Aubagne : le lapsus du ministre de l’Éducation nationale qui rappelle combien les mots peuvent peser lourd
À Aubagne, Édouard Geffray a confondu les noms de Samuel Paty et Dominique Bernard. Retour sur ce lapsus et le poids des mots en politique
/t:r(unknown)/fit-in/1100x2000/filters:format(webp)/medias/Bw0nAKiNK0/image/t_500x3001791986354462.jpeg)
Aubagne : le lapsus d’Édouard Geffray sur Samuel Paty et Dominique Bernard
Il est des lapsus qui prêtent à sourire. D’autres provoquent un malaise, parfois une profonde émotion. En confondant les noms de Samuel Paty et Dominique Bernard lors d’une prise de parole à Aubagne, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a commis une erreur particulièrement malheureuse. Au-delà de cette confusion, l’épisode pose une question plus large : pourquoi certaines erreurs de langage prennent-elles une telle importance lorsqu’elles touchent à la mémoire, aux drames ou aux responsabilités publiques ?
À Aubagne, une confusion particulièrement douloureuse
Lundi 12 octobre 2026, Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, se rend à Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, après les tirs survenus au collège Lakanal.
Un adolescent de 14 ans a ouvert le feu dans l’établissement, blessant le principal et une enseignante. Le ministre intervient devant la presse, aux côtés du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.
Dans cette atmosphère particulièrement grave, Édouard Geffray évoque les commémorations de deux enseignants assassinés par des terroristes islamistes.
Mais au lieu de prononcer les noms de Samuel Paty et Dominique Bernard, il parle de « Samuel Bernard et Dominique Paty ».
Une inversion de patronymes, quelques secondes seulement, mais une erreur immédiatement remarquée et largement relayée.
Le contexte rend cette confusion particulièrement sensible.
Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie, a été assassiné le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines.
Dominique Bernard, professeur de lettres, a été assassiné le 13 octobre 2023 à Arras, dans le Pas-de-Calais.
Deux enseignants, deux tragédies, deux familles endeuillées et deux noms désormais inscrits dans la mémoire de l’Éducation nationale.
Le ministre voulait précisément rappeler cette mémoire. Son intention ne paraît donc pas faire de doute. Mais son erreur intervient au moment même où les établissements scolaires sont invités à se recueillir en souvenir des deux victimes.
Un lapsus n’est pas nécessairement révélateur d’une pensée
Il serait excessif de considérer qu’une confusion de noms traduit automatiquement un manque de respect ou une méconnaissance des événements.
Un lapsus peut résulter de la fatigue, de l’émotion, du stress ou simplement d’une erreur dans l’enchaînement des mots.
Dans le cas d’Édouard Geffray, les deux enseignants sont régulièrement cités ensemble. Leurs assassinats sont commémorés à quelques jours d’intervalle.
Cette proximité peut contribuer à expliquer l’inversion, sans pour autant en atténuer la portée émotionnelle.
D’ailleurs, le lendemain, mardi 13 octobre, le ministre a correctement cité Dominique Bernard et Samuel Paty devant l’Assemblée nationale.
Mais lorsqu’un responsable public s’exprime, particulièrement dans des circonstances dramatiques, ses paroles ne sont jamais totalement anodines.
Quand les erreurs de langage deviennent des événements politiques
L’histoire politique française et internationale est jalonnée de déclarations maladroites, de confusions et de formulations qui ont parfois davantage marqué les esprits que les discours auxquels elles appartenaient.
En 1976, le président américain Gerald Ford affirme lors d’un débat présidentiel qu’il n’existe pas de domination soviétique sur l’Europe de l’Est.
Il ne s’agit pas d’un lapsus au sens strict, mais d’une déclaration maladroite qui provoque une importante controverse et fragilise sa prestation face à Jimmy Carter.
En 2008, Rachida Dati, alors ministre de la Justice, confond à la télévision les mots « inflation » et « fellation ». L’erreur fait immédiatement le tour des médias.
En 2011, Nicolas Sarkozy prononce le nom d’« Angela Merkel » à la place de celui de son épouse Carla Bruni-Sarkozy lors d’une intervention publique, selon une séquence largement commentée.
Ces exemples sont très différents par leur nature et leur gravité.
