Présidentielle 2027 : pourquoi la canicule ne provoque-t-elle pas de « vague verte » ?
Malgré un été 2026 marqué par une chaleur record, la sécheresse et des incendies majeurs, les préoccupations environnementales ne se transforment pas automatiquement en intentions de vote pour Les Écologistes.
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Chaleur extrême, sols asséchés, incendies, difficultés agricoles : l’été 2026 a placé le changement climatique au cœur du quotidien des Français.
A quelques mois de la présidentielle de 2027, cette réalité ne semble pas provoquer de véritable dynamique électorale en faveur des écologistes. Le paradoxe interroge : comment expliquer que l’urgence climatique progresse dans les préoccupations sans que le vote écologiste ne suive la même trajectoire ?
Un été qui confirme l’ampleur du dérèglement climatique
Les chiffres donnent la mesure de l’été hors norme que vient de connaître la France. Selon Météo-France, l’été 2026 est le plus chaud jamais enregistré depuis le début des mesures en 1900, avec une température moyenne de 24 °C, soit 3,6 °C au-dessus de la normale. Le pays a également connu 53 jours de vague de chaleur répartis sur trois épisodes, tandis que les précipitations ont été inférieures d’environ 40 % aux normales. La sécheresse des sols a atteint un niveau inédit à l’échelle nationale et les incendies ont pris une ampleur exceptionnelle.
Cette succession d'événements rend les conséquences du changement climatique de plus en plus visibles. Les effets ne concernent plus uniquement les générations futures ou des territoires lointains : ils touchent directement la santé, l'agriculture, l'accès à l'eau, les forêts, l'économie et les conditions de vie.
Le gouvernement lui-même a fait de la préservation de la ressource en eau, de la prévention des feux et de la limitation des conséquences environnementales et économiques de la canicule des priorités durant l'été.
Pour autant, cette prise de conscience ne suffit pas à faire émerger une « vague verte » dans les intentions de vote.
Être préoccupé par le climat ne signifie pas voter écologiste
C'est probablement l'une des clés du paradoxe. Une personne peut être inquiète face aux températures extrêmes, souhaiter davantage de protection contre les incendies ou considérer la question de l'eau comme prioritaire sans pour autant considérer Les Écologistes comme l'offre politique la plus adaptée.
Le changement climatique est désormais devenu un sujet transversal. Il dépasse largement les frontières historiques du mouvement écologiste. La question de l'eau peut être abordée sous l'angle agricole, celle de l'énergie sous l'angle du pouvoir d'achat, les incendies sous celui de la sécurité et la rénovation des logements sous celui du coût des travaux.
Autrement dit, l'écologie est devenue un sujet politique généraliste.
L'analyse publiée récemment par Jean-Yves Dormagen, président et fondateur de Cluster17, va dans ce sens. Son étude sur la structure de l'électorat à neuf mois de la présidentielle décrit cinq grands espaces électoraux, dont celui de la « gauche sociale-écologiste », qui représente un réservoir de préférences mais ne correspond pas mécaniquement à un vote écologiste.
Les électeurs restent par ailleurs susceptibles d'hésiter entre plusieurs formations proches. La bataille électorale ne consiste donc pas uniquement à convaincre des personnes sensibles au climat, mais à transformer cette sensibilité en préférence politique puis en bulletin de vote.
Des écologistes confrontés à une concurrence politique élargie
L'autre difficulté tient à la concurrence. La protection de l'environnement n'est plus une thématique réservée aux partis écologistes.
La gauche radicale défend la planification écologique et la transformation des modes de production. Les socialistes mettent également en avant les enjeux climatiques et sociaux. Le centre insiste davantage sur l'adaptation, l'innovation et la transition énergétique. À droite, les questions d'énergie, d'agriculture, de souveraineté et de prévention des risques sont également mobilisées.
Cette situation prive Les Écologistes d'une forme d'exclusivité politique.
Les dernières données disponibles illustrent d'ailleurs la difficulté à convertir l'espace social-écologique en vote. Dans une enquête récente de Cluster17, la gauche sociale-écologiste constitue un espace important de l'électorat, mais les électeurs ne sont pas nécessairement captifs d'une seule formation.
