Arles: Le blues des douaniers, avant la fermeture de leur brigade à Arles.

15 mars 2018 à 8h41 par Patrick MONROE

RADIO CAMARGUE

"Le combat est perdu. On baisse le rideau." Malgré la contestation d'une partie des agents, l'issue ne fait plus aucun doute : la brigade des douanes d'Arles va bien fermer. "Fin janvier, un groupe de travail a entériné la fermeture, la brigade est rayée de la carte. Il reste un dernier comité technique, en juin, pour valider la suppression." Et deux ans après, au plus tard, soit en juin 2020, les locaux de Fourchon auront été désertés par les douaniers, qui iront garnir les effectifs des brigades de Nîmes, voire Marignane pour certains.

Socialement, pour ces 18 douaniers qui ont leur vie à Arles, le coup est difficile à encaisser. Mais leur sentiment d'amertume ne résulte pas de cet aspect. En vérité, ils n'ont jamais compris pourquoi cette brigade devait fermer. "En 2015, la brigade était la première au niveau stupéfiants sur la zone de la direction interrégionale, et la deuxième au niveau du blanchiment d'argent", rappellent les agents. Cette année-là, les douaniers arlésiens avaient mis la main sur plus de 51 kilos d'herbe, sur 740 kilos de résine de cannabis et sur 2,235 kilos de cocaïne, et la brigade se classait même 12e au niveau national.

"Pourquoi supprimer une brigade qui a des résultats ?"

"Depuis qu'on sait qu'on va être supprimés, le moral est atteint, il y a moins de zèle. Mais en tout cas, il n'y a aucune logique opérationnelle. Arles est le seul entonnoir où les véhicules sont obligés de passer, sur la ligne directe entre l'Espagne et l'Italie. On se tire une balle dans le pied ! Pourquoi supprimer une brigade qui a des résultats ?", s'interrogent les douaniers.

Ces arguments, s'ils sont battus en brèche par la direction interrégionale des douanes (lire ci-dessous), avaient un temps touché les élus, qui, du député (PS) de l'époque Michel Vauzelle au maire Hervé Schiavetti, en passant par le Conseil départemental et le Conseil régional, s'étaient mobilisés sur la question. "Mais on nous a soutenus sans vraiment nous soutenir, regrettent les agents. Il y a de la déception vis-à-vis de certains élus."

Résignés, les douaniers attendent désormais la suite des événements, et notamment la confirmation de leur mutation prochaine. Mais ceux qui ont lutté depuis le départ contre ce redéploiement conservent une profonde amertume. Dans leur viseur, Philippe Savary, le directeur interrégional. "La fermeture de la brigade n'était même pas demandée par Paris. Sa suppression sera sûrement profitable pour sa carrière", grincent les agents. Agents qui n'ont d'ailleurs pas pour seul rôle de surveiller les péages. En 2020, on ne les verra donc plus sur le marché d'Arles, à la recherche de contrefaçons, ou contrôler les bars à chicha. "Au niveau local, toutes ces missions seront supprimées", préviennent-ils.

Source: La Provence (Christophe Vial)