De Paris à Metz : pourquoi Emmanuel Macron a-t-il finalement décidé d’assister à la messe du pape ?

Après avoir été absent des cérémonies religieuses de Léon XIV à Paris et Lourdes, Emmanuel Macron a finalement décidé d’assister à la messe de Metz. Radio Camargue décrypte ce changement d’agenda.

Modifié : 9h42

De Paris à Metz : pourquoi Emmanuel Macron a-t-il finalement décidé d’assister à la messe du pape ?
Crédit : Par Nebojša Tejić — https://www.flickr.com

Emmanuel Macron à la messe du pape à Metz : pourquoi ce changement d’agenda ?

 

Absent des célébrations religieuses présidées par Léon XIV à Paris et à Lourdes, Emmanuel Macron a finalement modifié son agenda pour assister, ce lundi 28 septembre, à la messe célébrée à la cathédrale Saint-Étienne de Metz. Un changement de programme tardif qui interroge, d’autant que l’Élysée avait jusqu’alors pris soin de distinguer les séquences diplomatiques des cérémonies religieuses. Alors, simple ajustement protocolaire ou choix politique et symbolique ?

Il y a bien eu un changement de pied.

Depuis le début de la visite de Léon XIV en France, Emmanuel Macron s’était tenu à l’écart des principales célébrations religieuses présidées par le souverain pontife.

Une précision toutefois : contrairement à ce qui a parfois été dit, le pape n’a pas célébré de messe à Notre-Dame de Paris vendredi 25 septembre. Il y a présidé les vêpres. La grande messe parisienne s’est déroulée le lendemain, samedi 26 septembre, place de la Concorde et sur les Champs-Élysées. Emmanuel Macron n’a assisté ni aux vêpres de Notre-Dame ni à cette messe. Il n’était pas non plus présent lors de la messe célébrée dimanche à Lourdes.  

Jusqu’à dimanche soir, la même logique devait prévaloir à Metz.

Le programme initial prévoyait qu’Emmanuel Macron participe à la grande séquence politique et diplomatique consacrée à « l’Europe, la paix et l’unité », au Centre des congrès Robert-Schuman, avant de quitter Metz sans assister à la célébration religieuse de 16 heures.

Puis l’agenda présidentiel a changé.

Un changement décidé au dernier moment

Selon plusieurs médias, l’Élysée a informé dimanche soir les organisateurs qu’Emmanuel Macron envisageait finalement d’assister à la messe. La présidence a ensuite confirmé lundi matin que le chef de l’État avait « réorganisé son agenda » pour être présent à la cathédrale Saint-Étienne, puis participer au départ officiel du pape depuis l’aéroport de Metz-Nancy-Lorraine.  

Reuters confirme que le président devait être présent à cette messe, alors qu’il n’avait participé à aucun des autres offices célébrés par Léon XIV durant son séjour français.  

La question est donc légitime : pourquoi Metz et pas Paris ou Lourdes ?

La laïcité ne suffit pas à expliquer le choix

Une première explication pourrait être celle de la prudence institutionnelle. La présence d’un président de la République française à une messe papale provoque régulièrement des débats sur la laïcité.

Mais cette explication a ses limites.

Emmanuel Macron avait lui-même assisté, le 23 septembre 2023, à la messe célébrée par le pape François au stade Vélodrome à Marseille.

Il avait alors expliqué qu’il s’y rendait non comme catholique mais comme président de la République, en distinguant clairement assistance à une cérémonie et participation religieuse. Cette présence avait néanmoins suscité une controverse politique. 

Il n’existe donc pas de règle institutionnelle empêchant le chef de l’État d’assister à une messe.

La laïcité peut expliquer une certaine prudence. Elle explique moins facilement pourquoi une présence jugée inutile à Paris devient soudain possible à Metz.

Metz n’est cependant pas une étape comme les autres

Il existe aussi une explication diplomatique beaucoup plus concrète.

La journée messine du pape est construite autour de l’Europe, de la paix et de la réconciliation franco-allemande, dans une ville dont l’histoire est étroitement liée aux conflits européens et à proximité de Scy-Chazelles, où vécut Robert Schuman.

Emmanuel Macron participait déjà au discours européen de Léon XIV. Rester ensuite auprès du pape jusqu’à la messe puis l’accompagner lors de son départ permet de donner une continuité institutionnelle à cette dernière journée du voyage pontifical.  

Selon les informations publiées lundi matin, la présence présidentielle à la messe accompagne également la décision d’Emmanuel Macron d’assurer lui-même le « congedo », la cérémonie officielle marquant le départ du souverain pontife.  

Cette lecture protocolaire est donc crédible.

Mais elle n’efface pas complètement l’interrogation sur le calendrier de la décision.

Et la dimension politique et médiatique ?

C’est probablement là que commence la zone où les faits ne suffisent plus à apporter une réponse définitive.

Le voyage de Léon XIV a bénéficié d’une forte exposition publique et médiatique. Par ailleurs, les relations entre Emmanuel Macron et le Vatican sont depuis plusieurs années particulièrement suivies.

Le Monde rapportait avant même l’arrivée du pape que l’Élysée avait souhaité organiser à Notre-Dame une rencontre permettant au président de présenter personnellement à Léon XIV les artisans et acteurs de la reconstruction de la cathédrale. Le Vatican n’avait pas donné suite à cette proposition, souhaitant éviter de donner une dimension trop politique à cette séquence religieuse.  Il serait cependant excessif d’en déduire que le chef de l’État aurait décidé de se rendre à Metz simplement pour retrouver une place dans la lumière médiatique entourant le pape.

Aucune source sérieuse ne permet de l’affirmer.

On peut seulement constater une succession de faits : une absence annoncée aux cérémonies religieuses, un déplacement pontifical particulièrement visible, puis une modification tardive de l’agenda présidentiel permettant à Emmanuel Macron d’accompagner Léon XIV jusqu’au terme de son séjour français.

À chacun d’y voir une adaptation protocolaire, un choix diplomatique ou une décision de communication.

Plus qu’un revirement religieux, un changement de mise en scène présidentielle

La comparaison avec Marseille en 2023 apporte finalement une clé intéressante.

Emmanuel Macron n’a jamais posé comme principe qu’un président de la République ne pouvait pas assister à une messe. Il l’avait au contraire revendiqué publiquement lors de la venue de François.

Le véritable contraste se situe donc moins entre laïcité et religion qu’entre deux décisions présidentielles prises à quelques jours d’intervalle : rester à distance des cérémonies parisiennes, puis modifier au dernier moment son agenda pour entrer dans la cathédrale de Metz.

Le changement est incontestable.

Ses motivations exactes, elles, ne sont pas documentées à ce stade.

Et c’est précisément ce qui rend cette séquence politique intéressante : dans un déplacement où chaque symbole, chaque image et chaque geste protocolaire sont soigneusement préparés, la décision présidentielle de dernière minute constitue en elle-même une information.