Carburants et gaz : pourquoi une nouvelle hausse des prix se profile en Europe

Les automobilistes et les ménages pourraient être confrontés à une nouvelle pression sur leurs dépenses d’énergie à partir de 2028

Modifié : 17 septembre 2026 à 9h57

Carburants et gaz : pourquoi une nouvelle hausse des prix se profile en Europe

À partir de 2028, le nouveau marché carbone européen appliqué aux transports routiers et aux bâtiments pourrait renchérir le coût des énergies fossiles.

 

Les automobilistes et les ménages pourraient être confrontés à une nouvelle pression sur leurs dépenses d’énergie à partir de 2028. L’Union européenne doit alors mettre pleinement en œuvre l’ETS 2, un nouveau marché du carbone concernant notamment les carburants routiers et les combustibles utilisés pour le chauffage. Le principe est simple : faire payer aux fournisseurs le coût des émissions de CO₂ liées aux énergies fossiles commercialisées. Une partie de cette dépense pourrait ensuite être répercutée sur les consommateurs.

Un nouveau marché carbone appliqué aux carburants et au chauffage

L’ETS 2 constitue un dispositif distinct du marché carbone européen existant. Il concerne les émissions liées à la combustion des carburants utilisés dans le transport routier, mais aussi celles des bâtiments et de certains secteurs de la petite industrie.

Son objectif est de donner progressivement un prix aux émissions de CO₂ afin d’encourager la réduction de la consommation d’énergies fossiles, la rénovation énergétique des logements et le développement de solutions de mobilité moins émettrices.

Le fonctionnement repose sur un système de quotas. Les fournisseurs de carburants et de combustibles devront acquérir des quotas correspondant aux émissions générées par les produits qu’ils mettent sur le marché. Les particuliers, eux, n’achèteront pas directement ces quotas.

Le coût pourrait néanmoins se retrouver dans les prix payés à la pompe ou sur les factures de chauffage. La répercussion dépendra notamment du prix du quota, mais aussi des choix commerciaux des fournisseurs et de la fiscalité appliquée en France.

Essence, gazole et gaz : quel impact possible ?

Il est encore trop tôt pour annoncer une hausse précise des prix. Le montant dépendra principalement du cours des quotas carbone au moment de l’entrée en fonctionnement du dispositif.

À titre d’ordre de grandeur, un quota à 45 euros la tonne de CO₂ correspondrait à un coût carbone supplémentaire de l’ordre de quelques centimes à une quinzaine de centimes par litre selon le carburant, avant de tenir compte de la fiscalité française et de la manière dont les fournisseurs répercuteront effectivement ce coût.

Pour le gaz naturel, l'impact dépendra également du contenu carbone pris en compte et du prix du quota. Là encore, il ne s’agit pas d’une hausse tarifaire déjà décidée, mais d'une estimation permettant de mesurer l’ordre de grandeur potentiel.

Certaines projections reposant sur des hypothèses de prix du carbone plus élevés évoquent des augmentations beaucoup plus importantes à la fin de la décennie. Des scénarios autour de 87 euros la tonne ont notamment été utilisés pour mesurer l’effet potentiel sur différentes énergies. Ces chiffres doivent cependant être considérés comme des scénarios et non comme une prévision du prix qui sera effectivement payé par les ménages.

Pourquoi le dispositif ne commencera-t-il qu’en 2028 ?

Le calendrier européen a évolué. L’ETS 2 devait initialement devenir opérationnel en 2027, mais son lancement a été repoussé d’un an et est désormais prévu pour 2028.

La préparation du système a toutefois déjà commencé. Depuis 2025, les entreprises concernées doivent surveiller et déclarer les émissions associées aux produits entrant dans le périmètre du dispositif. À partir de 2028, le mécanisme financier entrera pleinement en application, avec l’achat et la restitution des quotas correspondant aux émissions déclarées.

L’Union européenne a parallèlement renforcé les mécanismes destinés à éviter une envolée excessive du prix du carbone. Lorsque le prix du quota dépasse certains seuils prévus par les règles européennes, des quotas supplémentaires peuvent notamment être libérés afin d'augmenter l'offre disponible sur le marché.

