MÉTROPOLE AIX-MARSEILLE-PROVENCE : 2026 SAUVÉE, MAIS LE MUR BUDGÉTAIRE EST-IL SIMPLEMENT REPOUSSÉ À 2027 ?

Nicolas Isnard présente aux maires une nouvelle solution pour sortir de la crise du budget 2026 de la Métropole Aix-Marseille-Provence. Les dotations des communes seraient préservées, mais 2027 s’annonce déjà particulièrement difficile.

Modifié : 16h10

MÉTROPOLE AIX-MARSEILLE-PROVENCE

 Métropole Aix-Marseille-Provence : le budget 2026 peut-il être sauvé sans préparer une crise en 2027 ?

 

Nicolas Isnard doit présenter ce jeudi 8 octobre aux maires de la Métropole une nouvelle copie destinée à sortir de l’interminable crise budgétaire de 2026. Le principe : préserver les dotations versées aux communes et trouver ailleurs les économies nécessaires. Une solution susceptible de débloquer la situation à court terme. Mais avec des recettes durablement contraintes et des dépenses importantes, notamment dans les transports, la question reste entière : que se passera-t-il en 2027 ?

Le feuilleton budgétaire de la Métropole Aix-Marseille-Provence connaîtra un nouvel épisode ce jeudi 8 octobre.

Le président de l’institution, Nicolas Isnard, doit présenter aux 92 maires une nouvelle architecture budgétaire avant le prochain conseil métropolitain. Son objectif est clair : trouver enfin une majorité permettant de sortir de la crise ouverte au printemps et de refermer l’exercice 2026.

La Métropole avait refusé, le 28 avril, d’adopter son budget 2026, estimant ne plus pouvoir présenter un budget sincère et équilibré. L’institution chiffrait alors à 120 millions d’euros en deux ans la perte liée à la diminution des concours de l’État. L’absence de vote avait entraîné la saisine de la Chambre régionale des comptes puis l’intervention du préfet pour arrêter le budget. 

Un trou initial de 144 millions d’euros

Au fil des mois, l’équation s’est précisée : 144 millions d’euros étaient à trouver pour équilibrer le budget 2026.

Une première série d’efforts a permis d’identifier environ 91 millions d’euros d’économies, laissant encore quelque 53 millions d’euros à dégager. 

C’est sur ces 53 millions que se concentre désormais toute la bataille.

Le préfet avait choisi en juin de réduire de 53 millions d’euros les attributions de compensation (AC) versées aux communes, certaines étant considérées comme indues par la Chambre régionale des comptes. Une décision immédiatement explosive pour les maires concernés. 

Nicolas Isnard avait alors tenté une autre voie : préserver les attributions de compensation mais diminuer la dotation de solidarité communautaire (DSC), avec un mécanisme permettant de compenser cette baisse par des fonds de concours destinés aux investissements communaux.

Cette solution a, elle aussi, échoué.

Le 10 septembre, la décision modificative a été rejetée à une voix près par le conseil métropolitain. 

Désormais, ne toucher ni aux AC ni à la DSC

C’est donc une troisième voie que Nicolas Isnard veut désormais emprunter.

Le principe politique est beaucoup plus simple à expliquer aux maires : ne toucher ni aux attributions de compensation ni à la dotation de solidarité communautaire en 2026.

Autrement dit, les communes conserveraient le niveau des dotations sur lequel elles comptaient.

Mais financièrement, le problème ne disparaît évidemment pas pour autant.

Si les 53 millions ne sont plus prélevés sur les versements aux communes, ils doivent être trouvés ailleurs dans le budget métropolitain.

Nicolas Isnard l’avait annoncé dès le 24 septembre : il faudrait aller plus loin dans les économies et, selon son expression, « gratter tous les fonds de tiroir ». 

Des économies partout… et la fin annoncée de certaines gratuités

Plusieurs pistes ont déjà été dévoilées.

La Métropole veut notamment revoir sa politique de gratuité des transports. Nicolas Isnard a annoncé son intention de mettre fin à la gratuité totale historique dans le pays d’Aubagne et aux gratuités dont bénéficient certaines catégories d’usagers ailleurs dans la Métropole, pour aller vers une tarification sociale fondée sur les revenus. 

Mais cette mesure ne suffira pas : les premières estimations évoquées publiquement ne permettraient de récupérer que quelques millions d’euros.

Il faudra donc additionner de nombreuses économies : fonctionnement, locaux, véhicules, communication, investissements éventuellement reportés, subventions ou dépenses réexaminées.

La Métropole a également annoncé une harmonisation de la cotisation foncière des entreprises (CFE) : selon Nicolas Isnard, environ 50 000 entreprises verraient leur contribution augmenter tandis que 70 000 la verraient diminuer. 

2026 : une sortie de crise possible

La nouvelle copie présente néanmoins un avantage politique évident.

En préservant à la fois les AC et la DSC, Nicolas Isnard retire de la table les deux sujets qui ont successivement fait exploser les compromis précédents.

Le président espère ainsi réunir une majorité autour d’une solution permettant enfin de boucler 2026.

Mais même si l’opération réussit, elle ne constituera pas nécessairement une réponse durable.

Car les difficultés financières de la Métropole ne sont pas uniquement liées à un accident ponctuel.

Dans ses propres orientations budgétaires, l’institution reconnaissait déjà un contexte de fortes contraintes budgétaires et une diminution de son autonomie financière. Elle indiquait notamment que les reversements de l’État liés aux com  pensations fiscales avaient diminué de 39 millions d’euros depuis 2024. 

Dans le même temps, les besoins restent considérables, particulièrement dans les transports, secteur dans lequel la Métropole s’était fixé une ambition d’investissement de 300 millions d’euros par an. 

Et en 2027 ?

C’est donc probablement la véritable question de la réunion de jeudi.

Trouver 53 millions d’euros supplémentaires en fin d’exercice 2026 est une chose. Construire douze mois plus tard un nouveau budget à l’équilibre en est une autre.

Le gouvernement lui-même a reconnu le caractère exceptionnel de la situation en lançant cet été une mission consacrée à la situation et au devenir de la Métropole, confiée à l’ancien ministre Dominique Bussereau et à Jean-François Debat, président du Comité des finances locales. 

David Ytier, vice-président métropolitain chargé des finances, avait lui-même résumé la gravité de la situation mi-septembre en estimant que, sans évolution, la Métropole allait « dans le mur ». 

La nouvelle proposition de Nicolas Isnard peut donc constituer une porte de sortie pour 2026 sans être encore une solution pour 2027.

Et derrière la bataille technique des AC, de la DSC et des décisions modificatives se profile désormais une question beaucoup plus politique : faudra-t-il en 2027 réduire davantage les dépenses et les investissements, diminuer certaines aides, augmenter certaines recettes — voire solliciter davantage les contribuables et les usagers ?

La réunion des maires de ce jeudi permettra peut-être de refermer le dossier 2026.

Mais elle ouvrira presque immédiatement celui, autrement plus difficile, de 2027.