[ FINANCES/POLITIQUE ] Arles: Baisse des subventions aux assos : l'opposition à l'attaque

8 juillet 2021 à 10h30 par sarah Rios

[ FINANCES/POLITIQUE ] Arles: Baisse des subventions aux assos : l'opposition à l'attaque

C'était le gros morceau du conseil municipal de mercredi. Mais, comme si les élus avaient voulu garder le meilleur pour la fin, l'attribution des subventions aux associations n'a été abordée qu'après trois heures et demie de débats. Le sujet, sensible, a alimenté les échanges jusqu'à tard dans la soirée. L'opposition s'engouffrant dans la brèche ouverte par la majorité, qui a choisi de diminuer le montant global des subsides alloués aux structures arlésiennes.

Évidemment, la bataille de chiffres a fait rage. Combien en moins ? 400 000 € évaporés, voire 600 000 € selon l'opposition. Beaucoup moins selon la Ville, qui a refait les calculs et communiqué, hier matin, ses comptes précis : 2,3 M€ de subventions aux associations pour 243 structures en 2021, contre 2,7 M€ en 2020, alors que 75 assos n'ont pas déposé de dossiers pour cette année et avaient obtenu 272 000 € l'an dernier. Quoi qu'il en soit, le principe d'un tour de vis dans ce domaine (hors économie et solidarité) a été défendu par la majorité, et vertement critiqué par l'opposition. Patrick de Carolis, évoquant un contexte difficile avec les pertes de recettes liées à la crise Covid et la non-compensation de l'État, a justifié ces efforts "par notre ferme volonté d'assurer l'avenir de notre ville par un plan d'investissement de 60 M sur les trois prochaines années." (...) "Bien entendu, réaliser des économies n'est jamais chose facile, mais je l'assume au nom de l'intérêt supérieur de la ville d'Arles. On ne peut durablement vivre au-dessus de nos moyens, et c'est le cas depuis plusieurs années", a ajouté le maire.

Une vision pas du tout partagée par Jean-Frédéric Déjean (PCF), qui a condamné la "baisse comprise entre 19 et 23 % par rapport à l'exercice précédent. C'est une orientation qui méprise nos associations et le travail mené depuis de très nombreuses années par les dirigeants et les bénévoles." Cette "cure d'austérité" imposée aux structures associatives, l'élu la refuse fermement. "Il faudra aussi que vous assumiez les licenciements probables de plusieurs salariés, a-t-il encore attaqué, dénonçant aussi le manque de suivi des acteurs associatifs, laissés dans le flou jusqu'à mercredi sur le montant de leur subvention. "Il y a une forme de schizophrénie à prétendre d'un côté défendre le mouvement sportif tout en coupant de plus de 100 000  les crédits qui lui sont dédiés, a-t-il appuyé. Dans le même temps, 'l'homme qui a dédié sa vie à la culture', je vous cite, est a priori resté à Paris, et son double nous a été envoyé à Arles quand on voit les ravages que vous faites auprès des acteurs culturels !"

"Des efforts à partager"

"Il y a beaucoup d'associations qui ont visiblement plus le sens de la responsabilité que vous, parce que soit elles n'ont pas présenté de dossiers, n'ayant pas eu d'activité l'an dernier, soit elles ont demandé moins, a rétorqué Patrick de Carolis. Il n'y a aucun mépris de ma part, et Arles peut être fière de son tissu associatif. Mais j'ai sans doute le mauvais rôle, celui de faire attention à l'argent public qui m'est confié. Arles va mal, nous allons devoir faire des efforts, et ces efforts doivent être partagés. Je suis persuadé que les Arlésiens comprendront." Cyril Girard est ensuite reparti à l'offensive, pour l'opposition, s'interrogeant d'abord sur le "timing particulier" de ce vote. "Vous avez fait traîner jusqu'au mois de juillet, je reste persuadé qu'on ne voulait pas annoncer de mauvaise nouvelle avant les élections départementales auxquelles Mandy Graillon et vous-même (en tant que suppléant, Ndlr.) étiez candidats", a-t-il lancé au maire. Avant de déplorer le "coup de massue" donné aux structures de défense de l'environnement, "particulièrement maltraitées", comme les Marais du Vigueirat ou le CPIE, qui perdent la moitié de leurs subsides, et même plus pour les Marais, désormais adossés au groupe privé SOS.

Mais c'est bien la culture qui a principalement trinqué, a pointé Mohamed Rafaï. "Les petites associations dont vous avez baissé les subventions de 50 % vont disparaître", a assuré l'élu PS. Les grosses structures, hormis les Rencontres et les Suds, ne sont pas épargnées. "Des associations qui proposent des choses toute l'année. Je pense notamment à l'association Andromède. C'est le Cargo de nuit, la seule salle qu'on ait de cette jauge sur Arles, qui propose en été le festival des Escales du Cargo. Son financement a été diminué de moitié, l'asso du Méjan aussi. Pourriez-vous justifier ces deux choix ?", a interrogé Cyril Girard. "Les associations ont demandé la même somme que l'an dernier, mais leur activité a été arrêtée pendant 6 mois. Elles ont eu leurs subventions réduites de 50 %, c'est tout simple", a expliqué Patrick de Carolis, justifiant la différence de traitement avec les Rencontres par "les frais considérables engagés par le festival" l'an dernier. "Ce n'est pas parce que les associations n'ont pas fonctionné qu'elles n'ont pas d'énormes charges. Il n'y a pas de billetterie, mais des gens qui travaillent", a riposté Cyril Girard. "Nous sommes contraints de faire des économies partout, a une nouvelle fois affirmé le maire. Il n'y a aucune volonté de tuer qui que ce soit, mais la volonté, surtout, de ne pas mettre à mal les finances de la ville. Si le tronc commun est abattu, il n'y a plus de branches, plus de fleurs", a imagé le maire, clôturant le débat sur les subventions par cette métaphore botanique.

La Ville jette une passerelle par-dessus la Méditerranée

C'est une initiative solidaire qui a emporté l'adhésion de l'ensemble du conseil municipal. Les élus ont voté, mercredi soir, à l'unanimité pour l'adhésion de la ville au CoPaM. L'acronyme de ce projet pour co-développer le patrimoine mondial en Méditerranée, avec un soutien de la rive nord aux pays de la rive sud, Algérie, Tunisie, Maroc, Lybie, Mauritanie. "La ville d'Arles est très fortement impliquée dans le premier projet pilote, elle est le chef de file, au côté de la Région Sud, du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, du ministère de la Culture pour accompagner l'office de gestion et d'exploitation des biens culturels à rédiger ce qu'on appelle le plan de gestion de Tipaza, ainsi que celui de trois autres sites", a expliqué Patrick de Carolis. Le CoPaM s'installera physiquement sur les deux rives de la Méditerranée, le centre technique à Tipaza (Algérie), et le centre administratif à Arles, où la Ville mettra un lieu à disposition. "À travers le projet CoPaM, la Ville d'Arles est placée au coeur de la coopération en Méditerranée", a souligné le maire. Mohamed Rafaï (PS), au nom de l'opposition, s'est félicité de cette initiative. "C'est une très bonne chose qu'Arles soit reconnue comme une capitale méditerranéenne. Tourner le dos à la Méditerranée, c'est toujours une erreur."