Moustiques en Camargue : une prolifération inhabituelle qui perturbe aussi l’activité au Grau-du-Roi

Au Grau-du-Roi, la prolifération des moustiques observée cette année est officiellement qualifiée d’inhabituelle par la municipalité.

Modifié : 7 septembre 2026 à 14h36

MOUSTIQUES EN CAMARGUE : CETTE ANNÉE, LA NUISANCE PREND UNE AUTRE DIMENSION

Des niveaux d’eau élevés et des conditions météorologiques particulières ont favorisé une importante présence de moustiques.

 

Au Grau-du-Roi, la prolifération des moustiques observée cette année est officiellement qualifiée d’inhabituelle par la municipalité. Face à la situation, les opérations de démoustication ont été engagées dès le mois de janvier, avec 640 hectares déjà traités dans la commune. Mais la nuisance reste perceptible dans plusieurs secteurs, notamment lorsque les vents favorisent le déplacement des moustiques depuis les zones humides voisines.

Une situation jugée inhabituelle

La présence importante de moustiques observée cette année au Grau-du-Roi ne relève donc pas uniquement d’un ressenti des habitants ou des visiteurs. La municipalité fait état d’une prolifération inhabituelle, qu’elle relie notamment aux conditions météorologiques exceptionnelles enregistrées durant l’hiver 2026 et aux niveaux d’eau élevés.

Dès les premières alertes, la ville a sollicité l’EID Méditerranée, organisme public chargé du contrôle des moustiques nuisants issus notamment des zones humides littorales et rétro-littorales. Les premières interventions ont ainsi débuté dès janvier, plus tôt que le calendrier habituel. Des traitements aériens ont notamment été réalisés au début du mois de février. Au total, 640 hectares avaient déjà été traités dans la commune selon la municipalité.

Cette mobilisation s'inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre les moustiques issus des zones humides. L’EID Méditerranée rappelle que certaines espèces, notamment Aedes caspius et Aedes detritus, sont particulièrement associées aux milieux humides et peuvent provoquer d’importantes nuisances lorsqu’elles émergent en nombre.

Des moustiques qui peuvent parcourir plusieurs kilomètres

La difficulté tient également à la capacité de dispersion des moustiques adultes. Les traitements permettent de réduire les populations larvaires sur les secteurs ciblés, mais ils ne peuvent pas empêcher systématiquement l’arrivée d’insectes provenant de zones voisines.

L’EID Méditerranée a ainsi documenté, dès le mois de mars, des déplacements de moustiques favorisés par les vents, avec des adultes pouvant être transportés depuis des zones où les larves se développent vers des secteurs urbanisés. Dans le Gard, l’organisme signalait notamment des vagues de migration d’Aedes detritus favorisées par les vents porteurs.

Le phénomène est particulièrement sensible dans un territoire comme le Grau-du-Roi, directement entouré par des lagunes, marais et autres zones humides. Le Parc naturel régional de Camargue rappelle que les précipitations, mais aussi la gestion des niveaux d’eau, jouent un rôle important dans le cycle de développement et l’abondance des moustiques.

Une nuisance qui dépasse le simple inconfort

Au-delà des piqûres et de la gêne ressentie au quotidien, cette situation peut également avoir des répercussions sur les activités qui dépendent de la fréquentation extérieure.

Restaurants, cafés, campings et établissements touristiques sont particulièrement exposés lorsque les moustiques rendent les soirées en terrasse ou les moments passés dehors moins agréables. Pour les professionnels du littoral, l’enjeu est donc aussi économique, alors que l’activité touristique repose largement sur la possibilité de profiter des espaces extérieurs.

L’importance du secteur touristique et des services dans l’économie locale permet de mesurer l’enjeu. Selon les données de l’Insee, le territoire de Terre de Camargue comptait en 2023 près de 6 800 emplois, dont plus de la moitié dans le commerce, les transports et les services. En 2025, le secteur du commerce, de l’hébergement et de la restauration représentait par ailleurs le premier ensemble de créations d’établissements parmi les activités marchandes hors agriculture.

Une surveillance qui se poursuit

La situation n’est toutefois pas figée. Les populations de moustiques évoluent en fonction des niveaux d’eau, des mises en eau, des précipitations et des conditions de vent. L’EID Méditerranée poursuit donc ses opérations de surveillance et de traitement tout au long de la saison.

Dans ses bulletins opérationnels publiés cet été, l’organisme a régulièrement signalé des interventions dans les zones humides et rappelé que les conditions météorologiques pouvaient favoriser de nouvelles éclosions. Au 10 août, près de 16 000 hectares avaient été traités à l’échelle de sa zone d’intervention depuis le début de l’année 2026, avec la mise en œuvre de moyens aériens, de drones et de traitements terrestres.

Au Grau-du-Roi comme dans d’autres communes de Camargue, la lutte contre les moustiques apparaît ainsi comme un travail permanent, à la croisée des enjeux environnementaux, sanitaires, résidentiels et économiques. Pour les habitants comme pour les professionnels, la question reste surtout celle d’un retour à un niveau de nuisance plus supportable, notamment lors des soirées estivales.