Inondations : de Martigues à Arles, comment les maires ont agi, avec quels moyens et sous quelle autorité ?
Un homme a perdu la vie à Saint-Mitre-les-Remparts, des habitants ont été évacués, des logements et des équipements publics ont été endommagés.
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Des maires en première ligne face à une situation exceptionnelle
Les images des rues submergées, des véhicules immobilisés et des habitations envahies par les eaux ont marqué les esprits. Mais derrière ces images, une autre réalité mérite d’être expliquée : celle des décisions prises dans l’urgence par les municipalités.
Fermer une route, ouvrir un gymnase, accueillir une famille évacuée, mobiliser les services techniques, informer les habitants ou demander des renforts : autant de décisions qui peuvent relever de l’action communale.
Les intempéries du 20 octobre ont montré combien cette organisation est essentielle.
Elles ont également révélé une difficulté majeure : les communes ne disposent pas toutes des mêmes ressources et ne sont pas confrontées aux mêmes dangers.
Martigues : des équipements transformés en lieux d’accueil et une demande de catastrophe naturelle
À Martigues, la municipalité conduite par Gaby Charroux a mobilisé ses services pour faire face aux conséquences des fortes précipitations.
Le Plan communal de sauvegarde a été maintenu afin de coordonner les interventions et les mesures de protection.
Le gymnase Chave et le forum de la médiathèque ont été aménagés pour accueillir les habitants sinistrés ou mis en sécurité.
Cette mobilisation a dû tenir compte des dommages subis par les équipements municipaux eux-mêmes. Plusieurs installations sportives ont été touchées, réduisant les possibilités d’accueil et obligeant les services à adapter leur organisation.
Les agents municipaux, en coordination avec les services métropolitains et les secours, ont été mobilisés pour sécuriser les espaces publics, dégager les voies et accompagner les habitants.
Des fermetures préventives d’équipements accueillant du public ont également été décidées.
Autre décision importante : la Ville a annoncé qu’elle demandait la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle.
Cette démarche ne signifie pas que la reconnaissance est déjà accordée. La décision appartient à l’État, après instruction de la demande communale.
Pour les habitants dont les logements et les biens ont été endommagés, cette procédure peut jouer un rôle déterminant dans les conditions d’indemnisation des dommages relevant de la garantie catastrophes naturelles.
L’exemple de Martigues illustre la double responsabilité d’une municipalité : gérer l’urgence immédiate, puis accompagner les sinistrés dans les conséquences administratives et matérielles de la catastrophe.
Saint-Mitre-les-Remparts : protéger les habitants dans une commune frappée par un drame
À Saint-Mitre-les-Remparts, les inondations ont pris une dimension tragique avec le décès d’un homme emporté par les eaux.
Ce drame rappelle la rapidité avec laquelle des ruissellements violents peuvent mettre des vies en danger.
La municipalité a activé son Plan communal de sauvegarde et engagé des mesures de protection de la population.
Plusieurs axes ont été fermés ou signalés comme dangereux, notamment dans les secteurs de Massane et de Saint-Blaise, ainsi qu’aux abords de la zone d’activités des Étangs.
Le théâtre La Manare a été mobilisé comme lieu d’accueil pour les personnes sinistrées.
La commune a également fermé les crèches municipales et le centre de loisirs par précaution.
Dans une telle situation, la municipalité doit gérer simultanément l’information des habitants, les restrictions de circulation, les besoins d’hébergement et les conséquences humaines de la catastrophe.
La mobilisation des services municipaux s’inscrit alors dans une chaîne de secours beaucoup plus large, associant notamment les sapeurs-pompiers et les services de l’État.
Port-de-Bouc : des évacuations organisées avec des moyens communaux
À Port-de-Bouc, le Plan communal de sauvegarde a été activé.
La salle Youri Gagarine a été ouverte afin d’accueillir les habitants confrontés aux conséquences des inondations.
Des équipements d’accueil et des boissons chaudes ont été mis à disposition.
Dans le quartier des Arcades, une évacuation préventive a été organisée conjointement par les secours et la municipalité.
Deux minibus ont été mobilisés pour assurer le transport des personnes concernées vers le lieu d’accueil.
Les agents municipaux, les élus et la réserve communale de sécurité civile ont participé à la mobilisation.
Les services techniques sont également intervenus sur le réseau d’évacuation des eaux et dans les secteurs affectés.
Cet exemple est particulièrement révélateur : une commune peut disposer de moyens modestes à l’échelle des opérations de secours, mais déterminants pour assurer le transport, l’hébergement et l’accompagnement des habitants.
Istres : plusieurs lieux d’accueil et une mobilisation des services techniques
À Istres, le Plan communal de sauvegarde a également été activé.
La municipalité a mobilisé plusieurs équipements pour accueillir les habitants, notamment le gymnase Donadieu, le gymnase Arcelli à Entressen et la salle La Grange.
Des lits de camp, de l’eau et des boissons chaudes ont été mis à disposition.
Les services techniques sont intervenus pour faciliter l’écoulement des eaux et dégager les voies obstruées.
