Port-Saint-Louis : face à la mortalité des huîtres et des moules, le cri d’alarme d’un ostréiculteur camarguais

À Port-Saint-Louis-du-Rhône, la multiplication des coquillages morts alimente l’inquiétude d’un professionnel installé dans l’anse de Carteau

Modifié : 10h52

Port-Saint-Louis : face à la mortalité des huîtres et des moules

Une situation qui inquiète les professionnels de la conchyliculture

À Port-Saint-Louis-du-Rhône, la multiplication des coquillages morts alimente l’inquiétude d’un professionnel installé dans l’anse de Carteau. La Maison Moreau alerte sur une mortalité qui touche ses huîtres comme ses moules et dénonce un phénomène qui se répète depuis plusieurs années. Si aucune cause précise ne peut encore être établie pour son exploitation sans analyses complémentaires, cette alerte intervient alors que les écosystèmes conchylicoles méditerranéens sont confrontés à des épisodes de chaleur particulièrement intenses.

Des mortalités qui préoccupent un ostréiculteur camarguais

Le message publié par Monsieur Moreau sur les réseaux sociaux est sans détour. Photos de coquillages morts à l’appui, le professionnel fait état d’une mortalité persistante affectant ses élevages d’huîtres et de moules.

« La mortalité ne s’arrête plus », écrit-il, expliquant être confronté à cette situation depuis plusieurs années. Au-delà des pertes enregistrées dans les élevages, c’est la possibilité même de poursuivre son activité qui semble aujourd’hui remise en question.

« Bientôt la fin, je pense, pour mon métier », écrit encore l’ostréiculteur.

Derrière cette alerte se trouve donc une réalité économique particulièrement concrète : lorsque les mortalités se répètent, elles réduisent les volumes commercialisables, fragilisent les revenus des exploitations et rendent plus incertaine la capacité des professionnels à maintenir leur production.

Un contexte méditerranéen particulièrement difficile

Il serait toutefois prématuré d'attribuer directement les mortalités observées à Port-Saint-Louis à une cause unique. Pour déterminer précisément ce qui affecte les coquillages, des analyses doivent notamment permettre d’examiner l’état des animaux et les caractéristiques du milieu.

Température de l’eau, disponibilité en oxygène, salinité, agents pathogènes ou encore état physiologique des coquillages peuvent intervenir, parfois simultanément.

Le contexte observé ailleurs sur le littoral méditerranéen montre néanmoins que les fortes températures constituent un facteur de pression important pour les élevages.

Dans l’étang de Thau, les scientifiques de l’Ifremer ont suivi cet été les conséquences d’une eau particulièrement chaude sur les coquillages. Fin juin, la température moyenne de l’eau y a atteint 30,6 °C au niveau du rivage. Les expérimentations menées par les chercheurs ont également mis en évidence une forte mortalité des moules dans les conditions ambiantes de la lagune.

En août, les chercheurs faisaient état d’une mortalité atteignant 50 % dans un lot expérimental de moules méditerranéennes et d’environ 30 % dans un lot d’huîtres creuses. Les moules avaient notamment dépassé leur seuil de tolérance thermique, situé autour de 27,5 à 28 °C selon les scientifiques cités par Le Monde.

Quand la chaleur fragilise les coquillages

La hausse de la température de l’eau ne constitue pas seulement un problème de confort pour les animaux marins. Elle modifie leur fonctionnement physiologique.

Lorsque les températures augmentent, les coquillages doivent mobiliser davantage d’énergie. Dans le même temps, l’eau chaude peut contenir moins d’oxygène, ce qui augmente encore la pression exercée sur les organismes.

Les suivis scientifiques réalisés dans l’étang de Thau illustrent cette situation. Le Syndicat mixte du bassin de Thau assure depuis le début de l’été 2026 un suivi de l’oxygène dans la lagune et invite les professionnels à signaler les anomalies observées, notamment les mortalités de coquillages.

Ces phénomènes peuvent également être aggravés par d’autres paramètres environnementaux. Dans les lagunes méditerranéennes, la chaleur, l’évaporation, les variations de salinité et les épisodes de manque d’oxygène peuvent se combiner et fragiliser les écosystèmes.

Les travaux scientifiques disponibles montrent ainsi que le changement climatique représente un enjeu croissant pour les activités conchylicoles méditerranéennes.

À Port-Saint-Louis, une activité directement exposée aux évolutions du milieu

À l’échelle locale, l’anse de Carteau constitue un espace majeur pour la conchyliculture à Port-Saint-Louis-du-Rhône. Les professionnels y dépendent directement de la qualité et de l’équilibre du milieu dans lequel évoluent leurs coquillages.

L’alerte de la Maison Moreau prend donc une dimension particulière dans un territoire où l’élevage et la commercialisation des coquillages participent à l’activité économique et à l’identité locale.

La situation mérite d’autant plus d’être documentée que la mortalité constatée sur une exploitation ne permet pas, à elle seule, de déterminer son origine. Un suivi précis des lots concernés, des conditions environnementales et des éventuels agents pathogènes est nécessaire pour distinguer les différents facteurs susceptibles d’être impliqués.

Une mortalité qui ne signifie pas automatiquement danger pour le consommateur

Autre distinction importante : constater des coquillages morts dans un élevage ne permet pas, à lui seul, de conclure à un risque sanitaire pour les consommateurs.

La production conchylicole fait l’objet d’une surveillance sanitaire et les autorités peuvent décider de restrictions ou de fermetures lorsque les analyses mettent en évidence une contamination.

L’anse de Carteau a notamment fait l’objet d’une fermeture temporaire de la récolte et de la commercialisation des coquillages en février 2026. Les services de l’État ont ensuite publié une décision de levée de l’interdiction.

À ce jour, les éléments disponibles ne permettent pas d’établir un lien entre l’alerte récemment publiée par l’ostréiculteur et un problème sanitaire concernant les coquillages destinés à la consommation.

La question posée est donc avant tout celle des conséquences économiques, environnementales et professionnelles de ces mortalités répétées.

Quel avenir pour la conchyliculture méditerranéenne ?

Le témoignage venu de Port-Saint-Louis résonne avec les difficultés observées dans d’autres bassins conchylicoles français. Une dépêche AFP publiée le 14 septembre 2026 rapportait notamment les difficultés rencontrées cet été par plusieurs producteurs de moules en France, dans un contexte marqué par les fortes chaleurs et les conséquences environnementales qui les accompagnent.

En Méditerranée, les observations réalisées dans l’étang de Thau montrent surtout que certaines espèces peuvent être particulièrement vulnérables lorsque les températures dépassent leurs seuils de tolérance.

Pour les professionnels de l’anse de Carteau, l’enjeu dépasse donc les seules pertes constatées aujourd’hui. Il concerne la capacité de la conchyliculture à s’adapter à des conditions environnementales qui évoluent rapidement.

Les photographies de coquillages morts publiées depuis Port-Saint-Louis-du-Rhône auront ainsi permis de remettre en lumière une question plus large : comment préserver une activité traditionnelle lorsque le milieu dont elle dépend est lui-même soumis à des changements de plus en plus importants ?