Blocage du dépôt pétrolier de Fos-sur-Mer : les pêcheurs maintiennent la pression sur le gouvernement
Dès 3 heures du matin, plusieurs dizaines de professionnels ont bloqué les accès au dépôt pétrolier pour dénoncer la hausse du prix du carburant et, plus largement, la dégradation de leurs conditions de travail.
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CARBURANT TROP CHER, CONTRAINTES ADMINISTRATIVES ET DIFFICULTES ECONOMIQUES.
Le mouvement des pêcheurs méditerranéens a marqué un nouveau temps fort mardi 15 septembre à Fos-sur-Mer. Dès 3 heures du matin, plusieurs dizaines de professionnels ont bloqué les accès au dépôt pétrolier pour dénoncer la hausse du prix du carburant et, plus largement, la dégradation de leurs conditions de travail. Le blocage a été levé peu avant 10 heures après l’intervention des CRS, permettant à une centaine de camions-citernes immobilisés à l’extérieur de reprendre leur activité.
Une mobilisation commencée dans la nuit
L’action s’est déroulée aux premières heures de la journée. Selon la préfecture, les pêcheurs bloquaient depuis 3 heures la sortie du terminal pétrolier de Fos-sur-Mer. Une cinquantaine de camions-citernes étaient alors concernés par le blocage, avant que le nombre de véhicules immobilisés à l’extérieur du site n’atteigne environ une centaine.
L’intervention des forces de l’ordre a permis de dégager l’accès au dépôt peu avant 10 heures. Un bref épisode de tension a opposé les manifestants aux CRS tandis que les sapeurs-pompiers intervenaient pour éteindre des feux de palettes. Le dépôt a ensuite repris son activité.
Sur place, les pêcheurs avaient notamment installé des banderoles dénonçant les politiques européennes et nationales. Pour les professionnels mobilisés, le prix du carburant constitue aujourd’hui l’un des principaux facteurs qui fragilisent l’équilibre économique de leurs entreprises.
Le carburant au cœur d’un « ras-le-bol général »
Daniel Constanzo, représentant de Port-Saint-Louis à la prud’homie de Martigues, décrit une mobilisation décidée rapidement par les professionnels. Selon son témoignage, les pêcheurs ont reçu un message la veille au soir et ont choisi de se rendre au dépôt de Fos-sur-Mer sans organiser leur action longtemps à l’avance.
Mais derrière cette mobilisation spontanée se trouve un mécontentement plus ancien. Le prix du gazole est au cœur des revendications, alors que le carburant représente une dépense particulièrement importante pour les navires. À cette difficulté s'ajoutent, selon les professionnels, les contraintes administratives et réglementaires, la facturation électronique ou encore les restrictions pesant sur certaines activités de pêche.
La question des quotas de thon rouge est également évoquée par les pêcheurs mobilisés. Pour Daniel Constanzo, l'ensemble de ces contraintes forme un « ras-le-bol général de la profession ».
Cette situation pèse directement sur la trésorerie des entreprises. Le représentant des pêcheurs estime que certains professionnels parviennent désormais à maintenir leur activité en puisant dans leurs réserves, avec la crainte que cette situation décourage les jeunes souhaitant entrer dans le métier.
« On en a marre d'avoir des aides »
Pour les professionnels mobilisés, la question ne se limite pas au montant des aides publiques. Daniel Constanzo estime que les dispositifs d'aide permettent de repousser les difficultés sans régler la question du prix du carburant à la source.
Les pêcheurs demandent notamment une baisse de la fiscalité appliquée aux carburants et souhaitent retrouver un niveau de prix compatible avec l'équilibre économique de leur activité. Le représentant de Port-Saint-Louis élargit également cette revendication à d'autres secteurs professionnels, appelant à une réflexion plus générale sur les charges qui pèsent sur les entreprises.
La mobilisation dépasse donc la seule question du carburant. Les organisations professionnelles dénoncent plus largement une « dégradation continue » des conditions d'activité, liée notamment à l'augmentation des coûts d'exploitation et à la multiplication des contraintes administratives et réglementaires.
Un mouvement organisé à l'échelle de la Méditerranée
L'action menée à Fos-sur-Mer s'inscrit dans un mouvement commun lancé lundi 14 septembre par les comités régionaux des pêches d'Occitanie, de Provence-Alpes-Côte d'Azur et de Corse, les trois organisations de producteurs de Méditerranée ainsi que plusieurs syndicats de marins.
La mobilisation s'est déplacée au fil des jours : après Sète et Fos-sur-Mer, les pêcheurs ont ciblé le dépôt pétrolier de Frontignan mercredi 16 septembre. Le mouvement devait se poursuivre tant que des réponses concrètes ne seraient pas apportées aux principales revendications de la profession.
À Fos-sur-Mer, le maire Philippe Maurizot est venu rencontrer les manifestants et leur apporter son soutien. Il a notamment rappelé l'importance économique de la pêche pour le territoire et le lien entre les emplois en mer et ceux générés à terre.
Une mobilisation qui touche toute la filière
La contestation ne se limite pas aux marins-pêcheurs. Dans plusieurs ports méditerranéens, l'arrêt des sorties en mer a également entraîné la fermeture des criées, qui assurent la commercialisation des poissons débarqués par les professionnels. À Sète, le constat était particulièrement net mercredi 16 septembre : les pêcheurs étaient à terre et les criées fermées. Au Grau-du-Roi également, la mobilisation a entraîné l'arrêt de l'activité de la criée. Une situation qui perturbe ainsi l'ensemble de la chaîne, de la pêche jusqu'à la première mise en vente du poisson.
Le gouvernement annonce une nouvelle hausse de l'aide au carburant
Mercredi 16 septembre, le gouvernement a annoncé la prolongation jusqu'au 31 décembre des dispositifs d'aide ciblés destinés aux secteurs particulièrement exposés à la hausse des carburants. Pour les entreprises de pêche, l'aide doit passer de 25 à 35 centimes par litre. Ce montant correspond au plafond présenté comme autorisé par le cadre européen.
Cette annonce intervient alors que le gouvernement avait déjà mis en place en 2026 plusieurs dispositifs de soutien. Pour les achats de carburant effectués en avril et mai, l'aide avait notamment été fixée à 20 centimes par litre pour avril et 35 centimes pour mai.
Mais cette nouvelle mesure n'a pas suffi à mettre immédiatement fin à la mobilisation. Les pêcheurs ont continué leurs actions dans plusieurs ports méditerranéens, réclamant des réponses plus larges sur la pérennité économique de leur activité.
Une rencontre avec la ministre de la Mer et de la Pêche
Une réunion avec Catherine Chabaud, ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, était programmée jeudi 17 septembre avec les représentants de la filière méditerranéenne. Le gouvernement a indiqué vouloir échanger avec les professionnels sur la situation de la pêche et les solutions pouvant être apportées, notamment face à la hausse des coûts du carburant.
Au-delà du blocage de Fos-sur-Mer, cette mobilisation met ainsi en lumière les difficultés économiques auxquelles les pêcheurs disent être confrontés : coût du carburant, contraintes réglementaires, charges administratives et inquiétudes concernant l'avenir de la profession. Les prochaines discussions avec le gouvernement doivent désormais permettre de mesurer si les annonces faites cette semaine répondent aux revendications portées par les professionnels.
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