Carburants : pourquoi la flambée du pétrole se fait aussi sentir en Camargue

Après plusieurs mois de relative accalmie, les cours du pétrole repartent nettement à la hausse.

Modifié : 11h38

Carburants : pourquoi la flambée du pétrole se fait aussi sentir en Camargue

Malgré la présence de raffineries et d’infrastructures pétrolières majeures autour de Fos-sur-Mer et de l’étang de Berre, les automobilistes restent directement exposés aux soubresauts du marché mondial.

 

Après plusieurs mois de relative accalmie, les cours du pétrole repartent nettement à la hausse. Jeudi 10 septembre, le Brent évoluait au-dessus de 100 dollars le baril, porté par l’aggravation des tensions au Moyen-Orient et les perturbations autour du détroit d’Ormuz. Une situation qui pourrait rapidement se répercuter sur les prix à la pompe en Camargue et dans le bassin de Fos.

Un territoire au cœur de l’industrie pétrolière

Le paradoxe est particulièrement visible autour de Martigues, Lavéra, Fos-sur-Mer et de l’étang de Berre. Le territoire accueille une concentration exceptionnelle d’infrastructures liées à l’énergie, mais ne dispose pas pour autant d’un carburant dont le prix serait déterminé localement.

À Lavéra, la raffinerie exploitée par Petroineos est la plus importante du sud de la France. Elle dispose d'une capacité de traitement de 210 000 barils de pétrole par jour, soit environ 10 millions de tonnes par an.

À quelques kilomètres, à Châteauneuf-les-Martigues, l'ancienne raffinerie de La Mède a été transformée en bioraffinerie. Le site de TotalEnergies peut produire jusqu'à 500 000 tonnes de diesel renouvelable par an.

Le territoire est donc directement intégré à la chaîne énergétique nationale et méditerranéenne. Mais cela ne signifie pas que les prix pratiqués dans les stations-service échappent aux marchés internationaux.

Le pétrole français reste très dépendant de l'étranger

La France produit elle-même une quantité très limitée de pétrole. Selon le ministère de la Transition écologique, la production nationale représente environ 1 % de la consommation française, tandis que l'approvisionnement dépend à 99 % des importations.

Le pétrole brut transformé dans les raffineries françaises est donc largement acheté sur les marchés internationaux. Son prix dépend notamment des équilibres entre l'offre et la demande, mais aussi des tensions géopolitiques susceptibles de perturber les approvisionnements.

Autrement dit, la présence d'une raffinerie à proximité ne suffit pas à créer un « carburant local ». Le brut peut être traité à quelques kilomètres de chez soi tout en ayant été acheté dans un marché mondial.

Le retour du Brent au-dessus de 100 dollars

C'est précisément ce mécanisme qui revient aujourd'hui au premier plan.

Le 10 septembre 2026, le Brent, référence majeure pour le marché européen, se maintenait au-dessus des 100 dollars le baril. Reuters faisait état d'un cours autour de 101,61 dollars, dans un contexte marqué par l'aggravation du conflit entre les États-Unis et l'Iran et par les craintes concernant les flux maritimes dans le golfe Persique.

Le Brent avait déjà dépassé les 100 dollars la veille, à 101,21 dollars en clôture. Selon Reuters, les cours avaient alors progressé d'environ 30 % depuis leurs points bas du début du mois d'août.

Au centre des inquiétudes figure le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial de l'énergie. Avant les perturbations actuelles, environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz y transitaient. Les volumes qui y circulent sont désormais fortement réduits.

Sur les marchés pétroliers, il n'est d'ailleurs pas nécessaire d'attendre une pénurie effective pour voir les prix progresser. La crainte d'une réduction de l'offre suffit à modifier les anticipations des opérateurs et à faire grimper les cours.

Pourquoi le prix mondial finit-il sur la pompe de Martigues ou de Port-Saint-Louis ?

Le chemin entre un baril de pétrole coté sur les marchés internationaux et le prix affiché dans une station-service est complexe.

Le ministère de la Transition écologique distingue plusieurs composantes : le prix du pétrole brut, le raffinage, le transport, le stockage, la distribution et la fiscalité.