Les équipes municipales ont également assuré l’information des habitants, tandis que des fermetures de routes et d’équipements publics étaient décidées en fonction des risques.
Dans une ville comme Istres, qui comprend plusieurs secteurs urbains et des quartiers éloignés les uns des autres, l’organisation de la crise doit tenir compte de cette configuration géographique.
L’ouverture de plusieurs lieux d’accueil permet notamment de répartir les possibilités de mise à l’abri.
Arles, Saint-Chamas, Châteauneuf-les-Martigues et le bassin de Camargue : des territoires aux contraintes différentes
À Arles, l’étendue exceptionnelle du territoire communal constitue un défi supplémentaire en période de fortes précipitations.
Entre le centre-ville, les villages, les zones agricoles et les routes traversant la campagne, les interventions peuvent nécessiter une coordination sur de longues distances.
Lors de l’épisode du 20 octobre, plusieurs axes ont été affectés et la municipalité a organisé des mesures de protection et d’accueil.
Autour de l’étang de Berre, Saint-Chamas et Châteauneuf-les-Martigues présentent d’autres contraintes, liées notamment aux zones basses, aux écoulements et aux infrastructures routières.
À Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône, les enjeux de sécurité civile doivent également tenir compte de la présence d’activités industrielles, d’infrastructures portuaires et de secteurs exposés aux risques d’inondation.
Le périmètre de Radio Camargue comprend aussi le Gard, avec notamment Beaucaire, Fourques, Bellegarde et Saint-Gilles.
Ces communes relèvent d’un autre département, mais appartiennent à un bassin de vie étroitement lié à Arles et à la Camargue.
Leur prise en compte rappelle qu’un épisode météorologique ne s’arrête pas aux frontières administratives.
Pour autant, les risques et les interventions diffèrent selon les secteurs : toutes les communes n’ont pas nécessairement subi les mêmes dégâts ni eu à prendre les mêmes décisions le 20 octobre.
De quels moyens dispose réellement un maire ?
C’est la question centrale.
Contrairement à une idée répandue, le maire ne se contente pas de transmettre les consignes de la préfecture.
Il dispose de pouvoirs propres en matière de police administrative et de sécurité publique.
L’article L. 2212-2 du Code général des collectivités territoriales lui confie notamment la prévention des accidents et des catastrophes, ainsi que la mise en œuvre des mesures d’assistance et de secours relevant de ses compétences.
Concrètement, un maire peut prendre des arrêtés pour interdire l’accès à des secteurs dangereux, fermer des équipements municipaux, organiser la mise à l’abri des habitants et mobiliser les services de la commune.
Il peut également solliciter des moyens supplémentaires lorsque ceux de la municipalité ne suffisent pas.
Les agents municipaux, les véhicules communaux, les gymnases, les salles publiques et les équipements techniques constituent autant de ressources utilisables en situation de crise.
Certaines villes disposent en outre d’une réserve communale de sécurité civile composée de volontaires.
Mais ces moyens varient considérablement d’une collectivité à l’autre.
Une grande ville peut disposer de services techniques importants, tandis qu’une petite commune devra davantage compter sur les renforts extérieurs et la coopération intercommunale.
Le Plan communal de sauvegarde : un outil de préparation, pas une simple formalité
Le Plan communal de sauvegarde, ou PCS, permet d’anticiper l’organisation de la commune face à une catastrophe.
Il prévoit notamment les procédures d’alerte, les responsabilités des équipes municipales, les moyens disponibles et les conditions d’accueil ou de mise à l’abri des habitants.
Son activation permet de mettre en œuvre une organisation préparée en amont.
Dans certaines communes exposées à des risques particuliers, son élaboration est obligatoire.
Un Plan intercommunal de sauvegarde peut également compléter ce dispositif afin de mutualiser et de coordonner les moyens à une échelle plus large.
Mais un PCS ne supprime évidemment pas le risque d’inondation.
Il sert avant tout à améliorer la réaction des autorités et à protéger les populations lorsque le danger survient.
Les maires sont-ils sous la tutelle du préfet ?
Non. Les maires ne sont pas placés sous la tutelle hiérarchique générale du préfet.
C’est un principe essentiel de l’organisation territoriale française.
Les communes sont des collectivités territoriales qui s’administrent librement dans les conditions prévues par la loi.
Le maire exerce des compétences propres, notamment en matière de police municipale et de sauvegarde des populations.
Le préfet représente l’État dans le département. Il exerce notamment le contrôle de légalité des actes des collectivités et dispose de pouvoirs spécifiques pour assurer la sécurité publique.
Cela signifie qu’un maire peut prendre des mesures de protection sans attendre systématiquement une instruction préfectorale.
Mais lorsque la catastrophe prend une ampleur dépassant les capacités de la commune, l’organisation change.
À quel moment le préfet prend-il la direction des secours ?
Le Code de la sécurité intérieure apporte une réponse précise.
En application de ses articles L. 742-1 et L. 742-2, la direction des opérations de secours relève de l’autorité de police compétente.
