[ CULTURE-LOISIR ] Rencontres photo d'Arles : un regard inédit sur l'horizon des victimes de la folie nazie

24 août 2021 à 11h40 par sarah Rios

[ CULTURE ]Rencontres photo d'Arles : un regard inédit sur l'horizon des victimes de la folie nazie
Crédit: Valérie Farine
"C'est un projet qui questionne la fragilité de la mémoire et du souvenir". À l'heure où certains n'ont aucun scrupule à arborer une étoile jaune pour dénoncer les dérives de la politique sanitaire du gouvernement face à la pandémie du Covid-19, Aurélie de Lanlay a trouvé les mots justes pour présenter l'exposition d'Anton Kusters. Présenté au cloître de Saint-Trophime, le travail de ce photographe belge est en effet un salutaire retour à la réalité historique au moment où chacun croit détenir la vérité, du moment qu'elle l'arrange. "C'est aussi un travail sur le temps long, poursuit la directrice adjointe des Rencontres de la photo, Anton Kusters a exploré le IIIe Reich pendant six années, il a visité les 1078 camps officiellement recensés."

De ses excursions en territoires morbides, Anton Kusters a ramené, à chacune de ses haltes, un Polaroid du ciel, tout bleu de préférence. Histoire de voir ce que les victimes de l'abjection nazie ont pu voir une dernière fois, peut-être, avant de rejoindre le néant. Le photographe a entrepris cette aventure en hommage à son grand-père, ni juif ni résistant, mais pourtant traqué et débusqué par les Nazis. "Pourquoi sont-ils venus le chercher ?", s'interroge l'artiste, qui s'estime redevable : "S'il avait été déporté, je n'existerai pas", témoigne Anton Kusters.

Au départ, ce dernier croyait que le nombre de camps nazis se limitait à "vingt-trois". "C'est à Auschwitz, le premier que j'ai visité, que j'ai appris qu'il y en avait en fait plus d'un millier". Une révélation qui bouleverse ce diplômé en sciences politiques, qui culpabilise de son ignorance : "Il m'a fallu cinq ans sur Google Maps pour les localiser tous !". Une fois la recherche terminée, le plus dur restait à venir : immortaliser un ciel le plus pur possible. "Ce fut la partie la plus difficile", confirme le photographe, qui s'est confronté à la météo parfois austère de l'Europe centrale.

Alors, sur les 77 rangées de 14 clichés rassemblées sur la longue table qui sert de support à l'exposition, les nuages ne sont pas absents. Mais là n'est pas l'essentiel. "Les premiers Polaroid que j'ai pris commencent à s'effacer, invite à constater Anton Kusters. Et c'est ce qui est important dans mon projet. Cela souligne l'inéluctabilité de l'effacement de notre mémoire collective". Au bout de la grande table, le musicien néerlandais Ruben Samama a accroché une installation phonique. Des chiffres rouges sur un écran noir et des sons. "Avec ces sons, on donne une voix à chaque victime de ces camps identifiée sur treize années", explique ce dernier. Une précision qui se retrouve sur les photos de son compère, sur lesquelles figurent la localisation GPS et le nombre de victimes de chaque camp.