MARSEILLE : LA CHAMBRE RÉGIONALE DES COMPTES ÉPINGLE LA GESTION MUNICIPALE, BENOÎT PAYAN CONTESTE
Absentéisme, recrutements, dette et dysfonctionnements : la Chambre régionale des comptes critique la gestion de Marseille. Benoît Payan conteste.
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Marseille : la Chambre régionale des comptes critique la gestion de la mairie, Benoît Payan répond
Absentéisme en hausse, recrutements insuffisamment encadrés, réorganisations successives et fragilités financières : la Chambre régionale des comptes dresse un bilan critique de la gestion de la Ville de Marseille entre 2018 et 2024. Le maire Benoît Payan conteste plusieurs conclusions, estimant que les magistrats ne tiennent pas suffisamment compte de l'héritage de l'ancienne municipalité et des réformes engagées depuis 2020. Le rapport doit être débattu lors du conseil municipal du vendredi 16 octobre.
Une gestion municipale passée au crible
C'est un rapport qui devrait alimenter les débats politiques marseillais. La Chambre régionale des comptes (CRC) Provence-Alpes-Côte d'Azur s'est penchée sur le fonctionnement de la deuxième ville de France, en examinant une période allant de 2018 à 2024.
Cette période recouvre la fin des mandats de Jean-Claude Gaudin, puis l'arrivée du Printemps marseillais en 2020, avec Michèle Rubirola et ensuite Benoît Payan.
Les magistrats financiers ne décrivent pas une municipalité confrontée à une fraude généralisée. Ils pointent surtout des insuffisances persistantes dans l'organisation administrative, les ressources humaines, le contrôle interne et la gestion financière.
Près de 1 800 agents supplémentaires, mais davantage d'absentéisme
C'est l'un des chiffres les plus frappants du rapport.
Selon les données publiées par La Provence, les effectifs municipaux sont passés de 14 426 agents en 2018 à 16 188 en 2024, en équivalents temps plein majorés.
Dans le même temps, le taux d'absentéisme a progressé de 20,4 % à 23,4 %. La Chambre relève un absentéisme supérieur de 43 % aux références nationales retenues pour sa comparaison.
Pour les magistrats, la Ville doit donc renforcer son pilotage des ressources humaines et se doter d'une véritable stratégie de prévention des absences.
L'enjeu est important : un absentéisme élevé désorganise les services, nécessite des remplacements et peut peser sur la qualité du service public.
Une administration trop souvent réorganisée ?
La Chambre régionale des comptes souligne également l'instabilité de l'organisation municipale.
Depuis 2018, Marseille a connu quatre grandes réorganisations administratives et cinq directeurs généraux des services.
Ces changements ne concernent pas exclusivement l'équipe actuelle. Ils illustrent néanmoins, selon les magistrats, des difficultés à construire une organisation durable, accompagnée d'objectifs précis et d'indicateurs permettant de mesurer les résultats.
La Chambre regrette notamment l'absence d'évaluations suffisamment approfondies des différentes réformes engagées.
Elle pointe également des insuffisances dans certaines procédures de recrutement, ainsi que dans les dispositifs de prévention des risques d'atteinte à la probité.
Attention toutefois à ne pas confondre ces observations avec des accusations de corruption : les magistrats soulignent ici la nécessité de renforcer les contrôles et les garanties administratives.
Finances municipales : des progrès, mais des fragilités
Sur les finances publiques, le tableau est plus nuancé.
La dette municipale aurait diminué d'environ 22 % depuis 2018, une évolution mise en avant par la municipalité.
Mais la Chambre observe que l'endettement par habitant reste élevé, environ deux fois supérieur à celui de collectivités comparables selon les références utilisées.
Les magistrats relèvent également des lacunes dans la fiabilité des comptes, la gestion de la trésorerie et la connaissance du patrimoine municipal.
Autrement dit, Marseille peut améliorer certains indicateurs financiers tout en conservant des faiblesses importantes dans ses méthodes de gestion.
Pourquoi Benoît Payan conteste-t-il le rapport ?
Le maire de Marseille rejette plusieurs appréciations des magistrats financiers.
Il leur reproche notamment de ne pas suffisamment distinguer la situation héritée de l'ancienne municipalité et les transformations entreprises depuis l'arrivée de sa majorité en 2020.
Benoît Payan met en avant les efforts de modernisation de l'administration, les recrutements destinés à renforcer les services publics et les progrès réalisés dans la gestion financière.
Concernant l'absentéisme, il estime que ce phénomène ne peut être analysé sans tenir compte des conditions de travail, de l'état de santé des agents et de facteurs qui dépassent la seule gestion municipale.
Sur les réorganisations, la municipalité défend une démarche de transformation d'une administration considérée comme insuffisamment adaptée aux besoins de Marseille.
Le désaccord porte donc autant sur les constats que sur leur interprétation : là où la Chambre dénonce un manque de pilotage et d'évaluation, Benoît Payan revendique des réformes dont les résultats doivent, selon lui, être appréciés dans la durée.
Un débat attendu vendredi 16 octobre
Le rapport doit être présenté au conseil municipal de Marseille, vendredi 16 octobre 2026.
Les élus devront notamment débattre de la politique de recrutement, de l'absentéisme, de l'organisation administrative et de la trajectoire financière de la Ville.
Au-delà de l'affrontement entre majorité et opposition, une question essentielle demeure : comment garantir que les moyens humains et financiers engagés par Marseille se traduisent effectivement par une amélioration du service rendu aux habitants ?
Car c'est bien le cœur des observations de la Chambre régionale des comptes : disposer de davantage de moyens ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir démontrer que ces moyens sont utilisés efficacement.
Le conseil municipal du 16 octobre sera donc l'occasion, pour la municipalité, de détailler les mesures qu'elle entend mettre en œuvre pour répondre aux recommandations des magistrats financiers.
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