[ INFO - REGION ] Après une enquête confirmant l'augmentation significative des importations de riz Indica, l’Europe prends des mesures importantes, et introduit la clause de sauvegarde pour son riz.

18 janvier 2019 à 10h14 par sarah rios

RADIO CAMARGUE

Bertrand Mazel, président du syndicat des riziculteurs de Camargue et de l'Union des producteurs riziculteurs européens était hier satisfait à plusieurs titres. Depuis le temps que dans le Delta du Rhône, et plus largement dans les zones rizicoles des huit pays producteurs européens, on tire la sonnette d'alarme par rapport aux importations du Cambodge et du Myanmar notamment, l'Union européenne est allée dans le sens des revendications.

L'UE a décidé d'appliquer la clause de sauvegarde pour le riz concernant le Cambodge et Myanmar donc, et cela fait suite à une demande qui avait été déposée en février 2018 à l'initiative du gouvernement italien, avec le soutien de l'ensemble des états membres producteurs de riz (Espagne, France Portugal, Grès, Hongrie, Roumanie et Bulgarie). Dans un communiqué adressé hier, l'Union des riziculteurs européens détaille les modalités : "la commission européenne a décidé d'introduire pour ces deux pays des droits d'importation et ce pour une durée de trois ans, sur la base d'une taxe de 175€ par tonne dès cette année, 150€ par tonne la deuxième année et 125€ par tonne la troisième année." Ce droit de douane "normal" sur ce produit devant être rétabli à partir d'aujourd'hui, 18 janvier.

À la suite de la demande introduite par le gouvernement italien, la commission européenne a ouvert une enquête en mars 2018. La commission a constaté que les importations cumulées de riz Indica en provenance des deux pays ont augmenté de 89% au cours des cinq campagnes rizicoles précédentes. L'enquête a montré en outre que les prix étaient bien inférieurs à ceux pratiqués sur le marché de l'Union et avaient en fait diminué sur la période précitée. Cet afflux d'importations à bas prix a entraîné de graves difficultés pour les producteurs de riz de l'Union, au point que leur part de marché dans l'Union s'est considérablement réduite, passant de 61 % à 29 %.

La décision est perçue comme "une victoire" pour l'ensemble des riziculteurs. "Nous subissions de plein fouet ces importations massives sans droit de douane (...) En Europe plus de 500 000 tonnes de riz Indica en provenance du Cambodge et Myanmar ont été importées en 2016-2017" souligne Bertrand Mazel dans un communiqué.

Avec ses confrères des pays européens, il n'a ménagé aucun effort pour obtenir gain de cause. Après une nouvelle alerte en réunion à Milan en février 2017, c'est durant l'été de cette même année que les huit ministres de l'agriculture des pays rizicoles - la France en dernier - avaient demandé à la commission d'activer cette clause de sauvegarde. Pour la France, les soutiens de Renaud Muselier en tant que président de Région avaient été déterminants. Plus récemment, les revendications des riziculteurs ont reçu le soutien, au niveau européen, des députés français Frank Proust et Michel Dantin.

La décision attendue a été longue à prendre car, comme le souligne Bertrand Mazel, il y a eu des lobbyings. "Personnellement, j'avais le lobbying aussi des industriels français qui ne travaillent pas qu'avec la production française et européenne. Il est évident que cela va leur faire payer plus cher. Mais cette décision prise à l'unanimité assure la sauvegarde des producteurs et des transformateurs européens. Si on avait laissé faire ces importations excessives, cela risquait de faire disparaître les outils de transformation. Comme hélas cela a été le cas dans le textile !" à l'origine de cette décision précise encore Bertrand Mazel, il y a le dumping, évidemment, mais aussi les effets néfastes sur un plan social, au Cambodge, d'une surproduction, "ils peuvent réaliser jusqu'à trois récoltes par an."

Le contexte

L'Europe produit trois millions de tonnes de riz, pour une consommation de 4 millions de tonnes.

En 2016, 1,364 million de tonnes ont été importées, principalement des pays les moins avancés, dont le Cambodge, qui gagne des parts de marché chaque année. "Entre 2009 et 2016, on est passé de 6 000 tonnes de riz importées du Cambodge à 400 000 tonnes !" assurait il y a quelques mois Bertrand Mazel. Le Cambodge a pris la place de la Thaïlande ces dernières années en augmentant drastiquement la part de ses exportations. Devenant "le plus gros opérateur qui importe en Europe, mais c'est un riz générique, bas de gamme et moins cher, rien à voir avec le Basmati d'Inde par exemple" soulignait-il encore. La filière riz représente, en Camargue, 2000 emplois. Et à ce titre, le président des riziculteurs locaux et européens se félicite de la décision prise à l'unanimité par l'Union européenne. "Autant nous avons eu parfois des difficultés avec la France, autant l'Europe et Bruxelles ont su réagir. Pour la Camargue, c'est important. Un bon signe de l'Europe qui a fini par nous soutenir, même si parfois j'ai tremblé !"

( Source / La provence )