Blocus des lycées : main arrachée, œil perdu, visage brûlé… le lourd bilan humain de la mobilisation
Main arrachée à Lens, œil perdu, mâchoire fracturée, passante éborgnée à Aix-en-Provence, femme brûlée au visage à Marseille, professeur aspergé d’essence à La Ciotat : le point sur les blessures physiques les plus graves recensées autour du mouvement lycéen.
De Lens à Marseille en passant par Tours, Aix-en-Provence et La Ciotat, plusieurs incidents survenus depuis le début des blocages ont fait des blessés graves.
Alors que la mobilisation lycéenne se poursuit en France, plusieurs incidents ont marqué les derniers jours par la gravité des blessures infligées. Un adolescent de 15 ans a perdu une main à Lens après l’explosion d’une grenade, un lycéen de 16 ans a perdu l’usage d’un œil à Tours et un autre, âgé de 14 ans, a subi de lourdes blessures à la mâchoire dans le Val-d’Oise. Dans les Bouches-du-Rhône, une passante a été grièvement blessée à Aix-en-Provence, une femme brûlée au visage à Marseille et un enseignant aspergé d’essence à La Ciotat. Des enquêtes sont en cours pour déterminer précisément les circonstances et les responsabilités dans ces différentes affaires.
À Lens, un adolescent de 15 ans perd une main
Le drame le plus récent s’est produit lundi 5 octobre à Lens, dans le Pas-de-Calais. Aux abords du lycée professionnel Auguste-Béhal, un adolescent de 15 ans a été très grièvement blessé alors que plusieurs centaines de jeunes étaient rassemblés.
Selon les premiers éléments communiqués par le préfet du Pas-de-Calais et le procureur de Béthune, relayés notamment par Le Parisien et Reuters, le jeune homme aurait ramassé une grenade de désencerclement lancée par les CRS. L’engin a ensuite explosé dans sa main gauche.
Le lycéen a perdu sa main et a été pris en charge par les secours avant d’être transporté en urgence au CHR de Lille. Une enquête doit désormais permettre d'établir précisément le déroulement des faits et les circonstances dans lesquelles l’engin a explosé.
À Tours, un lycéen de 16 ans perd l’usage d’un œil
Quelques jours auparavant, à Tours, un autre adolescent a été victime d’une blessure particulièrement grave.
Âgé de 16 ans, le lycéen avait été blessé mercredi 30 septembre lors d’incidents survenus en marge du blocage d’un établissement. Les examens médico-légaux ont établi que les lésions constatées à son œil étaient « compatibles » avec l’impact d’une balle de défense de type LBD.
L’adolescent a finalement perdu l’usage de son œil droit. Sa famille a depuis déposé plainte pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique. L’Inspection générale de la police nationale, l’IGPN, poursuit son enquête afin de déterminer les circonstances exactes du tir.
La préfecture d’Indre-et-Loire rappelle de son côté que les forces de l’ordre étaient intervenues avec les pompiers alors que plusieurs incendies avaient été allumés et que les policiers étaient notamment visés par des jets de projectiles. Les circonstances précises de la blessure restent donc au cœur des investigations.
À Saint-Ouen-l’Aumône, un adolescent de 14 ans grièvement blessé à la mâchoire
Le lundi 28 septembre, au lycée professionnel Château-d’Épluches, à Saint-Ouen-l’Aumône dans le Val-d’Oise, un adolescent de 14 ans a lui aussi été gravement blessé lors d’une intervention des forces de l’ordre.
Selon son avocate, citée par l’AFP, le jeune souffre notamment d’une double fracture de la mâchoire ainsi que de nombreuses dents cassées. Il a dû être hospitalisé et devait subir une intervention chirurgicale importante.
L’IGPN a été saisie et le Défenseur des droits s’est également saisi du dossier. Les circonstances exactes du tir et les responsabilités éventuelles doivent encore être établies. Une autre procédure concerne parallèlement des violences que l’adolescent est soupçonné d’avoir commises à l’encontre d’un policier.
