Les kinésithérapeutes peuvent désormais prescrire certains médicaments : ce que change la réforme

C’est une évolution importante pour la profession. Depuis la publication au Journal officiel de l’arrêté du 14 septembre 2026, les masseurs-kinésithérapeutes peuvent prescrire, dans le cadre de leurs compétences et auprès des patients qu’ils prennent en charge, une liste nettement élargie de dispositifs médicaux et, désormais, certains médicaments.

Modifié : 15h03

Les kinésithérapeutes peuvent désormais prescrire certains médicaments : ce que change la réforme
Crédit : fmms.fr

Depuis le 16 septembre 2026, les masseurs-kinésithérapeutes disposent d’un droit de prescription élargi à 58 catégories de produits de santé, dont plusieurs médicaments.

 

C’est une évolution importante pour la profession. Depuis la publication au Journal officiel de l’arrêté du 14 septembre 2026, les masseurs-kinésithérapeutes peuvent prescrire, dans le cadre de leurs compétences et auprès des patients qu’ils prennent en charge, une liste nettement élargie de dispositifs médicaux et, désormais, certains médicaments. Le texte remplace la liste établie en 2006 et porte à 58 le nombre de catégories de produits concernés.

Éviter des consultations uniquement nécessaires pour obtenir une prescription

Pour les patients suivis en kinésithérapie, la réforme peut concrètement simplifier certaines démarches. Jusqu’ici, lorsqu’un besoin en matériel ou en produit de santé apparaissait au cours de la prise en charge, le patient pouvait devoir solliciter son médecin afin d’obtenir une ordonnance, alors même que le besoin était directement lié à sa rééducation.

Le nouveau cadre permet désormais au kinésithérapeute de prescrire lui-même certains produits relevant de son champ de compétence. Sont notamment concernés les cannes, béquilles, déambulateurs, certaines attelles, les ceintures de soutien lombaire, certains fauteuils roulants, les lits médicalisés en location, ainsi que différents dispositifs utilisés dans la rééducation et le suivi des patients.

Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large de décloisonnement entre les professions de santé. La loi du 26 avril 2021 avait déjà élargi le droit de prescription des masseurs-kinésithérapeutes aux produits de santé nécessaires à leur exercice, avec une liste devant être précisée par arrêté.

Des médicaments entrent désormais dans le champ de prescription

La principale nouveauté réside dans l’arrivée de médicaments au sein de cette liste. Les kinésithérapeutes peuvent notamment prescrire des antalgiques de palier 1, des myorelaxants, des mucolytiques, des substituts nicotiniques et certains antiseptiques locaux. Certaines crèmes cicatrisantes, hydratantes ou anesthésiantes ainsi que du sérum physiologique figurent également parmi les produits autorisés.

Le cadre reste toutefois précis. Les myorelaxants et les antalgiques de palier 1 ne peuvent pas être prescrits sous forme injectable. Quant au sérum salé hypertonique destiné à la nébulisation, sa prescription est limitée au renouvellement d’une prescription. Les antiseptiques contenant des composés iodés sont également exclus.

À noter également : contrairement à certaines présentations de la réforme, les anti-inflammatoires ne figurent pas dans la liste publiée au Journal officiel. L’arrêté mentionne bien les antalgiques de palier 1, mais pas cette catégorie de médicaments.

Une liste passée de 2006 à 58 catégories

L’arrêté du 14 septembre 2026 abroge le précédent texte datant du 9 janvier 2006. La nouvelle liste comprend désormais 58 catégories de produits et dispositifs médicaux. Elle couvre un éventail particulièrement large : aides à la mobilité, orthèses, matériel de transfert, équipements de prévention des escarres, dispositifs de contention, matériel d’électrostimulation, appareils de mesure comme les tensiomètres ou oxymètres de pouls, mais aussi différents pansements et produits destinés aux soins.

Les fauteuils roulants font également partie du dispositif, mais dans un cadre défini par l’arrêté, notamment pour certaines locations d’une durée inférieure à trois mois. Les lits médicalisés peuvent eux aussi être prescrits en location.

Un droit de prescription qui reste strictement encadré

Cette réforme ne transforme pas les kinésithérapeutes en prescripteurs disposant des mêmes prérogatives que les médecins. Leur droit reste limité aux produits expressément prévus par l’arrêté et doit s’exercer dans le cadre de leurs compétences professionnelles.

Le texte précise notamment que la prescription concerne les patients pris en charge par le masseur-kinésithérapeute et qu’elle s’effectue sauf indication contraire du médecin. Les produits et matériels utilisés pendant la séance sont par ailleurs exclus du champ de prescription prévu par cette nouvelle liste, sauf indication contraire du médecin.

Le Code de la santé publique prévoit lui-même que les masseurs-kinésithérapeutes peuvent prescrire, sauf indication contraire du médecin, les produits de santé nécessaires à leur profession, dans les limites fixées par arrêté.

Qu’en est-il du remboursement ?

L’élargissement du droit de prescription ne signifie pas automatiquement que tous les produits prescrits seront remboursés. La prise en charge par l’Assurance maladie dépend notamment des règles applicables au produit concerné et de son inscription sur les listes ouvrant droit au remboursement. Pour les médicaments, l’Assurance maladie rappelle que la prise en charge dépend notamment de leur inscription sur la liste des médicaments remboursables et du respect des conditions réglementaires de prescription.

Il convient donc de distinguer deux questions : le kinésithérapeute a-t-il le droit de prescrire le produit ? et ce produit est-il remboursable dans les conditions de prescription concernées ? Les deux ne se confondent pas.

Une réforme pensée pour fluidifier le parcours de soins

En permettant au professionnel qui assure directement la rééducation de prescrire certains équipements et produits nécessaires à cette prise en charge, la réforme peut éviter certaines démarches supplémentaires pour les patients. Elle répond également à une évolution progressive du rôle des masseurs-kinésithérapeutes dans le système de santé.

Cette logique de simplification avait déjà été engagée par la loi du 26 avril 2021, qui a élargi le droit de prescription de la profession et renforcé certaines possibilités d’adaptation des soins.

La réforme peut donc contribuer à réduire le nombre de consultations médicales uniquement destinées à obtenir certains produits directement liés à une rééducation. En revanche, il reste prématuré d'affirmer qu’elle permettra de réaliser un montant précis d’économies pour l’Assurance maladie : le texte réglementaire fixe surtout un nouveau cadre de prescription et ne fournit pas de chiffrage officiel des économies attendues.

Une date d’entrée en vigueur à bien retenir

Dernière précision importante : le 14 septembre 2026 correspond à la date de signature de l’arrêté, et non à sa date d’entrée en vigueur. Le texte a été publié au Journal officiel du 16 septembre 2026, date à laquelle la nouvelle liste est devenue applicable.

Pour les patients comme pour les professionnels, le changement est donc effectif depuis le 16 septembre : le kinésithérapeute dispose désormais d’un éventail de prescription beaucoup plus large, mais toujours défini par une liste réglementaire précise.