Automobile : les radios françaises s’unissent pour ne pas disparaître des tableaux de bord

FM, DAB+, applications : les radios françaises demandent que l’accès gratuit et direct à la radio reste garanti dans les voitures neuves.

Modifié : 16h43

Automobile : les radios françaises s’unissent pour ne pas disparaître des tableaux de bord

Radio en voiture : pourquoi les stations se mobilisent pour la FM et le DAB+

 

FM, DAB+, applications, streaming… À mesure que la voiture devient un ordinateur roulant, une bataille beaucoup moins anodine qu’elle n’y paraît est en train de se jouer : celle de la place de la radio dans l’habitacle. Radios publiques, privées, indépendantes et associatives demandent désormais que l’accès gratuit et direct à la radio reste garanti dans les véhicules neufs. Un enjeu particulièrement important pour les radios locales comme Radio Camargue.

Pendant des décennies, le geste était automatique : on monte dans sa voiture, on tourne une molette ou on appuie sur une touche et la radio démarre.

Mais les tableaux de bord automobiles ont profondément changé. Écrans tactiles, Spotify, Deezer, podcasts, YouTube Music, Apple CarPlay, Android Auto et applications en tout genre occupent désormais l’espace autrefois réservé presque naturellement à l’autoradio.

Et derrière cette évolution technologique se joue aujourd’hui une véritable bataille industrielle et médiatique.

Une « union sacrée » de la radio

Comme le souligne Les Échos, le monde de la radio française fait désormais front commun.

Radio France, l’Alliance de la Radio, qui représente les grands groupes privés, mais également les radios associatives et les radios indépendantes demandent aux pouvoirs publics français et européens de garantir l’accès à la radio hertzienne dans les voitures.

Dans un communiqué publié le 21 septembre, ils affirment que certains véhicules sont désormais commercialisés sans réception FM ou DAB+ directement accessible, ou que cette fonction peut être proposée en option.

Leur revendication est simple : conserver dans les véhicules un accès gratuit, direct et facilement identifiable à la FM et au DAB+, indépendamment d’une connexion Internet, d’un smartphone ou d’une plateforme numérique.

Le paradoxe : le DAB+ est déjà prévu dans la réglementation

La situation est d’autant plus étonnante que le droit européen a déjà prévu la présence du numérique terrestre dans les autoradios.

Le gouvernement français rappelait encore le 10 septembre 2026 que, depuis la mise en œuvre du Code européen des communications électroniques, les autoradios intégrés aux voitures neuves commercialisées dans l’Union européenne doivent être capables de recevoir le DAB+.

Mais toute la subtilité se trouve dans le mot autoradio.

Avec les nouveaux systèmes multimédias embarqués, la voiture ne possède plus nécessairement un autoradio au sens traditionnel du terme. Toute l’interface audio est intégrée à un système informatique beaucoup plus large.

C’est précisément cette évolution que les radios souhaitent aujourd’hui encadrer. Le gouvernement indique d’ailleurs étudier différentes solutions permettant de garantir leur visibilité dans les véhicules. 

La voiture reste l’un des territoires privilégiés de la radio

Cette mobilisation ne relève pas simplement de la nostalgie du vieux bouton FM.

Une étude internationale présentée en juin 2026 lors du WorldDAB Automotive à Francfort indique que 83 % des acheteurs de voitures interrogés écoutent la radio en voiture. La moitié déclarent même que la radio constitue la source audio qu’ils utilisent le plus souvent.

Dans une précédente étude réalisée notamment en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, 91 % des acheteurs récents ou futurs de véhicules jugeaient important de disposer de la FM ou du DAB+ dans leur voiture.

Autrement dit, au moment même où les constructeurs transforment leurs tableaux de bord en véritables plateformes numériques, les automobilistes continuent massivement d’écouter la radio.

