Russie : la prise de contrôle des actifs de Metro marque-t-elle une nouvelle étape dans l’escalade avec l’Europe ?

Moscou vient de placer les actifs russes du distributeur allemand Metro sous « administration temporaire ».

Modifié : 10h02

Russie : la prise de contrôle des actifs de Metro

Russie : après Metro, jusqu’où peut aller l’escalade économique avec l’Europe ?

 

Moscou vient de placer les actifs russes du distributeur allemand Metro sous « administration temporaire ». Après Auchan, Nestlé, FM Logistic ou encore Lemana Pro, la multiplication de ces décisions montre que les entreprises occidentales sont désormais pleinement intégrées au rapport de force entre la Russie et les pays européens soutenant l’Ukraine. Une escalade économique préoccupante, mais qui ne permet pas, à elle seule, de conclure à l’imminence d’un affrontement militaire direct.

La décision est officielle. Ce lundi 28 septembre, Vladimir Poutine a signé un décret plaçant les actifs russes du groupe allemand Metro sous « administration temporaire ». Leur gestion est confiée à une société russe, UK Torg Rus. Reuters confirme la publication du décret présidentiel, également relayé par plusieurs médias économiques russes. 

Le terme employé par Moscou mérite toutefois d’être précisé : il ne s’agit pas formellement d’une nationalisation.

Le mécanisme russe d’« administration temporaire », créé par un décret d’avril 2023, permet à l’administrateur désigné par l’État d’exercer une large partie des prérogatives du propriétaire. En revanche, le texte ne lui donne pas automatiquement le droit de vendre les actifs concernés. La mesure peut perdurer jusqu’à une nouvelle décision présidentielle. 

Autrement dit, le propriétaire étranger peut juridiquement rester propriétaire tout en perdant dans les faits la maîtrise de son entreprise en Russie.

Metro après Auchan, Nestlé et plusieurs groupes français

C’est précisément la répétition de ces mesures qui donne à l’affaire Metro une portée particulière.

Le 17 septembre, quelques jours seulement auparavant, Moscou avait déjà placé sous administration temporaire les activités russes de Nestlé, Auchan, FM Logistic et Lemana Pro, l’enseigne issue des anciennes activités de Leroy Merlin en Russie. La France avait alors condamné une décision qu’elle jugeait injustifiée et demandé aux autorités russes de revenir sur leur décision. 

Selon un décompte publié par le média économique russe RBC, 27 entreprises ou groupes étrangers avaient déjà été concernés par le mécanisme russe depuis sa création en 2023, avant même la nouvelle décision visant Metro. 

Et Moscou ne cache plus complètement la dimension politique de cette stratégie.

Après les décisions concernant Nestlé et les entreprises françaises, le Kremlin avait invoqué les actions de pays considérés par la Russie comme « inamicaux », dans le contexte des sanctions occidentales et du soutien européen à l’Ukraine. 

Pour Metro en revanche, le décret ne donne pas explicitement de justification particulière. Il serait donc excessif d’affirmer que l’entreprise est sanctionnée directement parce qu’elle « soutient l’Ukraine ». Le contexte politique, lui, est incontestable : la décision intervient alors que les relations entre Moscou et Berlin se sont fortement détériorées. 

Une nouvelle arme dans la confrontation entre Moscou et l’Europe

C’est probablement là que se trouve l’élément le plus important.

Depuis 2022, la confrontation entre la Russie et les pays occidentaux ne se déroule plus uniquement sur le terrain ukrainien.

Elle concerne désormais les sanctions économiques, les avoirs russes gelés en Europe, l’énergie, les échanges commerciaux, les entreprises occidentales installées en Russie, les infrastructures et, de plus en plus, les accusations d’opérations hybrides ou de sabotage.

Le décret russe de 2023 est lui-même conçu comme un mécanisme de représailles : il prévoit la possibilité d’une administration temporaire lorsqu’un État étranger limite ou menace les droits de propriété russes à l’étranger. 

En septembre, le Kremlin a explicitement présenté certaines prises de contrôle d’actifs européens comme une réponse aux politiques menées par les pays occidentaux à l’égard de la Russie. 

Les entreprises deviennent ainsi, elles aussi, des instruments du rapport de force entre États.

Allemagne-Russie : le contexte est particulièrement tendu

Le cas Metro intervient également dans un climat diplomatique très dégradé entre Berlin et Moscou.

Le gouvernement allemand accuse depuis plusieurs semaines la Russie de mener des actions hostiles et hybrides contre l’Allemagne. Le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul déclarait début septembre que les relations étaient marquées par des tentatives de déstabilisation, de désinformation et de sabotage attribuées à Moscou. 

Reuters souligne également que la décision sur Metro intervient après une rencontre récente entre les ministres russe et allemand des Affaires étrangères en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, dans un contexte de profondes divergences concernant l’Ukraine. 

Cela donne évidemment à la décision prise contre Metro une dimension qui dépasse largement la gestion d’une chaîne de magasins.

Sommes-nous pour autant un cran plus près d’une guerre entre la Russie et l’Europe ?

Il faut être extrêmement prudent sur ce point.

Cette succession de mesures constitue bien une escalade économique et politique. Elle montre également que Moscou accepte désormais de faire peser directement sur les intérêts privés européens le coût de la confrontation entre États.

Mais elle ne constitue pas, en elle-même, la preuve qu’un affrontement militaire direct entre la Russie et les pays européens ou l’OTAN serait devenu imminent.

La guerre économique, les sanctions, les contre-sanctions et les prises de contrôle d’actifs peuvent au contraire rester longtemps des instruments utilisés précisément parce qu’ils permettent aux États de se confronter sans franchir le seuil de l’affrontement militaire direct.

Ce qui est préoccupant est ailleurs : les barrières entre économie, diplomatie et sécurité deviennent progressivement plus poreuses.

Une entreprise de distribution allemande peut désormais devenir un élément d’un rapport de force entre Moscou et Berlin. Des groupes français ou suisses peuvent voir la gestion de leurs filiales leur échapper en quelques heures. Et les décisions prises sur les avoirs russes en Europe peuvent entraîner des mesures de rétorsion sur les actifs européens en Russie.

C’est cette mécanique d’action et de réaction qu’il faudra observer.

Une logique de représailles dont on ne connaît pas encore la limite

L’affaire Metro ne doit donc probablement pas être regardée isolément.

Auchan, Nestlé, FM Logistic, Lemana Pro puis Metro : la fréquence des décisions prises en septembre montre une accélération.

Elle signifie qu’une nouvelle frontière est en train de s’effacer : celle qui protégeait encore relativement les entreprises civiles du conflit géopolitique.

Cela ne signifie pas que l’Europe et la Russie se dirigent mécaniquement vers une guerre directe.

Mais cela signifie que le champ de leur confrontation continue de s’élargir.

Et dans une période où les tensions militaires, diplomatiques, économiques et hybrides s’additionnent déjà, cette évolution constitue incontestablement un signal supplémentaire à surveiller.