CAMARGUE : CES ANIMAUX QUI DISPARAISSENT À L’AUTOMNE POUR MIEUX RÉAPPARAÎTRE AU PRINTEMPS

Tortues, serpents, lézards, hérissons, chauves-souris : découvrez comment les animaux de Camargue survivent à l’hiver et où ils se cachent.

Modifié : 11h13

CAMARGUE : CES ANIMAUX QUI DISPARAISSENT À L’AUTOMNE POUR MIEUX RÉAPPARAÎTRE AU PRINTEMPS
Crédit : Alexa de Pixabay

Hibernation en Camargue : quels animaux dorment en hiver ?

 

Tortues, serpents, lézards, hérissons, chauves-souris… À l’approche de l’hiver, une partie de la faune camarguaise s’apprête à vivre au ralenti. Certains animaux s’enfouissent dans la terre, d’autres se cachent dans la vase, sous les pierres ou dans les arbres. Mais pourquoi la nature leur impose-t-elle cette étonnante pause hivernale ? Découverte d’un monde invisible, à quelques pas de chez nous.

L’automne, le signal d’un grand changement

En Camargue, les flamants roses continuent d’animer les étangs, les chevaux parcourent les prairies et les oiseaux migrateurs prennent leurs quartiers d’hiver. Mais une autre partie de la faune devient progressivement invisible.

Avec la diminution de la durée du jour, la baisse des températures et la raréfaction de certaines ressources alimentaires, plusieurs espèces adoptent une stratégie de survie particulièrement efficace : économiser leur énergie jusqu’au retour de conditions favorables.

Contrairement à une idée reçue, l’hibernation n’est pas réservée aux ours. Et dans notre région, les champions de cette vie au ralenti sont parfois les animaux les plus discrets.

La cistude d’Europe : une tortue qui passe l’hiver sous l’eau

C’est l’un des animaux emblématiques de notre territoire. La cistude d’Europe, petite tortue aquatique sauvage, fréquente les marais, les étangs et les canaux d’eau douce.

Lorsque les températures baissent, elle réduit considérablement son activité. Elle peut se réfugier dans la vase, sous la végétation aquatique ou parmi les racines immergées.

Son métabolisme ralentit et ses besoins en oxygène diminuent fortement. Elle peut notamment absorber une partie de l’oxygène dissous dans l’eau grâce à des échanges à travers ses tissus.

La cistude ne disparaît donc pas : elle hiverne, protégée par son environnement aquatique.

Serpents et lézards : une vie presque à l’arrêt

La couleuvre de Montpellier, la couleuvre vipérine ou encore la couleuvre à échelons figurent parmi les serpents présents en Camargue.

À l’approche de l’hiver, ils recherchent des refuges : terriers abandonnés, cavités du sol, fissures, amas de pierres ou racines.

Leur température corporelle dépend largement de celle de leur environnement. Lorsque le froid s’installe, leur activité diminue fortement.

Ce phénomène est généralement appelé brumation, un repos hivernal caractéristique des reptiles.

Même phénomène chez plusieurs lézards de notre région : le lézard ocellé, le lézard des murailles, le lézard à deux raies ou encore le petit psammodrome d’Edwards.

Mais sous le soleil méditerranéen, certains reptiles peuvent ressortir temporairement lors d’une belle journée d’hiver.

Crapauds et rainettes : les autres dormeurs de nos marais

On y pense rarement, mais les amphibiens ont eux aussi leurs stratégies.

Le crapaud calamite, le pélobate cultripède, le pélodyte ponctué et la rainette méridionale font partie des espèces présentes sur notre territoire.

Certains se réfugient dans des terriers ou s’enfouissent dans des sols meubles. D’autres recherchent des abris humides, sous les pierres, les racines ou la végétation.

Toutefois, dans notre climat méditerranéen, leur repos n’est pas systématiquement continu. Certaines espèces peuvent reprendre leur activité lors des épisodes doux et humides.

Le hérisson : un véritable hibernant dans nos jardins

Dans les jardins d’Arles, de Port-Saint-Louis-du-Rhône ou des villages voisins, le hérisson d’Europe peut trouver refuge sous un tas de feuilles, une haie ou un amas de bois.

À la fin de l’automne, lorsque les ressources alimentaires diminuent, il peut entrer en véritable hibernation.

Sa température corporelle baisse, son rythme cardiaque ralentit et il vit principalement sur les réserves de graisse accumulées auparavant.

Son sommeil n’est pourtant pas ininterrompu : des réveils périodiques peuvent survenir.

C’est pourquoi il est essentiel de ne pas déplacer brutalement les tas de feuilles ou de branches qui pourraient lui servir d’abri.

Les chauves-souris : des économies d’énergie spectaculaires

Autres spécialistes de l’hibernation : les chauves-souris.

Plusieurs espèces fréquentent la Camargue et la basse vallée du Rhône, notamment des murins et des rhinolophes.

Lorsque les insectes se raréfient, certaines gagnent des refuges tranquilles : cavités, arbres creux, fissures de bâtiments ou autres abris adaptés.

Leur température corporelle et leur fréquence cardiaque diminuent considérablement.

Ce mécanisme leur permet de survivre plusieurs mois en consommant très peu d’énergie.

Mais chaque réveil provoqué par un dérangement utilise une partie de leurs précieuses réserves.

Pourquoi la nature a-t-elle inventé ces mécanismes ?

L’explication est avant tout énergétique.

Pour survivre, un animal doit trouver suffisamment de nourriture pour compenser ses dépenses. Or, en hiver, les insectes deviennent moins disponibles, les températures rendent les déplacements plus coûteux et certaines proies se raréfient.

Au fil de l’évolution, différentes espèces ont développé des adaptations permettant de traverser cette période difficile.

Chez les mammifères hibernants, la température interne et le métabolisme sont activement abaissés. Chez les reptiles et les amphibiens, la baisse des températures extérieures entraîne une réduction importante de l’activité physiologique.

Deux mécanismes différents, mais un même objectif : dépenser le moins d’énergie possible pour survivre jusqu’au printemps.

En Camargue, l’hiver n’est jamais tout à fait un hiver comme les autres

Notre climat méditerranéen apporte une particularité supplémentaire.

Les périodes de douceur, parfois nombreuses entre novembre et février, peuvent permettre à certains reptiles ou amphibiens de reprendre temporairement leur activité.

Il n’existe donc pas une date précise à laquelle tous ces animaux disparaissent, ni un réveil collectif au printemps.

Chaque espèce réagit à sa manière, selon la température, l’humidité, la disponibilité de nourriture et les conditions de son habitat.

Comment les aider à passer l’hiver ?

Quelques gestes suffisent : conserver des tas de feuilles dans un coin du jardin, préserver les haies, éviter de retourner inutilement les pierres, limiter les pesticides et ne jamais déranger un animal installé dans son refuge.

Dans les zones humides, préserver les berges naturelles, les roselières et les fonds vaseux contribue également à protéger les espèces qui y passent l’hiver.

La nature camarguaise ne s’endort donc jamais complètement. Elle change simplement de rythme.

Et lorsque reviendront les premiers beaux jours, ces animaux que nous pensions disparus réapparaîtront progressivement, comme si rien ne s’était passé.

Pourtant, sous nos pieds, dans nos jardins et au fond de nos marais, ils auront accompli l’un des plus remarquables exploits de la nature : traverser l’hiver en économisant presque chaque parcelle d’énergie.