À Fos-sur-Mer, le projet Mistral avance entre promesse industrielle et fortes exigences environnementales
Le projet Mistral franchit une nouvelle étape à Fos-sur-Mer.
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Avec 1,2 milliard d’euros d’investissement et une nouvelle aciérie électrique, Marcegaglia veut transformer durablement son site de Fos-sur-Mer.
Le projet Mistral franchit une nouvelle étape à Fos-sur-Mer. Porté par le groupe sidérurgique italien Marcegaglia, il prévoit la modernisation du site historique issu d’Ascometal et la construction d’une nouvelle unité de production d’acier bas-carbone. La consultation du public, ouverte jusqu’au 20 novembre 2026, doit permettre d’examiner les ambitions économiques du projet mais aussi ses conséquences concrètes pour le territoire.
Jeudi 3 septembre, la première réunion publique organisée à la Maison de la Mer et du Sport a ouvert une nouvelle séquence de dialogue autour de ce projet industriel majeur. Depuis le débat public organisé en 2025, Marcegaglia poursuit ainsi sa concertation avec les habitants, les collectivités et les acteurs du territoire.
Un investissement industriel de grande ampleur
Baptisé Mistral, le projet prévoit de faire évoluer en profondeur le site sidérurgique de Fos-sur-Mer, repris par Marcegaglia en 2024. Le groupe entend maintenir l'activité historique tout en développant une nouvelle unité destinée à produire de l'acier à partir d'un four à arc électrique et de matières premières recyclées.
La capacité de production annoncée doit atteindre environ 2,15 millions de tonnes d'acier par an. Le projet comprend notamment une nouvelle aciérie ainsi qu'un train de laminage à chaud destiné à produire des bobines d'acier. En avril 2026, Marcegaglia a par ailleurs annoncé la signature avec Danieli d'un contrat d'environ 450 millions d'euros pour les équipements industriels du projet.
L'investissement global est désormais présenté autour de 1,2 milliard d'euros. La décision finale d'investissement reste liée à l'avancement des procédures administratives et aux différentes conditions nécessaires à la réalisation du projet. Marcegaglia indique viser une mise en service à l'horizon 2028-2029.
Pour Fos-sur-Mer, l'enjeu dépasse donc largement la seule construction d'une nouvelle installation. Mistral s'inscrit dans la transformation plus globale de la zone industrialo-portuaire et dans la volonté de maintenir une activité sidérurgique compétitive tout en réduisant son empreinte carbone.
Des emplois, mais aussi un enjeu de compétences locales
L'emploi constitue l'un des arguments majeurs du projet.
Marcegaglia annonce une montée en puissance importante des effectifs à mesure que les nouvelles installations entreront en fonctionnement. Les données communiquées au fil de la concertation ont toutefois évolué selon les différentes phases du projet et les périmètres retenus.
Au-delà du nombre de postes, une question se pose désormais pour le bassin d'emploi : comment préparer les compétences nécessaires et permettre aux habitants du territoire d'en bénéficier ?
La formation apparaît d'ailleurs comme l'un des sujets identifiés lors du débat public consacré au projet. L'arrivée d'une installation sidérurgique de cette ampleur nécessitera des profils spécialisés, aussi bien pour l'exploitation que pour la maintenance, la logistique ou les fonctions techniques.
Le développement industriel pourrait donc représenter une opportunité importante pour Fos-sur-Mer, Port-Saint-Louis-du-Rhône et les communes voisines, à condition que les besoins de recrutement soient anticipés et accompagnés par des dispositifs de formation adaptés.
Une production d'acier moins carbonée
L'un des principaux arguments environnementaux de Mistral repose sur le changement de procédé industriel.
Contrairement à la filière sidérurgique traditionnelle fondée sur le minerai de fer et le charbon dans des hauts-fourneaux, la nouvelle installation doit fonctionner avec un four à arc électrique, notamment alimenté par de la ferraille recyclée et, selon les approvisionnements envisagés, du fer préréduit à plus faible intensité carbone.
Marcegaglia avance une réduction pouvant atteindre 80 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport à une production sidérurgique conventionnelle. Cette performance dépend toutefois du périmètre retenu pour le calcul et notamment de l'origine des matières premières et de l'électricité utilisée.
Le groupe a également annoncé en 2025 une lettre d'intention avec EDF portant sur un approvisionnement électrique bas-carbone pour accompagner le développement du site.
Le terme « bas-carbone » ne signifie cependant pas absence d'impact local. C'est précisément l'un des points de vigilance soulevés autour du projet : les émissions atmosphériques, les poussières, le bruit et les éventuels effets sur l'environnement et la santé doivent être examinés au regard du fonctionnement réel de la future installation.
Le dossier du débat public comportait d'ailleurs une fiche spécifique consacrée aux émissions atmosphériques, ainsi qu'une autre consacrée au bilan carbone du projet.