Ce mécanisme ne constitue toutefois pas un prix maximum garanti. Le cours des quotas continuera de dépendre du fonctionnement du marché, de l’offre disponible et de la demande.

La France possède déjà une composante carbone

L’effet réel de l’ETS 2 sera également lié à la fiscalité française. La France applique déjà une composante carbone intégrée à la fiscalité des produits énergétiques. Sa valeur de référence est restée fixée à 44,60 euros par tonne de CO₂ depuis le gel de la trajectoire décidé après le mouvement des « Gilets jaunes ».

L’arrivée de l’ETS 2 ne signifie donc pas automatiquement que son coût s’ajoutera intégralement et mécaniquement aux taxes existantes. Le gouvernement pourra notamment adapter la fiscalité nationale ou utiliser différents dispositifs d’accompagnement.

C’est pourquoi il est aujourd’hui impossible de déterminer précisément le prix d’un litre d’essence ou de gazole, ou celui d’un kilowattheure de gaz, en 2028. Le prix du quota carbone, les décisions fiscales françaises et les éventuelles mesures de compensation seront déterminants.

Des conséquences potentiellement sensibles dans les territoires ruraux

La question se pose avec une acuité particulière dans les territoires où la voiture reste indispensable au quotidien. Dans certaines zones rurales et périurbaines, notamment dans une partie de la Camargue, des Bouches-du-Rhône et des Alpilles, les déplacements domicile-travail, les courses ou l’accès aux services peuvent difficilement être réalisés sans véhicule individuel.

Les ménages utilisant encore le gaz ou le fioul pour se chauffer pourraient eux aussi être davantage exposés. Pour certains logements anciens, la rénovation énergétique représente par ailleurs un investissement important, qui n’est pas toujours facilement accessible.

Les conséquences peuvent également dépasser la seule facture des particuliers. Les artisans, les transporteurs, les exploitations agricoles et les petites entreprises utilisent du carburant pour leurs déplacements ou leurs activités. Une augmentation de leurs coûts énergétiques peut donc se répercuter sur les coûts de production, de transport ou de livraison.

Un fonds européen pour accompagner les ménages

L’Union européenne a prévu un dispositif d’accompagnement : le Fonds social pour le climat. Il doit permettre de soutenir les ménages vulnérables, les usagers confrontés à la précarité énergétique ou des transports, ainsi que les microentreprises particulièrement exposées à l’augmentation du coût des énergies fossiles.

Le fonds doit mobiliser au moins 86,7 milliards d’euros entre 2026 et 2032, en associant les financements européens et la contribution des États membres.

Les sommes pourront notamment servir à améliorer l’efficacité énergétique des logements, financer des rénovations, remplacer des systèmes de chauffage particulièrement émetteurs, développer les transports propres ou les transports collectifs et accompagner l’accès à des véhicules moins polluants.

Des aides temporaires directes pourront également être mises en place pour certains ménages et microentreprises confrontés aux conséquences sociales de la transition.

La question sera donc autant celle du montant des aides que de leur accessibilité et de leur répartition dans chaque pays.

Une hausse possible, mais impossible à chiffrer aujourd’hui

L’ETS 2 va donc introduire un nouveau coût carbone dans les secteurs des transports routiers et du chauffage à partir de 2028. Pour les consommateurs, la conséquence la plus visible pourrait être une augmentation du prix des carburants et de certaines énergies fossiles.

Mais une donnée essentielle reste inconnue : le prix auquel s’échangeront les quotas carbone. À cela s’ajouteront les choix de l’État français concernant sa fiscalité et les mécanismes de compensation.

Il est donc prématuré d'affirmer qu'un litre d'essence augmentera automatiquement de 10 %, 20 % ou davantage en 2028. Les pourcentages avancés dans certaines projections correspondent à des scénarios construits à partir d’hypothèses précises, et non à des hausses déjà actées.

Une chose est en revanche établie : l’Union européenne veut progressivement augmenter le coût des émissions liées aux énergies fossiles tout en finançant des solutions permettant de s’en détourner. Pour les ménages fortement dépendants de leur voiture ou d’un chauffage au gaz ou au fioul, l’enjeu sera donc de savoir dans quelle mesure les aides et les alternatives disponibles permettront d’absorber cette nouvelle contrainte financière.