Pourquoi une application ne remplace pas totalement la FM ou le DAB+

On pourrait évidemment poser la question : puisque les radios sont disponibles sur Internet et sur leurs applications, pourquoi conserver une réception hertzienne ?

Parce que les deux systèmes ne répondent pas exactement aux mêmes contraintes.

L’écoute par Internet nécessite une connexion mobile et consomme de la donnée. La diffusion FM ou DAB+, elle, permet à un nombre potentiellement illimité d’auditeurs de recevoir simultanément un programme sans connexion individuelle à un réseau téléphonique.

La question devient encore plus sensible lors d’événements majeurs ou de situations de crise, lorsqu’un réseau mobile peut être saturé ou perturbé.

C’est l’un des arguments avancés par les radios et par plusieurs parlementaires : conserver un accès hertzien contribue à maintenir un canal d’information qui ne dépend pas exclusivement des infrastructures Internet et des plateformes numériques. 

DAB+ et FM peuvent cohabiter

Contrairement à ce qui s’était produit lors du passage de la télévision analogique à la TNT, l’arrivée du DAB+ ne signifie pas nécessairement l’extinction immédiate de la FM.

L’Arcom rappelle que les deux modes de diffusion peuvent coexister.

Le DAB+ constitue en quelque sorte la radio numérique terrestre : davantage de stations peuvent être proposées, accompagnées d’informations visuelles, tout en conservant le principe fondamental de la radio hertzienne : une réception gratuite et sans abonnement Internet.

La France accélère d’ailleurs son équipement. Selon WorldDAB, la couverture du DAB+ atteignait en 2026 environ 80 % de la population française.

Mais la bataille se joue aussi sur l’écran

Il ne suffit pourtant plus d’être techniquement disponible.

Encore faut-il être visible.

Sur un tableau de bord où se côtoient Spotify, Apple Music, podcasts, applications vidéo et services du constructeur, une radio cachée derrière plusieurs menus perd mécaniquement une partie de la simplicité qui a longtemps fait sa force.

C’est pourquoi le secteur parle aujourd’hui beaucoup de « prominence », autrement dit de visibilité et d’accessibilité.

Radioplayer, plateforme développée par l’industrie radiophonique, travaille par exemple directement avec les constructeurs automobiles. Elle indique être aujourd’hui présente dans plus de cinq millions de véhicules et collaborer avec 17 grandes marques automobiles. Son principe : réunir FM, DAB+ et Internet dans une même interface et permettre à l’auditeur de retrouver facilement ses radios. 

Pour les radios locales, l’enjeu est considérable

Pour une radio de proximité comme Radio Camargue, la question dépasse largement la technologie.

La voiture reste précisément l’un des endroits où une radio locale prend tout son sens.

Trafic, météo, événements, informations locales, sport, culture, vie économique, manifestations, événements exceptionnels : lorsque l’on circule entre Arles, Port-Saint-Louis-du-Rhône, Fos-sur-Mer, Istres, Martigues, Salon-de-Provence ou la Camargue, la radio accompagne un territoire en temps réel.

Une plateforme mondiale peut proposer des millions de chansons.

Elle ne dira pas nécessairement qu’une route vient d’être coupée, qu’un incendie perturbe la circulation à quelques kilomètres, qu’un événement débute dans la commune que l’on traverse ou qu’une information importante concerne directement les habitants du territoire.

C’est sans doute là que se trouve le véritable enjeu.

La bataille qui commence n’oppose pas nécessairement la vieille radio au numérique. La radio elle-même devient numérique, développe ses applications, ses podcasts et se diffuse sur Internet.

La question est plutôt de savoir si, demain, elle conservera dans la voiture cette particularité qui a fait sa force pendant près d’un siècle : appuyer sur un bouton et écouter immédiatement, gratuitement et simplement la radio de son territoire.

Et pour les radios locales, cette place sur le tableau de bord vaut probablement autant, sinon davantage, qu’une fréquence.