Certains provoquent simplement des sourires. D’autres alimentent des polémiques politiques ou affectent l’image d’un responsable.
Mais ils illustrent tous une même réalité : une phrase prononcée en quelques secondes peut éclipser l’essentiel d’un message.
Pourquoi le cas d’Aubagne est différent
Ce qui distingue l’erreur du ministre de l’Éducation nationale, ce n’est pas sa complexité.
C’est sa dimension humaine.
Derrière les noms de Samuel Paty et Dominique Bernard, il y a des vies brutalement interrompues, des proches, des collègues, des élèves et une communauté éducative profondément marquée.
Leurs noms ne sont pas de simples références historiques. Ils incarnent deux tragédies et le souvenir d’enseignants assassinés dans l’exercice de leur métier.
C’est pourquoi leur évocation exige une attention particulière.
Pour autant, il faut distinguer l’erreur involontaire de l’intention de blesser.
Rien, dans les éléments connus, ne permet d’affirmer qu’Édouard Geffray aurait voulu manquer de respect à leur mémoire.
Le ministre a commis une confusion. Elle mérite d’être relevée, sans qu’il soit nécessaire de lui prêter des intentions qui ne sont pas établies.
Le poids des mots à l’heure des réseaux sociaux
Une autre dimension mérite d’être soulignée : la vitesse de circulation des images et des déclarations.
Autrefois, une erreur commise lors d’une intervention publique pouvait être corrigée rapidement et parfois passer relativement inaperçue.
Aujourd’hui, quelques secondes de vidéo suffisent pour déclencher une polémique nationale.
Les réseaux sociaux isolent souvent une phrase de son contexte. La répétition de cette séquence peut finir par prendre davantage de place que l’événement initial.
À Aubagne, le sujet essentiel demeure pourtant la violence survenue dans un établissement scolaire, les deux adultes blessés, le traumatisme des élèves et la nécessité de comprendre comment un adolescent a pu entrer armé dans son collège.
Le lapsus du ministre ne doit pas faire oublier cette réalité.
Entre droit à l’erreur et devoir de précision
Peut-on exiger d’un ministre qu’il ne commette jamais de lapsus ?
Certainement pas.
La parole humaine reste imparfaite, y compris chez les personnalités les plus expérimentées.
En revanche, il est légitime d’attendre d’un responsable public une vigilance particulière lorsqu’il évoque des victimes, des drames ou des commémorations.
Cette exigence vaut aussi pour les journalistes, les élus et tous ceux dont les propos sont diffusés publiquement.
Il ne s’agit pas de condamner systématiquement une erreur, mais d’en mesurer les conséquences possibles et, lorsqu’elle survient, de savoir la reconnaître et la corriger.
Au-delà du lapsus, le devoir de mémoire
Le 13 octobre 2026 marque le troisième anniversaire de l’assassinat de Dominique Bernard.
Le 16 octobre, la France commémorera les six ans de celui de Samuel Paty.
Ces deux dates rappellent combien l’école, ses enseignants et les valeurs qu’ils transmettent ont été frappés par le terrorisme.
L’erreur d’Édouard Geffray ne saurait résumer son engagement ni effacer le sens de sa déclaration.
Elle rappelle néanmoins que certains mots portent une charge émotionnelle et symbolique qui dépasse largement celui qui les prononce.
Car derrière une confusion de quelques secondes, il y a parfois une douleur qui ne s’efface jamais.
Et au-delà des polémiques, l’essentiel demeure : Samuel Paty et Dominique Bernard méritent que leurs noms, leurs parcours et leur mémoire continuent d’être transmis avec respect.
/t:r(unknown)/fit-in/300x2000/filters:format(webp)/filters:quality(100)/radios/radiocamargue/images/logo_AXUqhdE2WX.png)
/t:r(unknown)/fit-in/400x400/filters:format(webp)/medias/Bw0nAKiNK0/image/conceptos_de_la_ia_jpg1791987810548-format1by1.webp)
/t:r(unknown)/fit-in/400x400/filters:format(webp)/medias/Bw0nAKiNK0/image/alexas_fotos_hedgehog_1759505_12801791967566183-format1by1.jpg)
/t:r(unknown)/fit-in/400x400/filters:format(webp)/medias/Bw0nAKiNK0/image/jardin_en_automne1791966953343-format1by1.jpg)