Arrêts maladie : la nouvelle règle peut-elle compliquer l’accès aux soins en Camargue ?

Depuis le 1er septembre 2026, un arrêt maladie initial ne peut en principe plus dépasser 31 jours, tandis que chaque prolongation est limitée à 62 jours.

Modifié : 7 septembre 2026 à 14h43

Arrêts maladie : la nouvelle règle peut-elle compliquer l’accès aux soins en Camargue ?

Depuis le 1er septembre, les arrêts de travail sont encadrés par de nouvelles durées maximales.

 

Depuis le 1er septembre 2026, un arrêt maladie initial ne peut en principe plus dépasser 31 jours, tandis que chaque prolongation est limitée à 62 jours. Le dispositif n’empêche toutefois pas un arrêt de longue durée : le médecin peut renouveler l’arrêt aussi longtemps que l’état de santé du patient le nécessite, et déroger aux plafonds en le justifiant. Dans le Pays d’Arles et en Camargue, cette nouvelle obligation pose néanmoins une question très concrète : les patients pourront-ils toujours obtenir suffisamment rapidement un rendez-vous médical lorsqu'une prolongation sera nécessaire ?

Une nouvelle règle entrée en vigueur le 1er septembre

La réforme découle du décret n° 2026-498 du 12 juin 2026. Depuis le 1er septembre, une première prescription d’arrêt de travail est limitée à 31 jours maximum et chaque prolongation à 62 jours. Ces règles concernent les prescriptions établies par les médecins, mais aussi, dans le cadre de leurs compétences, par les chirurgiens-dentistes et les sages-femmes.

Le changement ne signifie pas pour autant qu'un salarié malade pendant plusieurs mois devra automatiquement reprendre son activité professionnelle au bout de 31 ou 62 jours. Les plafonds portent sur la durée de chaque prescription, et non sur la durée totale pendant laquelle une personne peut être arrêtée.

Un arrêt peut donc être renouvelé si l’état de santé du patient le justifie. Le professionnel de santé peut également dépasser directement les plafonds prévus par le texte lorsqu’une durée plus longue est médicalement nécessaire. Il doit alors l’expliquer sur la prescription et tenir compte, lorsqu’elles existent, des recommandations de la Haute Autorité de santé.

Autre évolution depuis le 1er septembre : le motif médical justifiant l’arrêt doit désormais être systématiquement renseigné sur la prescription, hors accidents du travail et maladies professionnelles.

L’objectif affiché : renforcer le suivi des patients

Sur le principe, la mesure peut se défendre. Un arrêt de plusieurs semaines ou plusieurs mois peut nécessiter une réévaluation régulière de l’état de santé, notamment lorsque la situation évolue ou que le traitement doit être adapté.

Dans les situations de douleurs chroniques, de troubles psychologiques ou encore après certaines interventions, un suivi régulier peut permettre de faire le point sur l’évolution de la maladie et d’envisager progressivement les conditions d’une reprise professionnelle.

La généraliste marseillaise Aurore Baudoin-Haloche, citée par La Provence dans les éléments à l’origine de cette analyse, considère ainsi la réforme comme plutôt pertinente, notamment parce qu’un arrêt prolongé ne devrait pas conduire à laisser un patient sans suivi pendant plusieurs mois.

Une position qui prend une résonance particulière dans les Bouches-du-Rhône, département où les difficultés d’accès aux médecins ne sont pas nouvelles. Le Monde avait notamment documenté les tensions rencontrées par les généralistes marseillais et la difficulté croissante pour certains patients à trouver un médecin traitant.

Dans le Pays d’Arles, la question du rendez-vous est centrale

C’est précisément là que le débat prend une dimension locale.

Selon le projet de santé 2026-2031 de la CPTS du Pays d’Arles, 10,9 % des habitants âgés de 17 ans et plus ne disposaient pas de médecin traitant en 2024. La proportion était alors de 12,5 % à l’échelle des Bouches-du-Rhône. Le document relève également une accessibilité potentielle aux médecins généralistes légèrement inférieure à celle observée dans le département et la région.

Le diagnostic territorial souligne par ailleurs une répartition inégale des professionnels de santé sur le territoire, avec des difficultés plus marquées dans certains secteurs, notamment autour d’Arles et de Tarascon.

Dans ces conditions, demander à un patient de revenir régulièrement consulter son médecin peut sembler simple sur le papier. Dans la réalité, la démarche peut être beaucoup plus compliquée pour une personne qui n’a pas de médecin traitant, habite loin d’un cabinet, dépend des transports ou peine déjà à obtenir un rendez-vous.

Le problème n’est donc pas nécessairement la possibilité de renouveler un arrêt : elle reste prévue par les nouvelles règles. L’enjeu se situe plutôt dans la capacité du système de soins à permettre au patient de revoir un professionnel dans les délais nécessaires.

Le Service d’accès aux soins comme solution pour les situations non programmées

Le territoire dispose néanmoins d’un dispositif destiné précisément à répondre aux difficultés d’accès aux soins non programmés.

Le Service d’accès aux soins (SAS) du Pays d’Arles permet d’orienter les patients vers différents niveaux de prise en charge en fonction de leur situation : conseil médical à distance, téléconsultation, consultation de médecine générale non programmée ou, lorsque cela est nécessaire, orientation vers les urgences.

Pour les patients dont le besoin de soins non programmés est confirmé, les opérateurs peuvent notamment rechercher une consultation de médecine de ville dans les 48 heures, en fonction des créneaux disponibles.

Ce dispositif peut donc constituer une réponse ponctuelle lorsqu’un patient doit rapidement être réévalué. Il ne règle toutefois pas la question de fond : celle de la disponibilité régulière des médecins pour assurer le suivi des patients sur la durée.

Le risque de consultations uniquement « administratives »

C’est l’un des principaux points de vigilance soulevés par plusieurs représentants de médecins.

L’enjeu est d’éviter que des consultations soient essentiellement consacrées à la seule prolongation administrative d’un arrêt, alors que le médecin doit parallèlement répondre à l’ensemble des besoins médicaux de sa patientèle.

La Fédération des Médecins de France rappelle d’ailleurs que les nouveaux plafonds n’empêchent pas les renouvellements successifs : un arrêt peut toujours être prolongé lorsque l’état de santé le justifie. La CSMF souligne également la possibilité de dépasser les plafonds lorsqu’une justification médicale est apportée.

Le débat porte donc moins sur la possibilité juridique de rester en arrêt que sur l’organisation concrète du suivi médical.

En Camargue, une réforme qui devra se mesurer à la réalité du terrain

Sur le papier, la nouvelle réglementation poursuit un objectif compréhensible : éviter qu’un arrêt de longue durée ne s’accompagne d’une absence prolongée de suivi médical.

Mais dans un territoire confronté à des difficultés d’accès aux généralistes, la réussite du dispositif dépendra aussi de la capacité des patients à obtenir effectivement les consultations nécessaires.

Pour un patient suivi régulièrement par son médecin, la nouvelle règle peut rester relativement simple à gérer. Pour une personne sans médecin traitant ou confrontée à des délais importants, chaque renouvellement peut en revanche devenir une nouvelle étape dans un parcours de soins déjà compliqué.

La question posée en Camargue est donc finalement assez simple : renforcer le suivi médical est une chose, encore faut-il que les professionnels soient disponibles pour assurer ce suivi. Dans les prochains mois, c’est probablement sur cette réalité très concrète du terrain que l’efficacité de la réforme sera jugée.