En principe, le maire assure cette responsabilité à l’échelle communale.
Mais lorsqu’un sinistre peut dépasser les limites ou les capacités d’une commune, le préfet mobilise les moyens nécessaires et prend la direction des opérations de secours.
Il peut alors faire appel aux moyens de l’État, des collectivités territoriales et des établissements publics.
Si nécessaire, il peut également mobiliser ou réquisitionner des moyens privés.
Le préfet peut déclencher le dispositif ORSEC, c’est-à-dire l’Organisation de la réponse de sécurité civile.
Lorsqu’il prend la direction des secours, il en informe les maires des communes concernées.
Cela ne signifie pas que les élus locaux cessent d’agir.
Ils continuent d’assurer leurs missions de sauvegarde, d’accueil, d’information et d’accompagnement de la population.
La distinction est importante : le maire et le préfet n’exercent pas les mêmes responsabilités, mais leurs actions doivent se compléter.
Et les pompiers, qui les commande ?
Autre distinction essentielle : diriger les opérations de secours ne signifie pas commander personnellement chaque intervention.
Le directeur des opérations de secours est l’autorité administrative compétente, maire ou préfet selon les circonstances.
Le commandant des opérations de secours est chargé de la conduite opérationnelle des interventions, dans le cadre prévu par les textes.
Les sapeurs-pompiers disposent de leur propre organisation professionnelle et opérationnelle.
Le maire peut donc être directeur des opérations de secours sans diriger lui-même les équipes de pompiers sur le terrain.
Cette répartition des responsabilités vise à associer la décision administrative et l’expertise technique des secours.
Lorsque le Gard et les Bouches-du-Rhône sont concernés, qui coordonne ?
Chaque département relève de son propre préfet.
Les Bouches-du-Rhône et le Gard disposent donc de deux autorités préfectorales distinctes.
Lorsque les conséquences d’une catastrophe dépassent les capacités d’un département, des mécanismes de coordination zonale permettent de mobiliser et de répartir des renforts.
Les deux départements appartiennent à la zone de défense et de sécurité Sud.
Le préfet de zone peut intervenir dans le cadre de ses compétences pour organiser cette coordination et l’attribution de moyens supplémentaires.
C’est particulièrement important pour un territoire comme le nôtre, où les bassins de vie, les déplacements et certains risques naturels dépassent les limites départementales.
Les moyens financiers des communes sont-ils illimités ?
Non, loin de là.
Une catastrophe entraîne souvent des dépenses importantes : accueil des sinistrés, interventions techniques, nettoyage, sécurisation des bâtiments, réparation des routes et remise en état des équipements publics.
Ces charges peuvent peser lourdement sur les finances municipales.
Certaines interventions relèvent également d’autres collectivités ou gestionnaires, notamment des intercommunalités et des départements.
Les communes peuvent solliciter des aides selon la nature des dommages et les dispositifs applicables.
La reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle constitue un autre volet de l’après-crise.
C’est précisément la démarche annoncée par la Ville de Martigues.
Le maire peut demander cette reconnaissance pour sa commune, mais la décision appartient à l’État.
Pour les habitants, la reconnaissance peut permettre la mobilisation de la garantie catastrophes naturelles dans les contrats d’assurance concernés, sous réserve des conditions légales et contractuelles applicables.
Peut-on comparer l’action des différents maires ?
Il faut être prudent.
Le nombre de gymnases ouverts, d’agents mobilisés ou de routes fermées ne suffit pas à mesurer l’efficacité d’une municipalité.
Les besoins ne sont pas identiques d’une commune à l’autre.
Une ville qui ouvre plusieurs lieux d’accueil peut faire face à un grand nombre de personnes déplacées.
Une autre peut concentrer ses moyens sur la sécurisation d’un secteur particulièrement dangereux.
Une petite commune peut aussi s’appuyer sur une forte solidarité locale et des moyens intercommunaux.
La qualité de la réponse dépend notamment de la préparation, de la rapidité des décisions, de la coordination avec les secours et de la capacité à informer et protéger les habitants.
Il serait donc injustifié de dresser un classement des élus à partir de moyens engagés dans des circonstances différentes.
Après la catastrophe, une autre responsabilité commence
Une fois les eaux retirées, le travail municipal se poursuit.
Il faut accompagner les sinistrés, recenser les dommages, remettre en état les équipements publics et répondre aux besoins des habitants.
Les communes doivent également analyser le déroulement de la crise afin d’améliorer leurs procédures d’alerte et leurs dispositifs de prévention.
Les inondations du 20 octobre ont montré combien les maires occupent une place centrale dans la sécurité civile.
Ils disposent de véritables pouvoirs de décision, mais pas de moyens illimités. Ils ne sont pas sous la tutelle hiérarchique du préfet, tout en devant coopérer avec l’État lorsque la crise dépasse l’échelle communale.
De Martigues à Arles, de Port-de-Bouc à Istres et jusqu’aux communes gardoises de notre bassin de vie, la protection des habitants repose donc sur une responsabilité partagée : celle des élus locaux, des services de secours, des collectivités et de l’État.
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