Alzheimer : une prise de sang pourrait-elle anticiper l’apparition des symptômes ?
Et si une simple prise de sang permettait de mieux anticiper l’évolution de la maladie d’Alzheimer ?
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Une protéine mesurée dans le sang, la p-tau217, permettrait d’estimer plusieurs années à l’avance le risque d’apparition de troubles cognitifs. Une avancée prometteuse, mais qui reste aujourd’hui principalement destinée à la recherche.
Et si une simple prise de sang permettait de mieux anticiper l’évolution de la maladie d’Alzheimer ? Cette perspective se précise avec plusieurs travaux récents consacrés à la p-tau217, une protéine dont le taux sanguin est associé aux modifications cérébrales caractéristiques de la maladie. Les résultats sont encourageants, mais ils ne signifient pas qu’un test sanguin permet aujourd’hui de savoir avec certitude si une personne développera Alzheimer, ni à quelle date.
La p-tau217 au cœur des recherches
Les chercheurs s’intéressent depuis plusieurs années à la protéine tau phosphorylée, et notamment à la forme appelée p-tau217. Sa présence dans le sang est étroitement liée aux phénomènes biologiques associés à la maladie d’Alzheimer, notamment à l’accumulation de protéines amyloïdes et tau dans le cerveau.
Une étude publiée en février 2026 dans Nature Medicine par des chercheurs de l’université Washington de Saint-Louis a ainsi étudié des données provenant de deux cohortes, réunissant au total 603 personnes. Les scientifiques ont développé un modèle permettant d’estimer l’âge auquel certains marqueurs sanguins deviennent anormaux et de le mettre en relation avec l’âge d’apparition des premiers symptômes. Le modèle obtenait une marge d’erreur médiane comprise entre environ trois et quatre ans.
Autrement dit, la prise de sang ne donne pas une date précise à laquelle une personne développera des troubles. Elle fournit plutôt une estimation statistique de la trajectoire de la maladie, à partir du niveau de p-tau217 observé.
Un risque qui peut être mesuré plusieurs années avant les symptômes
D’autres travaux récents vont dans le même sens. Une étude publiée en juillet 2026 dans JAMA, portant sur 2 684 personnes âgées initialement sans troubles cognitifs importants, a examiné la capacité du taux sanguin de p-tau217 à renseigner sur le risque futur de déclin cognitif.
Chez les participants présentant des concentrations très élevées de p-tau217, les chercheurs ont estimé un risque de développer un trouble cognitif d’environ 38 % sur cinq ans et de 78 % sur dix ans. Ces chiffres correspondent à une population étudiée et à des modèles statistiques : ils ne constituent pas une probabilité individuelle applicable automatiquement à chaque personne.
Une autre étude publiée en septembre 2026 dans The Lancet Neurology apporte un élément supplémentaire. En analysant environ 8 500 participants issus de plusieurs cohortes, les chercheurs ont étudié la combinaison du dosage sanguin de p-tau217 et du statut du gène APOE, notamment la présence de la variante APOE4, connue comme facteur de risque génétique de la maladie d’Alzheimer. Chez les personnes dont le taux de p-tau217 était déjà élevé, le délai statistiquement observé avant l'apparition des symptômes variait notamment selon le statut APOE : environ trois à quatre ans chez les porteurs d’au moins une copie d’APOE4, contre cinq à six ans pour les autres profils génétiques.
Ces résultats expliquent pourquoi certaines publications évoquent désormais la possibilité d’anticiper l’apparition des symptômes plusieurs années avant leur manifestation clinique. Mais ils ne transforment pas pour autant la prise de sang en boule de cristal médicale.
Pourquoi il faut rester prudent
Un taux élevé de p-tau217 indique une probabilité plus importante de présenter ou de développer des changements liés à la maladie d’Alzheimer, mais il ne permet pas, à lui seul, de déterminer avec certitude l’avenir d’une personne.
L’âge, les caractéristiques génétiques, certaines pathologies et d’autres facteurs peuvent modifier le niveau de risque. Les chercheurs soulignent également que les performances d’un biomarqueur varient selon la méthode utilisée et la population étudiée. Une concentration élevée ne signifie donc pas nécessairement qu’une personne développera des symptômes à une date déterminée.
Cette nuance est essentielle alors que les tests sanguins destinés à rechercher les biomarqueurs de la maladie d’Alzheimer progressent rapidement. En 2025, les recommandations de l’Alzheimer’s Association ont conclu que certains biomarqueurs sanguins pouvaient être utilisés dans le cadre du bilan de patients présentant déjà des troubles cognitifs, dans des structures spécialisées et selon des critères précis de performance. Elles ne recommandent pas pour autant leur utilisation comme dépistage généralisé chez les personnes sans symptômes.
Une avancée surtout importante pour la recherche
Pour l’instant, l’un des principaux intérêts de ces analyses concerne donc la recherche clinique. Identifier des personnes présentant des marqueurs biologiques de la maladie avant l’apparition des symptômes pourrait notamment faciliter la sélection de participants pour des essais consacrés à des traitements visant à ralentir ou prévenir l’évolution de la maladie.
À terme, si des traitements préventifs deviennent disponibles et si les modèles de prédiction gagnent suffisamment en précision, ces informations pourraient aussi aider les médecins à déterminer à quel moment intervenir. Les chercheurs de Washington University soulignent précisément cet objectif : parvenir à mieux identifier les personnes susceptibles de développer des symptômes afin d’envisager, à l’avenir, une prise en charge suffisamment précoce.
Une piste prometteuse, mais pas encore un diagnostic individuel
L’idée d’une « simple prise de sang » capable de prédire l’apparition d’Alzheimer plusieurs années à l’avance doit donc être nuancée. Les recherches récentes montrent bien que la p-tau217 apporte des informations importantes sur le risque futur et, dans certains modèles, sur le moment probable d’apparition des troubles.
Mais un résultat sanguin ne permet pas aujourd’hui de dire avec certitude à une personne asymptomatique qu’elle développera la maladie, ni de fixer précisément la date de ses premiers symptômes.
La recherche avance néanmoins rapidement. Entre les modèles fondés sur la p-tau217 seule et ceux combinant biomarqueurs sanguins, données génétiques et autres informations médicales, les scientifiques cherchent désormais à transformer ces signaux biologiques précoces en outils capables d’anticiper toujours plus précisément l’évolution de la maladie. Une évolution qui pourrait devenir particulièrement importante si de nouveaux traitements préventifs permettent, demain, d’agir avant l’apparition des premiers troubles.
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