L'idée d'un pont entre Salin et Port-Saint-Louis divise

07 août 2017
Par sarah rios

Le dossier a été relancé par le Conseil départemental. Mais il est loin de faire l'unanimité.

Dans le match à distance que se livrent les projets de contournement autoroutier d'Arles et celui de pont à Salin, ce dernier semble avoir repris une longueur d'avance. On s'est toujours demandé lequel de ces deux dossiers se réaliserait le premier, voire s'ils se feraient tout court, tant les deux projets sont des Arlésiennes. Mais cette fois, le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, peut-être échaudé par la grève dure de mai 2016 (lire ci-contre), semble décidé à avancer. À la toute fin du mois de juin, une commission permanente de la collectivité votait pour la relance des études visant à bâtir ce pont reliant les deux rives du Rhône, au niveau du bac actuel.

"Le Département des Bouches-du-Rhône a décidé du principe de la réalisation d'un pont entre Salin-de-Giraud et Port-Saint-Louis du Rhône. Dans ce cadre, il convient d'engager des études correspondantes, et de mettre en place un comité de pilotage spécifique. Cette opération apparaît aujourd'hui comme une nécessité incontournable pour remplacer le bac existant", indique le texte voté par le Conseil départemental. "La présidente Martine Vassal veut l'équité pour tous les territoires, explique la conseillère départementale LR Marie-Pierre Callet. Après, un pont, ça ne veut pas dire que ce sera une autoroute à trois voies qui traversera le Rhône. On pourrait même imaginer un péage pour les gens extérieurs à Salin. Pour les habitants, pour les collégiens, ce pont serait bien utile. Mais tout se fera dans la concertation. Les études sont parties, on va voir ce que ça donne."

Le pont a ses opposants 

Pour cette opération, la collectivité table sur une enveloppe de 40 millions d'euros. Et pour ne froisser personne, elle prévoit une grande concertation associant habitants, associations locales, institutions publiques...  À Salin, certains affichent encore plus clairement leur volonté, comme cette salariée d'une usine du village qui a lancé fin 2015 sur Facebook une page intitulée "Un pont à la place du bac de Barcarin", histoire de "sortir du Moyen Âge".

La pétition qu'elle a lancée, à ce jour, a recueilli 392 signatures. "On écoutera les Saliniers, qui ont beaucoup évolué sur cette question, reconnaît Nicolas Koukas. Ils ont le sentiment d'être oubliés. Il y a une vingtaine d'années, les habitudes de vie étaient différentes, là on ressent ce besoin de liberté de circulation, de pouvoir aller bosser..." Une tendance confirmée par Marie-Pierre Callet, et par Laurelyne Allard, responsable de l'association des commerçants de Salin. "Lors de ma campagne des législatives, j'ai été stupéfaite, lors de mes réunions à Salin, du nombre de personnes souhaitant ce pont", affirme la première. "Avant, les Saliniers avaient peur d'être envahis, mais cette mentalité-là s'estompe, assure la seconde. Les gens n'en peuvent plus, ils se sentent pris en otage, ce ne serait pas un luxe d'avoir un pont. L'idée doit être relancée, ce serait une bonne chose pour les personnes qui travaillent, et pour les commerces."

Mais évidemment, comme pour tout projet d'envergure, le pont a ses opposants. À commencer par les Verts. "Ce projet nous apparaît écologiquement aberrant, tacle Michèle Rivasi, députée européenne EELV du grand sud-est. Ouvrir une brèche pour la traversée de la Camargue pour les poids lourds et les voitures est scandaleux. Nous sommes au coeur d'un site classé réserve de biosphère et Parc naturel régional. Les automobilistes et les poids lourds venant des sites industriels de Fos ou de Port-Saint-Louis du Rhône pourraient ainsi traverser la Camargue d'Est en Ouest !" Son porte-parole, Sébastien Barles, enfonce le clou. "C'est un projet dangereux qui met en péril la Camargue sauvage, insiste-t-il. On va créer un itinéraire bis en période de transit important pour tous les camions venant de Berre et Fos. Pour les habitants, ce ne sera que des nuisances en plus." Le désenclavement des habitants, ou encore le développement économique ? Sébastien Barles entend les arguments, mais il y a plus important selon lui. "Il faut savoir négocier avec la nature, et il est prioritaire de préserver la Camargue sauvage, c'est un enjeu national, assure-t-il. Beaucoup d'habitants comprennent cela." Et Europe écologie-Les verts compte bien les mobiliser pour défendre sa position. Une pétition contre le projet, lancée fin juin, a déjà recueilli 632 signatures. Et une manifestation est prévue pour la prochaine séance plénière du Conseil départemental, en septembre. Si le projet se précise, gageons que ce ne sera pas la dernière...

Une structure qui coûte chaque année environ 5 millions d'euros

Le Bac de Barcarin, géré par le syndicat mixte des traversées du delta du Rhône (SMTDR), est l'outil qui permet aujourd'hui la continuité territoriale entre Port-Saint-Louis et Salin. Il embarque chaque année 550 000 voitures, et fonctionne 22 heures sur 24, soit la plus grande amplitude pour un bac de ce type en France. Mais son coût de fonctionnement, de l'ordre de 5 millions d'euros annuels, pose problème. L'an dernier, le Conseil départemental, qui gère le SMTDR, a tenté de réorganiser les horaires des marins et de passer à un fonctionnement à un seul bac. Le résultat, une levée de boucliers des habitants de Salin, et une longue grève en mai 2016 de la part des officiers et des matelots, a sans doute incité la collectivité à réactiver le plan B, autrement dit la construction de ce fameux pont. La Région, partenaire du Département (elle finance le SMTDR à hauteur de 34 %), y est favorable. "Il faut avoir un vrai courage politique, le bac sur le long terme n'est pas viable, avec sans arrêt des charges qui augmentent", indiquait récemment le conseiller régional (LR) Cyril Juglaret. Reste que le bac est actuellement un des plus gros employeurs de Salin.

Source: Laprovence