Pour les carburants raffinés, la Méditerranée dispose notamment de son propre marché régional de référence : Gênes-Lavéra. Les produits comme l'essence et le gazole font donc l'objet de cotations internationales, y compris lorsqu'ils sont produits ou distribués depuis des installations situées dans la région.

C'est un élément essentiel pour comprendre le paradoxe local : un carburant peut être raffiné dans le secteur de Lavéra et rester soumis à une logique de marché dépassant largement les frontières des Bouches-du-Rhône.

Une crise à plusieurs milliers de kilomètres peut donc, avec un certain décalage, se traduire par une hausse sur le panneau d'une station-service de Martigues, Fos-sur-Mer ou Port-Saint-Louis-du-Rhône.

Les taxes représentent une part importante du prix

La fiscalité pèse également lourd dans la facture finale.

Selon le ministère de l'Économie, les taxes représentent environ 60 % du prix de l'essence et du gazole vendus à la pompe en France. Le prix comprend notamment l'accise sur les produits énergétiques et une TVA à 20 % appliquée sur le prix global, accise comprise.

Mais cette fiscalité ne doit pas être confondue avec l'origine d'une flambée brutale des cours. Lorsque le pétrole augmente fortement en quelques jours, ce sont d'abord les composantes liées au brut, au raffinage et aux marchés des produits pétroliers qui évoluent.

La facture finale résulte ensuite de l'ensemble de ces éléments.

Un territoire où la voiture reste difficile à remplacer

L'évolution des prix est d'autant plus sensible localement que la voiture occupe une place majeure dans les déplacements quotidiens.

À Fos-sur-Mer, 91,3 % des actifs ayant un emploi utilisent une voiture, un camion ou une fourgonnette pour se rendre au travail, contre seulement 2 % pour les transports en commun, selon les données 2022 de l'Insee. Plus de la moitié des actifs travaillent par ailleurs dans une commune différente de celle où ils résident.

La forte circulation observée sur les principaux axes illustre également cette dépendance. La RN568, qui relie Arles à Marseille via Fos-sur-Mer, supporte près de 40 000 véhicules par jour, dont environ 20 % de poids lourds, selon la DIR Méditerranée.

Dans ce contexte, une hausse durable des carburants ne concerne donc pas uniquement les automobilistes qui prennent leur voiture pour leurs loisirs. Elle touche potentiellement les trajets domicile-travail, les professionnels qui se déplacent quotidiennement et, plus largement, l'économie d'un territoire où les distances et les infrastructures routières jouent un rôle important.

Jusqu'où la hausse peut-elle aller ?

C'est désormais la principale inconnue.

Les cours du pétrole restent extrêmement sensibles à l'évolution de la situation géopolitique. Une amélioration des conditions de circulation dans le détroit d'Ormuz et une normalisation des approvisionnements pourraient contribuer à faire retomber la pression sur les marchés.

À l'inverse, une prolongation des perturbations pourrait maintenir les cours à des niveaux élevés. Reuters souligne d'ailleurs que les marchés restent particulièrement attentifs aux risques pesant sur les flux pétroliers et au comportement des principaux pays consommateurs.

La situation peut donc encore évoluer rapidement, dans un sens comme dans l'autre.

Le paradoxe d'un territoire pétrolier

La flambée actuelle rappelle finalement une réalité bien connue dans le golfe de Fos : la proximité des infrastructures énergétiques ne protège pas des prix mondiaux.

À Martigues, Lavéra, Fos-sur-Mer ou autour de l'étang de Berre, raffineries, bioraffinerie, terminaux portuaires, dépôts et réseaux de transport témoignent chaque jour du poids historique de l'industrie énergétique.

Mais le prix payé par l'automobiliste ne se décide pas à Fos.

Il dépend du cours du brut, des marchés internationaux des produits raffinés, du coût du transport et de la distribution, de la fiscalité française et, aujourd'hui plus que jamais, de la situation géopolitique.

Le pétrole peut être transformé tout près de chez nous. Son prix, lui, reste largement déterminé à l'échelle mondiale.