À Aix-en-Provence, une passante grièvement blessée au visage
À Aix-en-Provence, la victime n’était pas une participante au mouvement.
Jeudi 1er octobre, alors que des incidents opposaient des jeunes aux forces de l’ordre dans le centre-ville, une passante de 51 ans a été atteinte au visage par une pierre, près de la place de la Rotonde. Elle a été hospitalisée et souffre d’une blessure extrêmement grave à l’œil.
Un adolescent de 17 ans a été interpellé lundi 5 octobre. Il est soupçonné d’avoir lancé le projectile. Selon le parquet, le jeune homme a reconnu avoir lancé des pierres en direction des forces de l’ordre, tout en affirmant ne pas avoir voulu atteindre une personne en particulier.
À ce stade, le procureur évoque une possible infirmité permanente si la vision de l’œil touché ne peut être récupérée. Une source proche du dossier a toutefois indiqué que la victime aurait perdu cet œil. Le statut médical définitif de la victime devra donc encore être précisé.
À Marseille, une femme brûlée au visage
Jeudi 1er octobre, à Marseille, une autre passante a été prise pour cible alors qu’elle tentait de s’opposer à des dégradations sur un abribus, place du 4-Septembre.
Un jeune homme dont le visage était dissimulé aurait utilisé un aérosol et un briquet pour projeter une flamme en direction du visage de la femme. Cette dernière a été brûlée au premier degré.
Un adolescent de 15 ans et demi a été interpellé. Il a reconnu les faits durant sa garde à vue et a depuis été mis en examen pour « acte de barbarie » et placé en détention provisoire, selon le parquet.
À La Ciotat, un professeur aspergé d’essence
Vendredi 2 octobre, devant le lycée Méditerranée de La Ciotat, un professeur de physique-chimie est intervenu alors qu’un feu avait été allumé à proximité de l’établissement.
Alors qu’il tentait de l’éteindre, l’enseignant a été aspergé d’essence avant de recevoir un coup de pied. Il se trouvait alors à proximité immédiate des flammes.
Le professeur a porté plainte et le parquet de Marseille a ouvert une enquête pour violences avec circonstances aggravantes, notamment en raison de l’utilisation d’une arme, du visage dissimulé de l’agresseur et de la qualité de personne chargée d’une mission de service public de la victime.
Un lycéen de 16 ans a été interpellé dimanche à Marseille et placé en garde à vue dans le cadre de cette enquête. Le parquet a confirmé qu’il était scolarisé dans l’établissement devant lequel les faits se sont produits.
L’enseignant, qui a témoigné auprès de BFMTV, a depuis appelé au calme et au dialogue avec les élèves.
Des situations différentes, des conséquences parfois irréversibles
Ces affaires ne peuvent pas être mises sur le même plan. Les victimes, les auteurs présumés, les circonstances et les interventions en cause sont différents. Certaines procédures portent sur l’usage de la force par les policiers, tandis que d’autres concernent des violences commises par des participants aux rassemblements contre des passants ou des membres du personnel éducatif.
Mais ces événements ont en commun la gravité des blessures occasionnées.
À Lens, un adolescent de 15 ans a perdu une main. À Tours, un jeune de 16 ans a perdu l’usage d’un œil. À Saint-Ouen-l’Aumône, un adolescent de 14 ans a subi de lourdes fractures au visage et de nombreuses blessures dentaires. À Aix-en-Provence, une passante reste hospitalisée après avoir reçu une pierre au visage. À Marseille, une femme a été brûlée au visage. À La Ciotat, un enseignant a été aspergé d’essence alors qu’il se trouvait à proximité d’un incendie.
Autant de dossiers qui font désormais l’objet d’enquêtes judiciaires ou administratives et dont les responsabilités devront être établies au terme des investigations.
Derrière les blocages, les manifestations et les affrontements, les dernières journées de mobilisation ont ainsi laissé des blessures dont certaines pourraient avoir des conséquences durables, voire définitives, pour les victimes.
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