La question de l'eau au centre des débats
Dans un territoire méditerranéen où la disponibilité de l'eau constitue déjà un enjeu majeur, les besoins futurs du complexe industriel font naturellement l'objet d'une attention particulière.
Le dossier du projet distingue plusieurs ressources, dont l'eau industrielle et l'eau de mer. Dans les éléments communiqués lors du débat public, Marcegaglia évoquait notamment un besoin d'eau brute industrielle pouvant se situer entre 2 et 3,5 millions de mètres cubes par an, tandis que des études complémentaires devaient préciser les besoins liés à l'eau de mer.
Cette question dépasse d'ailleurs le seul projet Mistral. Elle doit être regardée à l'échelle de l'ensemble de la zone industrialo-portuaire de Fos et des nombreux projets de réindustrialisation envisagés dans le bassin.
La concertation globale menée par l'État intègre ainsi la question de la ressource en eau parmi les grands enjeux du développement industriel du territoire.
Pour les habitants, les interrogations sont donc très concrètes : quelles ressources seront mobilisées ? Quelle part pourra être réutilisée ? Et comment garantir la disponibilité de l'eau lors des périodes de tension ?
Des flux logistiques considérables
Autre sujet sensible : les transports.
Le développement de la production entraînera une hausse importante des flux de matières premières et de produits finis. Marcegaglia souhaite privilégier les modes ferroviaire et maritime afin de limiter la place du transport routier.
Dans son dossier présenté lors du débat public, l'industriel estimait notamment qu'à terme le fonctionnement du projet pourrait s'appuyer sur 20 trains de fret par jour et environ un bateau de 40 000 tonnes par semaine. Selon ces projections, le recours au rail et au maritime permettrait d'éviter plusieurs centaines de milliers de trajets de camions par an.
Une desserte ferroviaire vers le terminal minéralier fait partie des pistes étudiées. Les infrastructures existantes et les modalités d'acheminement restent donc un élément déterminant de la réussite du projet.
Car dans un secteur déjà marqué par une forte activité industrielle et portuaire, la question n'est pas seulement celle de la capacité de production : elle concerne aussi la capacité du territoire à absorber les nouveaux flux sans aggraver les difficultés de circulation.
Biodiversité : la compensation devra être examinée
L'autre grande question concerne l'emprise du projet et ses conséquences sur les milieux naturels.
La zone industrialo-portuaire de Fos côtoie en effet plusieurs espaces naturels remarquables. Les secteurs de l'étang de l'Oiseau, des salins du Caban et des marais de Fos présentent notamment des enjeux écologiques et ornithologiques identifiés dans les documents de planification environnementale.
Le principe « éviter, réduire, compenser » constitue donc un volet essentiel du dossier.
Les documents de la concertation comportent une fiche spécifique consacrée aux enjeux de préservation de la zone humide et une autre consacrée à la synthèse des impacts du projet. Ces éléments devront être examinés dans le cadre des procédures environnementales actuellement engagées.
La question n'est ainsi pas uniquement de savoir combien d'hectares seront proposés en compensation, mais aussi de déterminer si les mesures prévues répondent réellement aux enjeux des habitats et des espèces concernés.
Une consultation qui doit encore se poursuivre
Le projet Mistral est désormais entré dans une phase administrative importante. Les demandes d'autorisation environnementale et de permis de construire sont soumises à la consultation du public.
Celle-ci se déroule du 20 août au 20 novembre 2026, sur les communes de Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône, avec des incidences également identifiées sur le territoire d'Arles. Le registre dématérialisé permet au public de consulter les documents et de déposer ses observations.
D'autres temps d'échange sont programmés dans les prochaines semaines, notamment des permanences à Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône. La préfecture indique également qu'un webinaire consacré aux compensations environnementales doit se tenir le 13 octobre.
Entre réindustrialisation et acceptabilité locale
Avec son milliard d'euros d'investissement, sa nouvelle capacité de production et son ambition de produire un acier moins carboné, Mistral s'impose comme l'un des projets industriels structurants du bassin de Fos.
Mais son acceptabilité se jouera autant sur les emplois et la pérennité industrielle que sur les réponses apportées aux préoccupations environnementales.
L'eau, les émissions atmosphériques, les transports, la biodiversité et la formation ne constituent pas des sujets secondaires : ils conditionnent directement l'intégration du projet dans un territoire déjà fortement industrialisé.
La poursuite de la consultation doit justement permettre de confronter les ambitions industrielles aux réalités locales. Pour les habitants, l'enjeu est désormais de disposer d'informations suffisamment précises pour pouvoir apprécier les bénéfices attendus comme les impacts potentiels.
Mistral apparaît ainsi comme un projet industriel majeur pour Fos-sur-Mer, mais son avenir dépendra aussi de sa capacité à apporter des garanties concrètes, mesurables et durables au territoire qui l'accueille.
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