Coronavirus - Arles : "À ce compte-là, il ne faut même pas parler de la feria".

27 août 2020 à 7h20 par Patrick MONROE

RADIO CAMARGUE

Les restaurateurs encaissent mal l'arrêté préfectoral qui impose une fermeture à 23 heures.

De la morosité, du fatalisme et un bon brin d'amertume, voilà comment pourrait se résumer l'état d'esprit des restaurateurs arlésiens cet été. L'annonce de la tenue de la feria, même amputée de toutes ses animations nocturnes et de rue, en avait tout de même égayé quelques-uns. Même si nul n'espérait rattraper les pertes d'un été où l'activité a été réduite de moitié, sur un week-end de Feria du riz revu.

Mais l'entrée en vigueur hier d'un nouvel arrêté préfectoral imposant aux établissements de fermer à 23 h, c'est la goutte d'eau qui fait passer de l'amertume à l'aigreur. "Qu'est-ce qu'on peut dire ? On subit, et c'est catastrophique, réagit-on à l'Apostrophe, place du Forum. On a déjà subi le confinement alors que la maladie n'était pas ici. On ne sauvera pas les meubles cette année. Ils auraient au moins pu nous laisser passer la saison."

Pas de visibilité à moyen terme

Assis devant "Mon bar", c'est-à-dire son bar, Virgile lit le journal. Calme, il lève les yeux et parle, lentement : "C'est un coup de massue de plus. C'est pas mal hein pour Virgile Marteau ? On parle de la saison, mais est-ce qu'il y a eu une saison ? Et à quoi ça sert, une feria où on ferme à 23 h ? Pour les traditions, je suis d'accord. Mais 11 h du soir... Une tape sur les fesses et au lit. Le préfet se couvre, comme tout le monde." Ce qui éreinte les restaurateurs, c'est de n'avoir aucune visibilité, même à moyen terme. À la brasserie l'Aficion, juste devant l'escalier des arènes, les Bestier se demandent aussi si la feria aura lieu. "Il faut qu'on le sache pour savoir si on embauche ! Cet été, il n'y a pas eu de saisonniers. Et ils n'ont pas eu d'aide de la part de l'État ! Ils sont très mal maintenant. Nous, d'habitude, on prend deux temps pleins. Pas cette année."

"On comptait sur la feria, soupire Valérie Jalabert, au Pot à Tabac. Mais dans tous les cas, on ne sait pas ce qu'on pourra faire ou non, si on pourra sortir des tabourets hauts... Et puis, il faudra faire la police des clients, on va travailler dans le stress. Ailleurs, on voit pourtant des concerts, des rassemblements..." Valérie estime que son bar, cet été, a déjà gagné trois fois moins de clients que d'habitude. Sans compter demander aux bars de fermer à 23 h, en cas de feria, ça ne veut pas forcément dire que la fête s'arrêtera. "Ça n'empêchera pas les jeunes de se retrouver et de continuer sur les quais du Rhône ou dans les appartements, fait-on remarquer au Pitchounet, place Voltaire. Ce sont des mesurettes tout ça. Et puis, pas de comptoirs, pas de musique, fermeture à 23 h : ce sera un jour normal. Pas une feria."

Christophe et Sarah Floris, au Bar du Marché, concluent : "À ce compte-là, il ne faut même pas parler de la feria. Il n'y aura que les taureaux aux arènes, mais pas les abrivado, pas les animations qui font venir du monde. On ne sait toujours pas ce qu'il peut se passer d'ici-là. Qui nous dit que la semaine prochaine, on ne nous obligera pas à fermer à 20 h ?"

[source / la provence]