[ECONOMIE]: Arles : usagers et élus inquiets pour l'avenir du bac de Barcarin.

7 mars 2019 à 9h56 par Patrick MONROE

RADIO CAMARGUE

L'histoire du bac de Barcarin ne s'écoulera jamais comme un long fleuve tranquille. Ce service, qui assure la continuité territoriale entre Port-Saint-Louis et Salin-de-Giraud, est une nouvelle fois au centre des critiques. Les usagers en colère viennent d'adresser un courrier à la présidente du Conseil départemental, collectivité qui en assume la charge en quasi-totalité, pour pointer les dysfonctionnements récurrents du bac, malgré les engagements pris au printemps 2016 au sortir d'une longue grève.

"Il y a un vrai mécontentement", souffle Christian Petitnicolas, président de l'association des usagers "Au bac", qui voudrait siéger aux différentes réunions du syndicat mixte de la traversée du Delta du Rhône (SMTDR). "On est dans le flou, on tourne plus souvent à un bac qu'à deux, peste le président de l'association. Le nouveau système de barrières pour abonnés ne fonctionne pas depuis 6 mois. On réduit les horaires de passage, il y a énormément de retards pour les personnes qui vont travailler, c'est un gros fléau pour nous. On est vraiment pénalisé !" Pour Christian Petitnicolas, passablement échaudé par les conséquences des actions des gilets jaunes en novembre et décembre ("Le mouvement avait détourné les camions vers le bac, alors que c'est pourtant interdit, et on s'est retrouvé avec des heures de queue pas possibles !"), difficile d'envisager que le service se dégrade encore.

Un audit commandé

Et pourtant, cette crainte existe bel et bien, au regard de la situation financière tendue du bac de Barcarin. D'autant que la Région, qui comme la Ville abonde au budget de fonctionnement, pourrait partiellement se désengager. "Le rapport d'orientation budgétaire présenté lors du conseil syndical du 28 février nous inquiète. En effet, la participation financière des grandes collectivités n'est pas assurée. C'est le cas principalement de la Région Sud, grande absente du conseil syndical, et qui exprime sa volonté de limiter sa participation au niveau du fonctionnement et de se désengager de l'investissement. À l'instar du Symadrem, le SMTDR est ainsi fragilisé par le désengagement de la collectivité régionale", pointent à travers un communiqué les conseillers départementaux d'opposition (PC) Nicolas Koukas et Aurore Raoux.

"La Région, sur le volet fonctionnement, ne veut pas aller au-delà d'un million d'euros", précise l'élu arlésien. Hors, pour boucler le budget précédent, la collectivité avait remis au pot 250 000 €. Un cas de figure qu'elle voudrait éviter cette année, même si les termes de la convention la liant au Conseil départemental la contraint à certaines obligations.

Pourtant, la situation financière ne s'est pas améliorée, le conseiller départemental évoquant un "manque de 600 000  sur le budget de fonctionnement". Les résultats d'un audit, commandé par le Département, devraient être connus dans les prochains jours. "J'attends beaucoup de cette étude, qui pourrait donner des solutions pour sauver l'outil bac. Mais je ne souhaite pas que les mesures prises le soient à l'encontre des usagers. Il ne peut pas y avoir un service encore plus dégradé !", assène Nicolas Koukas, qui ne veut pas entendre parler de réduction des équipes de marins par exemple.

Pour avoir quelques certitudes sur l'avenir, un peu de patience : les choix définitifs devraient être mis sur la table à la fin du mois, lors du vote du budget du SMTDR.


"Nous sommes tenus d'assurer un service public de qualité"

Corinne Chabaud, conseillère départementale de la majorité et présidente du Syndicat mixte des traversées du delta du Rhône (SMTDR), le reconnaît : "Nous sommes conscients qu'il y a des choses à revoir" sur le bac de Barcarin. L'audit commandé par le Conseil départemental, dont les résultats seront connus à la fin du mois, permettra, selon la présidente du SMTDR, d'y voir plus clair. "Cette étude nous permettra d'apporter des corrections, des réponses aux dysfonctionnements", assure Corinne Chabaud, qui se veut rassurante pour les usagers. Si les budgets sont contraints, que l'audit pourrait livrer quelques pistes d'économies, le Département "essaiera d'ajuster au mieux. Nous ne sommes pas là pour faire des économies drastiques, nous sommes tenus d'assurer un service public de qualité", indique Corinne Chabaud. Jusqu'à ce que le pont reliant Port-Saint-Louis et Salin soit construit ? Après la phase de concertation publique il y a quelques mois, le sujet n'est guère revenu sur le tapis, ces derniers temps. Mais la réalisation de ce pont "reste un objectif, affirme Corinne Chabaud. Les études préliminaires dureront jusqu'à cet été, avant une nouvelle consultation du public à l'automne." La réponse sera-t-elle de nature à rassurer ceux qui commençaient à douter de la volonté du Département sur le sujet ?


"Un double discours des élus communistes"

"Comme pour le Symadrem, les élus communistes crient au loup." Interrogé sur la problématique du bac de Barcarin, le conseiller régional (LR) arlésien Cyril Juglaret a tenu à faire une mise au point : non, "la Région sud ne se retire pas. Mais nous sommes soucieux d'avoir des discussions, la Région n'est pas un tiroir-caisse à qui on demanderait chaque année un peu plus." Car c'est là que se trouve le noeud du problème : la convention liant Département et Région depuis l'ère Guérini-Vauzelle, à la fin des années 90, implique une participation financière représentant presque un tiers du budget pour la collectivité régionale, le Département ayant en charge la somme restante, hormis une participation de la ville d'Arles de 330 000 € sur un budget d'un peu plus de 5 millions d'euros.

"Il n'y a pas de plafond pour la Région, mais les charges de personnel et courantes sont exponentielles, explique Cyril Juglaret. On ne peut pas arriver pour signer un chèque qui augmente chaque année, on crache dans le tonneau des danaïdes..." En clair, la Région demande au Département de rationaliser les dépenses. "Les services publics doivent être gérés rationnellement, c'est ce que nous demandons", précise le conseiller régional, qui évoque la piste d'une révision des statuts des marins, pour faire des économies. Pas sûr que le Département s'y risque, mais il va bien falloir trouver une solution. Même si la Région ne menace pas - encore ? - de claquer la porte. "Est-ce que ce modèle de gestion créé il y a 20 ans est le bon ? Nous sommes dans une phase de discussion, rien n'est acté, mais je pense que cela va aboutir", indique le conseiller régional, pas très tendre à l'encontre des conseillers départementaux. "Quand ils sont autour de la table avec nous, en qualité de gestionnaires, ils sont d'accord avec nous pour dire qu'il y a un problème, mais quand ils sont sur le terrain, ils disent que la méchante droite s'en prend au bac. Il y a un double discours des élus communistes, un discours politicien. Le but n'est pas de sacrifier Salin !"

Au contraire, dans l'optique de développer le village, la Région aimerait bien que le Département "s'engage davantage pour la solution du pont." Le bac étant considéré par l'élu "comme un puits sans fonds".

[SOURCE / LA PROVENCE]