
À cela s'ajoute l'exposition particulière du territoire aux risques littoraux. L'élévation du niveau de la mer, l'érosion et les submersions marines font partie des enjeux identifiés de longue date pour le delta du Rhône.
Dans ce contexte, les conséquences d'une succession de périodes sèches ou, à l'inverse, d'épisodes de précipitations très concentrées peuvent être importantes pour les milieux naturels, l'agriculture, les activités locales et la gestion de l'eau.
Pas de scénario météo écrit à l'avance
C'est probablement le principal message à retenir.
Même avec un El Niño annoncé comme exceptionnellement puissant, il n'existe pas aujourd'hui de scénario suffisamment fiable permettant d'affirmer qu'un hiver particulier attend la Camargue.
Météo-France souligne d'ailleurs que les prévisions concernant les conséquences d'El Niño au-delà du Pacifique doivent encore être affinées. L'organisme rappelle également que l'influence du phénomène sur l'Europe reste nettement moins importante que celle de la tendance générale au réchauffement climatique.
Pour les habitants d'Arles, de Port-Saint-Louis-du-Rhône, des Saintes-Maries-de-la-Mer ou des communes voisines, cela signifie qu'il faudra surtout suivre l'évolution des conditions atmosphériques et les prévisions saisonnières au fil des prochains mois, plutôt que de chercher dans El Niño une explication unique à chaque épisode météo.
Le « Super El Niño » est donc bien un phénomène à surveiller. Mais il ne constitue pas une boule de cristal météorologique pour la Camargue.
Le véritable défi pour le territoire reste plus large : anticiper les effets du changement climatique, préserver la ressource en eau, limiter les conséquences de la salinisation et continuer à se préparer à des épisodes météorologiques extrêmes dans un delta particulièrement vulnérable.
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