Dans les intentions de vote pour 2027, les Écologistes restent ainsi à un niveau modeste. Une agrégation récente des enquêtes disponibles les situait autour de 3,5 %, avec des résultats variant selon les personnalités et les configurations testées. Dans le sondage Cluster17 réalisé fin août-début septembre, Marine Tondelier était créditée de 2 %.
Ces chiffres restent évidemment à interpréter avec prudence, alors que la campagne présidentielle n'est pas encore véritablement entrée dans sa phase décisive.
En Camargue, le changement climatique est pourtant une réalité très concrète
Le paradoxe apparaît encore plus nettement dans des territoires directement exposés aux conséquences du dérèglement climatique.
La Camargue en est un exemple particulièrement parlant. Sur ce territoire, les questions environnementales sont indissociables de la vie quotidienne : gestion de l'eau douce, sécheresse, salinisation, recul du littoral, protection des digues, submersion marine, avenir de la riziculture, élevage et préservation des zones humides.
Le SYMADREM estime qu'à l'horizon 2100, 32 000 personnes pourraient être concernées par le risque de submersion marine dans le Grand Delta du Rhône. Le territoire concerné s'étend sur une centaine de kilomètres de côtes, du Grau-du-Roi à Port-Saint-Louis-du-Rhône.
Cette exposition ne signifie pourtant pas automatiquement un vote écologiste.
Les résultats des élections européennes de 2024 en donnent une illustration. À Arles, la liste conduite par Marie Toussaint avait obtenu 5,33 % des suffrages exprimés, un score identique à son résultat national. À Port-Saint-Louis-du-Rhône, elle n'avait recueilli que 1,45 %, alors que la liste menée par Jordan Bardella avait obtenu 46,31 %.
Ces résultats ne permettent évidemment pas de prédire ceux de 2027. Une élection européenne et une présidentielle répondent à des logiques différentes, avec des candidats, des enjeux et une participation distincts. Ils montrent néanmoins une chose : l'exposition directe à un risque climatique ne détermine pas, à elle seule, le choix électoral.
Le défi : passer de l'alerte à la protection
Pour Les Écologistes, l'enjeu de la présidentielle sera donc probablement moins de démontrer que le changement climatique existe que de convaincre les électeurs qu'ils disposent des réponses les plus crédibles pour y faire face.
Dans les territoires littoraux comme la Camargue, cela signifie parler très concrètement de protection contre les submersions, de gestion de l'eau, d'agriculture, de maintien des activités économiques et de préservation des espaces naturels.
Dans les zones rurales, l'enjeu peut également porter sur l'accompagnement des agriculteurs face à la sécheresse, l'accès à l'eau, le coût de l'énergie ou la prévention des incendies.
Cette approche pourrait permettre de faire évoluer l'écologie d'un discours principalement centré sur la réduction des émissions vers une politique davantage axée sur l'adaptation, la protection et la résilience des territoires.
Car l'été 2026 a aussi montré une autre réalité : la question climatique ne se limite plus à savoir comment réduire les émissions de demain. Elle oblige désormais à décider comment protéger les populations face aux conséquences déjà visibles.
Une urgence climatique qui ne produit pas encore d'effet électoral
Le changement climatique semble donc avoir franchi un seuil dans l'opinion : il est désormais vécu directement. Mais entre la perception d'un problème, la demande de solutions et le choix d'un bulletin de vote, plusieurs étapes demeurent.
L'été 2026 pourrait ainsi peser durablement sur le débat présidentiel sans pour autant provoquer immédiatement une progression des écologistes. Une analyse récente du Monde souligne justement que les catastrophes climatiques ne produisent pas mécaniquement une évolution des comportements politiques lorsqu'elles ne sont pas accompagnées d'un portage politique suffisamment fort.
À neuf mois de la présidentielle, rien ne permet donc de parler de « vague verte ». Mais rien ne permet non plus d'écarter un changement de dynamique.
La question sera finalement de savoir quelle formation politique parviendra à transformer l'inquiétude climatique en réponses concrètes et compréhensibles : qui protégera les populations contre les canicules, qui garantira l'accès à l'eau, qui accompagnera les agriculteurs, qui préparera les territoires littoraux et qui financera l'adaptation ?
Le climat s'est imposé dans le quotidien des Français. Reste à savoir s'il s'imposera aussi dans leur choix électoral en 2027.
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